Vite Vu : Alien Crystal Palace

Publié le par Antohn

Être cinéphage n'est pas forcément de tout repos. C'est un aspect de ma vie que j'ai choisi et que j'accepte même s'il me pousse parfois à faire des choses étranges. Par exemple, me lever un dimanche au lieu de faire la grasse mat' comme n'importe quel employé de bureau et m'élancer dans le brouillard glacé, braver les difficultés sur la ligne 4 tout ça pour m'asseoir dans une salle d'un cinéma indépendant du Marais tout ça parce qu'il fait partie des deux seuls cinés parisiens à diffuser le dernier film d'Arielle Dombasle.

Oui, "le dernier film d'Arielle Dombasle", son quatrième long-métrage pour être plus précis et je vous vois déjà venir.

Oui, je sais qui est Arielle Dombasle, oui, je sais qu'avant d'être connue pour son travail d'actrice elle l'est surtout parce qu'elle campe depuis des décennies un personnage d'être lunaire hors de l'espace et du temps et oui je sais que voir un film réalisé par cette personne était prendre le risque d'assister à un spectacle d'un psychédélique peu commun. Mais que voulez-vous, j'aime faire des découvertes, j'aime bien quitter une salle en me disant : "la vache, je n'avais jamais vu un truc pareil".

Et dans un sens je n'ai pas été déçu.

Pour vous résumer l'histoire, ALIEN CRYSTAL PALACE raconte comment Hambourg, un scientifique-occultiste-gourou, joué par un Michel Fau au look improbable (une constante pour pas mal de personnages) tente de créer le couple parfait (pourquoi ? parce que). Dans un sabir égypto-ésotérique il nous explique que le couple parfait était formé par Isis et Osiris, qui formaient "l'androgyne", la complémentarité parfaite entre un homme et une femme. Il faut croire que sa théorie n'est pas tout à fait au point vu qu'il essaie de le faire depuis 1000 ans et échoue à chaque fois, tuant systématiquement le produit de ses expériences.

Une nouvelle fois, sous le regard d'Horus (Jean-Pierre Léaud, qui s'est visiblement fâché lui-aussi avec le costumier) il va réessayer de parvenir à ses fins en faisant se croiser les destins de Nicolas Atlante (Nicolas Ker) un musicien misanthrope et Dolorès Rivers (Arielle Dombasle), une vidéaste de renom "quoiqu'un peu dingue", juge utile de nous préciser l'un des personnages.

Vous suivez ? Cool, c'est d'autant plus à votre mérite que ce postulat de départ ne va autant servir que prévu par la suite.

Mais ça mérite quand même une pause Jean-Pierre Léaud.

 

Parce que croyez bien qu'une bonne partie d'ALIEN CRYSTAL PALACE va être à la limite du compréhensible. Non seulement il y a des personnages dont l'utilité est pour le moins discutable (celui d'Asia Argento, par exemple, qui apparaît 10 minutes en tout, juste histoire d'avoir un nom connu sur l'affiche) mais en plus le montage ne fait rien pour arranger les choses. Pour faire simple, ce film se repose beaucoup trop sur les ellipses ce qui rend la lisibilité de l'histoire compliquée et voir un personnage commencer une phrase sur un zodiaque pour la terminer sur un yacht chalutier au plan suivant par exemple, et bien je vous le dis tout net : c'est déroutant.

Mais ça à la limite ce ne serait rien : cela s'ajouterait aux costumes ridicules (les policiers en cuir avec leur casquette gyrophare qui arrivent au bout de 30 secondes, je peux vous garantir que c'est un grand moment), aux effets de réalisation un peu too-much et contribuerait à créer une ambiance plutôt décalée si le film faisait preuve d'un peu plus de recul et de second degrés. Malheureusement, mises à part deux-trois prises de conscience, il est sérieux comme un régiment de papes et à parfois ce côté pédant des films intellos des années 70 qui pensaient que montrer des nichons et écrire des répliques ampoulées suffisaient pour être considérés comme intelligents.

Et dites-vous que je n'ai pas parlé du pire, à savoir l'interprétation. Oui parce que si une partie du casting est composée de comédiens de métier dont l'implication est... on va dire "fluctuante", l'autre partie est composée d'amateurs, ou semi-amateurs, qui ne font pas de miracles non plus. Ainsi, vous apprendrez que Christian Louboutin est meilleur chausseur qu'acteur ou encore que le photographe Ali Madhavi a tendance à réciter ses répliques comme s'il venait de les apprendre 10 minutes avant. A sa décharge, essayez de balancer un "Il a un profil altier... un peu comme Aménophis" tout en gardant votre sérieux. Et je passe sur l'habitude d'une bonne partie du casting de parler alternativement en français et en anglais, changeant parfois de langue dans la même scène sans justification profonde.

Quant à Nicolas Ker, qui joue l'un des deux personnages principaux, disons que sa définition de l'artiste maudit consiste à nous fournir une imitation de Gainsbarre qui aurait été assez crédible s'il ne bouffait pas la moitié de ses répliques (et n'avait pas des faux-airs d'Elie Kakou). A sa décharge, son secteur à lui c'est davantage la musique et celle d'ALIEN CRYSTAL PALACE, qu'il signe, est probablement l'un des aspects les plus réussis du film.

Mais bon, vous aurez compris que ça ne veut pas dire grand chose, c'est juste par comparaison.

Pour conclure, je vous avoue qu'à mi-chemin du film, je me suis demandé si je n'était tout simplement pas face à un phénomène rare, à savoir un nanar sur grand écran. Le soucis est qu'au bout d'un moment, ce n'en est même plus drôle : on assiste juste mi-amusé mi-intrigué à un film qui se regarde lui-même.

Rapidement, les sourires laissent place à aux soupirs et on se demande ce que l'on fait là, comme si ce que l'on voyait à l'écran essayait de nous faire comprendre que ce spectacle ne nous est pas destiné. Oh, cela ne m'empêchera pas, je pense, de retenter le visionnage, peut-être qu'avec des potes, des bières et des pizzas, je parviendrais à saisir son plein potentiel.

Mais une chose est sûre : il n'était absolument pas prévu pour ça !

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