La Nuit Nanarland 3

Publié le par Antohn

Vous commencez à me connaître, à connaître mon amour pour les nanars, il y a donc de fortes chances pour que vous deviniez où j’étais dans la nuit du 22 au 23 septembre alors que la Nuit Nanarland 3 battait son plein au Grand Rex : dans un fauteuil d’orchestre de la grande salle avec un t-shirt “Robot Monster” ! Et hors de question, bien évidemment, que je passe à côté de l’occasion de vous raconter tout ça.

Après une Nuit Nanarland 2 exceptionnelle, la question était de savoir si la suivante allait se montrer à la hauteur. Je spoile tout de suite : ce fut moins intense.

 

Mais "moins intense" ne veut pas dire "mauvais" pour autant et une fois de plus le degrés de folie a été costaud. Au programme, une prédominance du chiffre 3, une œuvre reniée, les dérivations d'un chanteur sans divertissements, la preuve qu'on peut être un ninja et être à la mode (des années 80), des sosies et une scène tout simplement improbable !

Innovation cette année, la soirée a commencé une heure plus tôt avec le concert d’un certain “Sosie de Robert de Niro dans Heat”. Il paraît que lors de la première édition de ce qui s’appelait à l’époque “La Nuit Excentrique”, les spectateurs avaient eu droit à des mini-concerts de ce genre mais ce n'était pas devenu une habitude. Pour beaucoup, avoir un concert avant était donc assez insolite, à tel point que beaucoup (moi le premier) pensaient à une blague lorsque ce fut annoncé quelques jours seulement avant la soirée.

Musicalement, sous ce pseudo insolite, se cache un chanteur avec, donc, le look de Robert de Niro dans HEAT (costume, bouc et cheveux plaqués en arrière), spécialisé dans l'électro et les chansons sur les braquages. Pour vous faire une idée, ça ressemble à ça. Ce n'est pas forcément ma came à la base, certes, mais c'était plutôt sympa… Bon il faut dire que ça n’a duré qu’une demi-heure aussi, je ne sais pas très bien ce que j’en aurais pensé sur du plus long terme, certains de mes voisins n'ont d'ailleurs pas caché leur soulagement de voir ce monsieur remballer son micro et son clavier.

 

Mais trêve de préliminaires, passons aux choses sérieuses.

 

WHITE FIRE (ou VIVRE POUR SURVIVRE ou LE DIAMANT, Jean-Marie Pallardy, France, 1985). Beaucoup pensaient que ce jour ne viendrais jamais. WHITE FIRE fait pourtant partie depuis longtemps des références en matière de nanar et paraît-il qu'il était déjà question de le diffuser lors de la première édition de la Nuit Excentrique en 2004. Mais outre la difficulté à trouver une copie 35mm de ce film, il fallait aussi l’accord de son réalisateur, Jean-Marie Pallardy, et le moins que l’on puisse dire c’est que les relations entre lui et Nanarland ont longtemps été houleuses. Il a fallu attendre la 11e Nuit Excentrique en 2015, alors qu’il était venu exprès au Grand Rex pour faire interdire la soirée pensant que WHITE FIRE y serait projeté, pour que la confrontation ait lieu et que la hache de guerre soit enterrée.

Jean-Marie Pallardy avait ensuite participé à un épisode de Nanaroscope, la série documentaire produite par Arte, où il était question d’un autre de ses films : LE RICAIN et le fait qu’il ait enfin donné son accord pour que WHITE FIRE soit passé lors d'une Nuit Nanarland était vu comme un progrès inespéré. On en venait même, sans trop y croire, à nous demander s’il viendrait sur scène prendre l’ovation de sa vie. Et vous savez quoi ? Il est venu.

Et il a pris l’ovation de sa vie !

Vous noterez ces quelques secondes où on s'est mis à scander "Jean-Marie ! Jean-Marie !" avant de se souvenir que c'était un poil connoté.

Jean-Marie ''Motherfuckin’’’ Pallardy était dans la place, une scène encore inenvisageable il y a quelques années. “Je tenais à vous dire que j’ai rarement été aussi heureux. Je me suis autant marré que vous ce soir” nous annonça-t-il avant de répondre avec plus ou moins de bonne volonté aux questions du public.... Enfin disons que ca dépendait de si vous aviez un vagin ou pas. Quoi qu'il en soit ce fut l’occasion de découvrir un personnage aussi haut en couleurs qu’on l’imaginait. Et ça a expliqué deux-trois trucs.

Vous disiez  ? “Le film ?”. Ben c'est l’histoire d’un type qui essaie voler un diamant de 2000 carats, radioactif… Oh et puis il finit par se taper le sosie de sa sœur et non il paraît que c'est pas malsain.

A peine remis de notre surprise et de nos émotions, il fallait enchaîner. Quelques cuts et bandes-annonces plus tard, un épisode inédit de la seconde saison de Nanaroscope plus tard, il était temps d’affronter la

FORCE NOIRE (Die Brut des Bösen, Christian Anders et Antonio Tarruella, Allemagne 1979). Sauf si avez vécu en RFA dans les années 70 il y a fort à parier que le nom de Christian Anders ne vous dise pas grand chose. Et pourtant ce monsieur outre-Rhin était une sorte d'équivalent de Salvatore Adamo avec la renommée de Claude François, s'illustrant dans le schlager, une sorte de mélange entre la variétoche et le yéyé. Un truc dans ce genre là, quoi.

