Bilan du PIFFF 2019

Publié le par Antohn

Vous vous souvenez quand, il y a quelques années, je vous avais dit que j'avais dans l'idée de prendre une semaine de vacances et me faire l'intégralité des séances du PIFFF ? Et bien figurez-vous que j'ai enfin franchi le pas ! En réalité j'avais déjà fait ça l'année dernière mais certaines circonstances m'ont fait rater des séances, dont celle de FREAKS, le film qui avait tout raflé. Autant vous dire que ça m'a coupé toute envie de me vanter.

Cette année, j'ai eu plus de chance et je suis parvenu à assister à la trentaine de séances prévues, l'occasion, donc, pour moi de vous faire un bilan. Attention toutefois : je ne vais pas vous parler de tous les films projetés (contrairement à ce que je fais lorsque je vous parle de la Nuit Nanarland). D'abord parce que je n'en ai pas le temps mais également parce que ma camarade Inanna Ivert de Cabine Fever s'y attelle déjà avec brio.

Non, ce que je vais plutôt vous faire c'est un topo sur les films qui m'ont plu, interressé ou, au contraire sur ceux qui ne m'ont absolument pas parlé. Une liste à conserver, au cas où certains d'entre eux trouvent un distributeur, ce qui n'est souvent pas gagné (au besoin, j'éditerai cet article).

J'AI ADORÉ

 

WHY DON'T YOU JUST DIE ! (Kirill Sokolov) : A tout seigneur tout honneur, commençons par le vainqueur de l'Oeil d'Or du PIFFF et qui, je vous l'avoue, était un de ceux que j'avais envie de voir gagner. Comédie gore et décalée, WHY DON'T YOU JUST DIE ! raconte l'histoire de Matvey, un jeune homme un peu naïf que (celle qu'il considère comme) sa copine a embobiné pour qu'il tue son père. Ce que Matvey va toutefois apprendre à ses dépends c'est que le père de cette demoiselle, Andrei, est officier de police et pas foncièrement le genre à jouer les gentils flics. 

 

Premier long métrage de Kirill Sokolov, un ancien physicien reconverti dans le cinéma, WHY DON'T YOU JUST DIE ! est un véritable petit bijou d'humour noir, servi par une sacré dose d'hémoglobine (et n'est donc pas à mettre dans toutes les mains). Il se démarque surtout par une interprétation absolument géniale et un soin particulier accordé aux détails, qu'ils s'agisse des vêtements, des décors mais également du sound design, particulièrement travaillé (et qui, du propre aveux de Kirill Sokolov, est essentiel pour nous faire oublier que la majorité du film se passe dans le même appartement).

Il est également porteur, en sous-texte, d'un message sur les angoisses de la jeunesse russe et la corruption de l'Etat, message très discret dans la mesure où le film a été financé en partie par le Ministère de la Culture de Russie (à la grande surprise de Sokolov lui-même) et qu'il va également financer le prochain. Autant vous dire que je suis très impatient de le voir transformer l'essai !

 

En plus, bonne nouvelle, le film a été acheté par Wild Side pour l'exploitation en France et devrait sortir au mois de mars (au cinéma ou en vidéo, je n'en sais rien pour le moment).

MOPE (Lucas Heyne) : Là aussi, énorme claque ! Si j'étais vulgaire je dirais même "bifle" et en plus ce serait raccord avec le thème du film ! 

Dans le jargon de l'industrie du porno, un "mope" (littérallement "serpillère") est un acteur de huitième zone, souvent un employé du studio qui vient de temps à autres donner un coup de main sur les tournages (enfin "de main"... façon de parler). Steven Driver et Tom Dong sont de ceux-là mais cela n'empêche pas ceux qui se surnomment "Les Jackie Chan et Chris Tucker du porno" de rêver de devenir à leur tour des stars. Seul soucis : Steve a clairement des soucis psychiatriques, un rapport à l'hygiène douteux et de grosses difficultés à gérer sa colère. C'est pourtant lui qui va entraîner son ami dans ses délires, jusqu'à un dénouement dont la violence n'a d'égale que le nihilisme.

