Un étranger dans le miroir

Publié le par Antohn

Je sais que je me suis fait un peu discret ces derniers temps mais non, mon blog ne rejoindra pas encore la fosse commune où pourrissent déjà les cadavres de millions de pages web abandonnées comme des jouets cassés par des créateurs qui se lassaient d'y écrire. Si je n'ai pu donner à manger à ce cher site depuis quelques temps, c'est uniquement à cause d'une panne de réseau qui m'a privé d'internet pendant quelques temps.

Une mauvaise nouvelle ne venant jamais sans une bonne, j'ai pu profiter du temps laissé par mon chômage technique cybernétique pour bouquiner. Je me suis, notamment, attaqué aux romans d'Anne Perry et plus particulièrement à la série des « William Monk », une série de polars victoriens dont je vais essayer de vous chroniquer chaque tome.

 

 

 

Le premier d'entre eux, s'intitule donc « Un étranger dans le miroir », titre de prime abord sibyllin qui prends tout son sens au bout de quelques lignes. Tout héros qu'il est, c'est en piteux état que nous rencontrons pour la première fois William Monk: allongé avec des bandages sur la tête dans le dortoir d'un hôpital crasseux. Il apprends assez rapidement qu'il s'appelle William Monk, qu'il est membre de la police de Londres et a été victime d'un accident de cab auquel il a réchappé par miracle. La mauvaise nouvelle c'est que cet accident l'a rendu amnésique, il n'est même pas capable de reconnaître son visage dans un miroir (d'où le titre) et là n'est pas le pire: s'il ne retrouve pas la mémoire au plus vite il est bon pour finir ses jours dans un asile et çà ce serait pire que la mort quand on connaît les conditions de vie dans les asiles anglais.

 

Monk décide alors de donner le change: il n'a aucun souvenir et va devoir se débrouiller pour cacher son état à ses supérieurs. Le Monk qu'il était avant l'accident ne paraît pas des plus sympathiques: le peu qu'il peut reconstituer lui donne un portrait peu flatteur de lui-même. Vaniteux, méprisant, arriviste, égocentrique, mais aussi limier hors-pair, il semble s'être fait très peu d'amis et un nombre considérable d'ennemis. En outre, il lui faut résoudre les affaires sur lesquelles il enquêtait et celles-ci se révèlent assez épineuses.

 

Il enquête alors sur le meurtre du Major Jocelyn Grey, cadet d'une grande famille qui fut retrouvé mort dans son appartement, battu à mort avec une violence et une haine inouïe. Revenu de la guerre de Crimée avec une jambe en capilotade, le Major Grey semblait plus complexe qu'il n'y paraissait: héros de guerre, personnage charmeur et, de l'avis de tout le monde, absolument adorable, il s'était pourtant attiré des foudres suffisantes pour que quelqu'un déchaîne sur lui une telle violence. Enquêter n'est pas aussi simple que cela pour Monk et obtenir des renseignements précis encore plus. L'Angleterre des années 1850, telle que nous la décrit Anne Perry, est une Angleterre qui, socialement, est très cloisonnée, avec des cloisons de deux mètres d'épaisseur en granit massif. Comment débusquer le meurtrier de quelqu'un alors que la famille de la victime vous fais comprendre que votre qualité de policier vous place à peu près entre le domestique et la plante verte? Comment questionner normalement la famille quand celle-ci vous soutient mordicus que le défunt était absolument adorable et que ce meurtre ne peut pas être autre chose que le fait d'un dément.

 

Monk se doit alors de découvrir qui était Jocelyn Grey alors que lui-même ne sait pas qui il est mais le moins que l'on puisse dire c'est que ce cher major était beaucoup plus complexe qu'il en donnait l'air, et nettement moins charmant que le pensait ses proches. Je ne vais pas non plus vous raconter la fin mais laissez-moi vous dire qu'elle surprend pas mal (et je ne parle même pas du rebondissement qui anime le dernier tiers du livre).

Comme le disait Mika Waltari « il vaut mieux tuer un homme que de lui ôter ses illusions » (à ceci près que lui le disait en finnois mais passons), et des illusions beaucoup sont brisées, beaucoup de masques tombent et cette société aseptisée où il n'est pas bien vu de montrer la moindre émotion ne s'avère être qu'une mince couche de vernis dissimulant maladroitement les pires turpitudes de l'âme humaine.

 

En gros, un livre à lire à condition d'aimer l'Angleterre victorienne. Certains me diront que c'est une ambiance assez austère, que certains personnages mériteraient une baffe (ou deux), quand on voit leurs préjugés ne servir qu'à masquer leur couardise mais l'apport du personnage de William Monk, un antihéros de première qualité, rends la lecture de ce roman absolument passionnante.

Publié dans Livres

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