Avant la projection, le producteur de MOPE était venu nous présenter le film, nous assurant qu'il était basé sur des faits réels et, croyez-moi, c'est ce qui le rend fascinant. Parce que nous ne sommes pas face à un "basé sur des faits réels" de pacotille : tout, absolument tout est rigoureusement exact et suit la trame d'un fait divers ayant eu lieu dans les années 2000 (voici un lien, lecteur, si tu ne crains pas de te faire spoiler). Et je vous jure que si même 10% de ce que l'on nous montrait était vrai, la réalité aurait déjà dépassé la fiction.

A réserver, vous vous en doutez, à un public averti : le film étant également l'occasion de nous plonger dans l'industrie du porno semi-amateur, avec tout ce que cela implique de glauque et de perversions étranges (c'est pas génial ça !?).

Pas de sortie en France prévue pour le moment et, vu que le film rencontre même des difficultés pour trouver un distributeur aux Etats-Unis, j'ai bien peur que nous aurons déjà de la chance si le film finit sur une plateforme de VOD par chez nous.

EXTRA ORDINARY (Mike Ahern et Enda Loughman) : Après un film russe, un film américain, voici une comédie ésotérique irlando-belge (comme d'habitude au PIFFF, les nationalités se sont bousculées et j'en suis ravi). EXTRA ORDINARY raconte l'histoire de Rose, une monitrice d'auto-école dotée de pouvoirs de médiums (notamment la possibilité de voir et de parler aux fantômes). Après la mort de son père au cours d'un exorcisme, décès dont elle s'estime responsable, elle a décidé de ne plus utiliser ses pouvoirs. C'était compter sans l'un de ses voisins : un veuf tourmenté par le fantôme de sa femme et dont la fille s'est mises à léviter. La raison en est simple : elle est sous l'emprise d'un sort lancé par Christian Winter, un chanteur has been qui, afin de réussir son come back, a fait un pacte avec le Diable, qui lui a réclamé en retour de lui sacrifier une vierge. Rose va donc se retrouver contrainte de réutiliser ses pouvoirs pour sauver la vie de la jeune fille et, par la même occasion, se réconcilier avec son passé.

Amateurs d'humour fin, glacé et sophistiqué... passez votre chemin. Mais, d'un autre côté, qui a envie d'humour glacé et sophistiqué aujourd'hui ? Qui en a voulu un jour, de toutes façons ? Faisant la part belle à la parodie de films comme L'EXORCISTE ou SOS FANTÔMES, EXTRA ORDINARY est une comédie aux rebondissements le plus souvent prévisibles mais prétextes à des dialogues assez savoureux et des personnages, un peu unidimensionnels mais excessivement attachants. Il ne révolutionne rien mais il est extrêmement bien rythmé, terriblement fun et je n'ai pas entendu un spectateur se plaindre d'avoir passé un mauvais moment.

Le film n'est, pour l'instant, sorti qu'en Irlande et fait le tour des festivals. Vu la réception, il ne serait toutefois pas étonnant de le voir distribué à un moment ou à un autre.

LEAP OF FAITH : WILLIAM FRIEDKIN ON THE EXORCIST (Alexandre O. Philippe) : Je parlais de L'EXORCISTE il y a un instant, ça tombe bien, nous allons creuser le sujet. Ceux qui connaissent un peu le personnage savent que William Friedkin a toujours porté un regard lucide, voire même critique, sur son œuvre (contrairement à certains). En d'autres termes : qu'on l'aime ou non, force est de constater que le monsieur n'a pas sa langue dans sa poche.

Autant dire qu'entendre William Friedkin parler de son film le plus connu, une œuvre qui se paie en plus la réputation de "film le plus terrifiant de tous les temps", ça ne se refuse pas. Alexandre O. Philippe, à qui l'on devait déjà un documentaire similaire sur les origines d'ALIEN a donc posé sa caméra chez William Friedkin et, pendant près d'une semaine, l'a invité à raconter la genèse de son film. Sorti de quelques anecdotes que, personnellement, je connaissais déjà (notamment sur le doublage de Linda Blair), le film n'en reste pas moins très instructif, notamment sur la part d'improvisation dont il a du faire preuve et les concessions que Friedkin a du faire (ou pas) pour parvenir au résultat final. Une partie du film est, par exemple, consacrée au choix de la musique et sur comment Friedkin tomba par hasard sur Tubular Bell après avoir commandé une BO à Bernard Herrmann puis Lalo Schiffrin (et avoir vexé ce dernier à tel point que les deux sont encore fâchés aujourd'hui).

De façon générale, s'il y a un message à tirer de ce documentaire c'est que faire un bon film n'est pas qu'une question de travail : un chef d’œuvre, c'est d'abord un miracle (et, visiblement, un gros coup de bol).

THE WAVE (Gille Klabin) : Faisant partie des films en compétition, celui-ci a longtemps été mon favori pour la victoire finale (et il est même dommage qu'il n'ait rien remporté). THE WAVE raconte l'histoire de Frank, un courtier en assurances a la vie excessivement ennuyeuse qui parvient un jour à faire gagner plusieurs millions à sa boîte. Plus précisément, il trouve un vice de procédure absolument dégueulasse permettant de ne pas verser à sa veuve l'assurance-vie d'un pompier mort d'une crise cardiaque (vice de procédure qui aurait vraiment été utilisé, d'ailleurs). Décidé à fêter ça avec son meilleur (seul ?) ami, Frank se retrouve embarqué dans une fête où un étrange dealer lui propose de prendre une drogue mystérieuse, distordant l'espace et le temps.

Le soucis, c'est que Frank ne redescend pas de son trip et une question finit par se poser : est-il en train d'halluciner ou bien est-ce notre réalité qui n'est qu'un bad trip ?

A la base, le film ne m'emballait pas plus que ça mais la surprise n'en a été que meilleure. Une fois assimilé le fait que la notion de cohérence chronologique va être gentiment priée d'aller se faire voir ailleurs, THE WAVE devient une excellente comédie hallucinatoire sur un homme qui a eu besoin de découvrir la quatrième dimension pour comprendre qu'il y en avait plus d'une. On finit par s'attacher à ce personnage de loser déguisé en winner et à le suivre dans ses hallucinations, et ce d'autant plus facilement que le film regorge de plans absolument géniaux, d'autant plus géniaux qu'ils ont été littéralement faits avec les moyens du bord.

Pas de sortie en France programmée, toutefois le film va sortir au cinéma en janvier aux Etats-Unis.

CA A DES DEFAUTS MAIS CA SE LAISSE REGARDER

COLOR OUT OF SPACE (Richard Stanley) : Film d'ouverture du PIFFF 2019, COLOR OUT OF SPACE m'intriguait autant qu'il m'inquiétait. Adapter Lovecraft, un auteur réputé inadaptable (ou alors très difficilement) avec en plus Nicolas Cage, qui est un peu capable du meilleur comme du pire, il y avait de quoi craindre la catastrophe. Et bien verdict : ça va et je vais vous expliquer pourquoi.

Tout d'abord, sachez que le film n'est que très librement inspiré de la nouvelle originale, qui racontait comment une météorite d'une couleur inconnue tombait dans le champ d'un paysan et finissait petit-à-petit par empoisonner ses terres et faire mourir ses occupants.  La trame va rester ici la même, à quelques détails près (comme le fait que le narrateur de la nouvelle devient un acteur de l'histoire à part entière dans le film). Là où il s'en écarte, c'est d'abord dans le choix de transposer l'intrigue de nos jours mais aussi de la concentrer sur un pan de l'histoire qui, dans le roman, est traité en quelques lignes.

Si Nicolas Cage est impeccable, il est toutefois dommage que la partie "rajoutée" soit si commune et ressemble davantage à un film d'horreur banal où une famille dans une maison isolée fait face à des phénomènes étranges (avec le traditionnel gamin creepy qui est un élément tellement utilisé qu'il ne peut plus se permettre d'être médiocre pour être efficace).  Notons quand même quelques plans assez Carpenteriens car il est difficile de parler de Lovecraft au cinéma sans citer celui qui a su le mieux retranscrire son univers.

Visuellement, le film n'en reste pas moins assez bluffant vu son budget (4 millions de dollars) et, dans un Q&A après la séance, Richard Stanley nous apprit que ce film est le premier d'une série d'adaptations du même tonneau explorant l'univers de Lovecraft (la prochaine devrait être "L'Abomination de Dunwich" pour les connaisseurs).

PHIL TIPPETT : MAD DREAMS AND MONSTERS (Gilles Penso et Alexandre Poncet) : Pour un gros fan de trucages à l'ancienne comme moi, si Ray Harryhausen est Dieu, Phil Tippett est incontestablement assis à sa droite. Spécialiste de l'animation en stop-motion, ce génie des effets spéciaux s'est retrouvé au générique d'oeuvres telles que LA GUERRE DES ETOILES, STARSHIP TROOPERS, ROBOCOP ou encore JURRASIC PARK, en d'autres termes, un sacré paquet de claques visuelles.

Ici, le documentaire s'attarde bien sûr sur ses débuts mais se concentre également sur un pan intéressant de sa carrière : le passage de l'animation en stop-motion à l'animation numérique, marqué notamment par JURASSIC PARK et comment il fut contraint de s'adapter afin de "ne pas finir comme Méliès" (en gros). L'occasion alors de voir l'évolution des trucages au cinéma depuis les années 70 (et cette partie est passionnante). L'occasion alors de passer de (peut-être trop) longues minutes à entendre des intervenants (dont Paul Verhoeven et Joe Dante) nous expliquer en quoi Phil Tippett est génial, ce qui s'appelle plus ou moins "prêcher des convertis".

Ce film est toutefois l'occasion de connaitre l'homme derrière l’œuvre et de découvrir un être profondément attachant, quoi qu'un peu détaché des contingences de ce monde ainsi que son épouse, la directrice de son studio d'effets spéciaux, qui illustre une fois de plus la règle selon laquelle derrière tout homme lunaire, il y a une femme pour assurer la liaison avec la terre ferme.

I SEE YOU (Adam Randall) : Discutant avec certains festivaliers, Cyril Despontin (l'un des créateurs et organisateurs du PIFFF) présentait ce film comme son favori pour la victoire finale. Deux certitudes à la sortie de la salle : Cyril Despontin a des goûts assez sûrs en matière de cinéma... mais il a quand même tendance à survendre les films qu'il aime. 

Il va être difficile de vous raconter l'histoire sans trop vous en dévoiler, de façon générale moins vous en saurez mieux ce sera. En gros, c'est l'histoire d'une famille assez dysfonctionnelle qui expérimente des évènements étranges dans leur maison alors que, à l'extérieur, des enfants disparaissent sans laisser de traces. Oui, je sais : raconté comme ça on peut craindre un film d'horreur complétement générique mais, heureusement, il est beaucoup intelligent qu'il en a l'air. De plus, il est filmé avec un soin assez impressionnant (d'ailleurs, faites attention à la composition des plans et aux détails dans les décors, ils vous donneront des indices sur le dénouement).

Il est cependant dommage que le scénario, globalement cohérent, possède quelques trous, notamment lors de son dénouement qui nous laisse avec certaines interrogations.

Ayant remporté le prix Ciné+ Frissons lors de la cérémonie de clôture, nul doute qu'il finira au moins sur le câble ou en VOD dans les mois à venir, ce qui vous permettra de vous faire une opinion.

THE NEST (Roberto de Feo) : Difficile de faire du cinéma fantastique en Italie. Tout d'abord parce que le genre n'est plus à la mode mais aussi parce que l'héritage est tel qu'il oblige à se démarquer coûte que coûte. Cet exercice, Roberto de Feo s'y est essayé avec, globalement, pas mal de réussite.

Le "nid" qui donne son titre au film, est une grand maison hors du temps où vit Samuel, un jeune garçon paraplégique. Le domaine autour est géré d'une main de fer dans un gant d'acier par sa mère, qui veille de façon stricte à ce que son fils n'ait aucun contact avec l'extérieur. Puis arrive Denise, une jeune domestique un peu plus âgée que lui, qui va se mettre en tête de lui faire découvrir le monde extérieur. Samuel finit par ne plus avoir qu'une idée en tête : s'échapper pour découvrir ce qu'on lui cache et enfin savoir si cette maison est un refuge ou une prison.

La suite est malheureusement assez prévisible, d'autant plus que le réalisateur, en nous présentant l'un des acteurs, nous a donné un indice sur la fin du film. Il n'en reste pas moins une oeuvre bénéficiant d'une photographie et d'une ambiance soignées ainsi que d'une bande-son de qualité (notamment une reprise au piano de "Where is my mind" des Pixies, que je préfère presque à l'originale).

THE MORTUARY COLLECTION (Ryan Spindell) :  Sam, une jeune femme semblant avoir une fascination pour le macabre, postule comme employée au funérarium de Montgomery Dark à Raven's End (oui, les noms ne sont pas des plus subtils). Celui-ci lui expliquant que chaque corps raconte sa propre histoire, Sam lui demande alors s'il a des histoires un peu sordides à lui raconter pour illustrer son propos. Et il se trouve que oui.

A l'origine de ce film;, il y a un réalisateur, Ryan Spindell, amateurs d'anthologies d'horreur (il a même réalisé un documentaire à ce sujet : WE COME IN PIECES, disponible sur Vimeo). Il y a également un court-métrage : THE BABYSITTER MURDERS qui a remporté une dizaine de prix dans les festivals où il a été projeté et que Spindell a eu l'idée d'intégrer dans un film à sketchs, accompagné d'autres histoires macabres.

Le soucis avec ce genre de films c'est qu'il suffit qu'une histoire ne vous parle pas pour que vous décrochiez et c'est un peu ce qui m'est arrivé. C'est d'autant plus dommage que l'ambiance "Chair de Poule en version gore" est très chouette et que j'ai adoré la fin. Un film inégal, donc, mais pour lequel je garde une certaine sympathie.

ALORS, HONNÊTEMENT... PAS OUF

SPIRAL (Kurtis David Harder) : Au milieu des années 90, un couple homosexuel : Malik et Aaron ainsi que Kayla, la fille de ce dernier, emmenagent dans une petite ville de la campagne quelque part aux Etats-Unis. Suscitant plus la curiosité que l'hostilité, le couple finit par s'intégrer à la vie locale, jusqu'à ce que Malik soit témoin d'évènements étranges, qui l'amènent à fouiller dans le passé de cette bourgade paisible et à s'apercevoir que tout le monde n'est pas aussi amical qui l'en a l'air...

Présenté comme un mélange entre HEREDITE et GET OUT, SPIRAL peine à se mettre au niveau de ses modèles. Si les influences sont là, il manque toutefois l'humour grinçant d'un Jordan Peele ou le sens de l'esthétique et du plan choc d'Ari Aster.

En d'autres termes, vous prenez ces deux films, vous les mélangez après avoir enlevé leur ingrédient principal et vous obtenez Spiral, un film manquant pas mal de saveur, vite vu vite oublié, malheureusement.

VISE (Yasuhiko Shimizu) : Je vous avoue que ce film là, j'aurais voulu le mettre plus haut. Vu qu'il a remporté une mention spéciale de la part du jury de Mad Movies, il a l'air d'avoir plu à certains. Mais pas à moi.

Voulu comme un film dans la continuité de l’œuvre de Takashi Miike et Sono Sion, VISE est avant tout le projet d'un homme : Kazuki Nagano, un comique visiblement assez connu au Japon qui s'était étonné, alors qu'il était invité à un défilé de mode, de constater que les mannequins se faisaient masser le visage pour l'affiner. Il eut alors l'idée de cette histoire de chirurgien esthétique fou qui affine le visage de ses patientes en le déformant dans l'étau qui donne son nom au film. Se laissant le rôle d'un secrétaire médical portant des tailleurs (oui, certains indices laissent penser que Nagano fait plus dans les pitreries que dans l'humour subtil), il confia le rôle du chirurgien à Takumi Saitoh, un acteur spécialisé dans les drames sentimentaux. Lui aussi a l'air d'être assez connu au Japon, si l'on en juge notamment par la fan qui avait le déplacement jusqu'au Max Linder juste pour lui remettre un bouquet de fleur et l'équipe de télévision japonaise venue couvrir la présentation du film.

Le soucis c'est que ces deux messieurs ayant une réputation et une image dans leur pays natal, leur film, qu'ils voulaient extrême et subversif, ne va pas aussi loin qu'on l'aurait voulu. De leur propre aveu, leur célébrité a été un obstacle et ils se sont retrouvés à devoir réaliser un film barré qui, pour autant, ne leur aliènerait pas leurs fans et se sont, probablement, auto-censurés.

C'est d'autant plus dommage que le début du film est très bon. Malheureusement, il semble à un moment ne plus vraiment savoir où aller et s'arrête au moment où il redevient intéressant.

SUPER ME (Zhang Chong) :  Sang Yu, un apprenti scénariste vivote dans un studio crasseux en attendant d'écrire le script qui lui apportera la reconnaissance et la gloire. Ses jours ne sont pas faciles et ses nuits mouvementées puisque, dès qu'il ferme les yeux, il rêve qu'un démon tente de lui faire la peau. Un jour, il s'aperçoit qu'il possède toutefois un pouvoir qui va lui faciliter la vie : celui de ramener certains objets précieux depuis ses rêves.

Là aussi, déception. Sur le papier le film avait l'air intéressant et j'étais curieux de voir où il allait nous emmener avec ce concept.

Et bien : pas loin.

Clairement; le film part d'une bonne idée, est servi par un travail sur les décors et les effets spéciaux de toute beauté mais ne semble pas réellement savoir où aller et ce n'est pas la morale de fin qui va le sauver. Sans spoiler, disons que l'on nous sert un discours convenu sur le fait que le travail paie toujours et que l'argent ne fait pas le bonheur... Ce serait efficace si le reste du film ne s'était pas acharné à nous montrer pendant plus d'une heure que la vie est quand même beaucoup plus facile quand on est beau et riche !

THE HOLE IN THE GROUND (Lee Cronin) : Moins de 24h après la projection de COLOR OUT OF SPACE nous montrant une famille, qui vient d'emménager dans une maison dans les bois, faisant face à des phénomènes étranges, nous eûmes droit à THE HOLE IN THE GROUND qui... raconte l'histoire d'une mère et de son fils faisant face à des phénomènes étranges alors qu'ils viennent d'emménager dans une maison dans les bois.

Le cratère de météorite est remplacé par un gouffre (le "trou" du titre) et l'action se passe en Irlande, ce sont les seules vraies originalités d'un film assez décevant lui aussi, plombé par une histoire dont la clé nous est donnée en une fraction de seconde (littéralement) et un montage donnant le sentiment qu'il manque des scènes. Et le prochain qui me sort un gamin creepy comme ressort horrifique je le mords.

L'interprétation est toutefois excellente et la mise en scène soignée (avec une mention spéciale pour le plan final), ce qui est d'autant plus dommage.

DOGS DON'T WEAR PANTS (J.-P. Valkepää) : Choisi comme film de clôture du Festival, DOGS DON'T WEAR PANTS est l'archétype même du film dans lequel il faut entrer le plus vite possible si vous ne voulez pas vous retrouver à la porte. Racontant l'histoire d'un veuf trouvant du réconfort grâce aux "soins" prodigués par une dominatrice SM rencontrée par hasard dans un salon de piercing, DOGS DON'T WEAR PANTS a toutefois le mérite d'aborder des sujets délicats sans tomber dans la caricature. Pour tout vous dire, c'est peut-être la première fois que je vois un film parler de sado-masochisme sans le traiter en dérision et en ayant pour ambition de comprendre pourquoi certains, alors qu'ils sont parfaitement sains d'esprit, aiment se faire brutaliser ou brutaliser les autres.

C'est un film intelligent, bien écrit, bien filmé mais il a quelques soucis de rythme et il est possible que le problème vienne en partie de moi : je n'ai pas grand chose à lui reprocher, je ne suis juste pas entré dans le délire du film.

Si cela peut vous rassurer : comme pour VISE, d'autres spectateurs l'ont, au contraire, pas mal apprécié. Donc il y a des chances pour que DOGS DON'T WEAR PANTS vous parle et pour que vous passiez un bon moment malgré tout.

MENTIONS SPÉCIALES

(Ca c'est la section des films dont je voulais parler mais que je n'ai pas réussi à classer ailleurs)

BULLETS OF JUSTICE (Valeri Milev) : Un film kazakh, réalisé par un bulgare, financé sur Kickstarter (et donc tourné au fur et à mesure), racontant une troisième guerre mondiale entre les humains et des cochons mutants avec un supplément "Danny Trejo qui cachetonne"... Si ça ce n'est pas un midnight movie je ne répond plus de rien ! Et ça tombe bien vu que c'est lui qui assura la traditionnelle Séance de Minuit du samedi soir (enfin... du dimanche matin).

Par contre, comme beaucoup de films de ce genre, il est assez inclassable. Ce n'est pas vraiment une comédie, ce n'est pas vraiment un film d'action, ce n'est pas un nanar (volontaire ou involontaire), c'est juste un film complétement débile où un héros et sa sœur à moustache (!), combattent des hommes cochons et des types avec des têtes de cul (littéralement) pour finir dans un affrontement final contre un méchant joué par une sorte de mannequin vêtu uniquement d'un string dont je n'arrive toujours pas à comprendre comment il tient. Oh et puis, tant qu'à faire, à un moment vous avez un sosie de Cristiano Ronaldo parce que... parce que "pourquoi pas" (ce qui résume un bonne partie des délires du film).

Le genre d’œuvre à ne pas voir seul et, probablement, avec le plus de bières possibles. La bonne nouvelle c'est qu'il ne dure qu'une heure et quart donc, si vous n'accrochez pas, il ne prendra pas énormément de votre temps.

RIDE YOUR WAVE (Masaaki Yuasa) : Hinako vient de réemménager dans la ville où elle a passé une partie de son enfance. Passant ses journées entre ses études d'océanographie et sa passion pour le surf (ainsi que la préparation d'omu-rice). Elle finit par faire la connaissance de Minato, un pompier avec qui c'est très rapidement le coup de foudre. Les deux coulent un amour tellement parfait qu'il en devient presque horripilant jusqu'à ce que Minato se noie en tentant de sauver quelqu'un.

Inconsolable, Hinako s'aperçoit toutefois que le fantôme de Minato apparait dans l'eau lorsqu'elle fredonne une chanson qu'ils adoraient tous les deux (chanson qui va vous rester dans la tête vu que, dans le monde de RIDE YOUR WAVE, il ne semble exister qu'une seule chanson, qui nous est balancée tellement souvent que cela en devient presque un running gag).

Etant peu fan de drames sentimentaux, je me refuse à avoir un avis tranché sur ce film : clairement je ne suis pas la cible et, il ne serait pas passé au PIFFF, je ne l'aurais jamais vu. Le film est assez "guimauve" et possède un potentiel tire-larme assez élevé. A garder donc si vous aimez pleurer au cinéma (et j'en connais pour qui c'est le cas).

Il est quand même assez dingue de se dire que le précédent projet de Masaaki Yuasa était l'adaptation de DEVIL MAN, la preuve que le monsieur n'est pas prisonnier d'un genre.

Je passe, évidemment, sur les séances cultes : je ne pense pas que vous ayez vraiment besoin de mon avis sur VENDREDI 13 ou RENCONTRE DU TROISIEME TYPE. Je vous dirais juste que, si vous avez l'occasion de voir THEATRE DE SANG, donnez-lui une chance et que, si vous voyez EMPRISE... prévenez-moi, il faut qu'on débriefe. Et si vous êtes fan de courts-métrages, jetez un œil à MY LITTLE GOAT, le projet de fin de maîtrise d'un étudiant japonais inspiré par un conte de Grimm, ou encore à A LITTLE TASTE, un court-métrage portugais qui ferait une excellente scène d'ouverture pour un film plus long.

 

Quoi qu'il en soit, je tenterai de recommencer l'exercice l'année prochaine. Poursuivant un gros projet perso, je ne sais absolument pas si j'aurais le temps de suivre l'intégralité du PIFFF 2020 (et si ce n'est pas le cas, ce sera bon signe).

Une chose est (quasi) sûre : je repasserai entre temps.

Publié dans PIFFF, Cinéma, Festival, Max Linder

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

innana ivert 25/12/2019 21:23

J'ai vu 98% du festival et je suis assez d'accord avec vous.
D'ailleurs, Emprise m'a également laissé un goût amer en bouche, je serai ravie d'en débattre avec vous.
Cordialement