A la fin des années 70, n'ayant pas eu l'idée saugrenue de jouer avec une applique les deux pieds dans la flotte, Christian Anders était donc toujours vivant et sa petite entreprise marchait bon train. De son propre aveu, enregistrer un album lui prenait deux semaines et lui rapportait suffisamment pour vivre tranquillement pendant un an. Le reste du temps... et bien il s'ennuyait. Alors il a appris le karaté. Et puis il a maté quelques films. Notamment LA FUREUR DU DRAGON. Et il s'est dit que tiens, pourquoi ne pas s'amuser et faire un film lui aussi. En plus comme il avait du temps libre il allait écrire le scénario, s'occuper des cascades, réaliser et puis jouer le personnage principal. Oh et tant qu'à faire il allait aussi s'occuper de la musique.

J'ai vu quelques films aux airs d'egotrips avec des types qui s'occupaient d'absolument tout, même de passer le balais sur le plateau à la fin de la journée. Ici c'est un peu plus subtil : Chrisitian Anders est un grand maître de karaté, son dojo est le meilleur de la ville, il est fort, endurant, la totalité du casting féminin se pâme pour lui... mais parallèlement il va se comporter comme un benêt pendant une bonne partie du film et échafauder des plans d'une foiritude qui serait absolue si, à la surprise générale, ils ne fonctionnaient pas.  

Quant à l'histoire, bien... vous voyez LA FUREUR DU DRAGON ? Et bien vous remplacez l'histoire du mafieux qui veut racheter de force un restaurant à Rome par un mafieux qui veut racheter un dojo à Madrid et vous avez FORCE NOIRE. Donc oui, c'est forcément moins bien et, au niveau de l'épique, ne vous attendez pas à un duel d'anthologie. Pour faire simple, vous prenez le duel entre Bruce Lee et Chuck Norris dans le Colisée et vous remplacez Bruce Lee par un sosie de Claude François, Chuck Norris par un colosse et un nain et le Colisée par une clairière et vous avez le duel final de FORCE NOIRE. Oui j'ai bien dit "un nain" : le chef mafieux est joué par Deep Roy, un acteur connu notamment pour avoir joué le(s) Oompa Loompa dans CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, ce qui fiche un sacré coup à sa crédibilité en tant que seigneur du crime.

Et oui, le titre, que ce soit en français ou en allemand, n'a rien à voir avec l'histoire.

Ce n'est pas pour autant qu'il n'y a pas de scène d'anthologie. Celle où Christian Anders s'entraîne histoire de faire montre de ses prouesses physique est restée dans les mémoires.

Pour ceux qui se demandent ce qu'est devenu Christian Anders, après avoir réalisé un second film : CAMP D'AMOUR,  où il joue le rôle d'un gourou du sexe, il a fini par abandonner la musique, a fait un peu l'acteur ça et là, se serait converti au bouddhisme et gagnerait aujourd'hui sa vie en écrivant des bouquins complotistes.

Pour ceux qui se demandent plutôt comment s'est passé la suite de ma soirée, c'est par ici.

ZOMBI 3 (Lucio Fulci, Claudio Fragasso et Bruno Mattei (non crédités), Italie/Philippines, 1988) : "Je ne renie aucun de mes films, sauf ZOMBI 3. Mais ce film n’est pas le mien. C’est le plus ridicule de ma filmographie. Il a été fait par un groupe d’idiots tels que Claudio Fragasso – un crétin né – Bruno Mattei – qui avant de devenir "réalisateur" était peintre en bâtiment – et un type nommé Mimmo Scavia – le directeur de production – qui, arrivé aux Philippines, n’avait qu’une seule chose en tête : baiser de jeunes orientales. J’ai refusé de finir ZOMBI 3. J’ai pris l’avion et suis revenu à Rome. A l’écran, on ne voit que cinquante cinq minutes réalisées par moi, et c’est à cause de Fragasso qui changeait sans arrêt mon script. "On peut pas faire ci, on peut pas faire ça…" La seule chose dont je suis fier, c’est de la scène du crâne vorace". Voilà comment, en 1995, Lucio Fulci parlait de ce film dans une interview par ailleurs géniale.

Pour faire court, ZOMBI 3 est sensé être la suite de L'ENFER DES ZOMBIES, un autre film de Fulci, infiniment supérieur à celui-ci et vendu dans certaines régions sous le titre ZOMBI 2 afin de le faire passer pour une suite du ZOMBIE de Romero. Le soucis c'est que l'idée était de le tourner pour trois fois rien, avec des acteurs de quatrième zone et aux Philippines pour des raisons visiblement aussi sexuelles que financières.

Déjà de santé fragile, Lucio Fulci fit une attaque lors du tournage et, après avoir obtenu de retourner se soigner en Italie, refusa de revenir. Qu'à cela ne tienne, les scènes supplémentaires furent confiées à Bruno Mattei et Claudio Fragasso. Pour vous faire une idée, l'un est le recordman du nombre d'apparitions lors des Nuits Excentrique/Nanarland et l'autre est surtout connu pour avoir écrit et réalisé TROLL 2, un candidat sérieux au titre de pire film de tous les temps. Autant vous dire que les deux sont des sortes d'alchimistes à l'envers, capables de transformer l'or en plomb pour ne pas dire en autre chose.

Je vous avoue qu'il était 3h du matin et que j'ai laissé peut-être échappé deux-trois morceaux de cette œuvre, dont on sent que le seul des trois réalisateurs capable de faire de bons films n'en avait rien à fiche. Il y a ça et là quelques bonnes idées mais mises au service d'un scénario qui se paie le luxe d'être à la fois banal et inepte, avec son virus qui change de propriétés et ses zombies qui changent de capacités au fur et à mesure des besoins. Et je ne parle pas des caisses de M-16 qui apparaissent opportunément dans un resort de Manille où elles n'ont rien à foutre.

Mine de rien il était déjà 4h30 du matin, l'heure du ravitaillement en café et en crêpes au Nutella. C'était également l'heure de la finale des quizz qui avaient occupés les inter séances et de la traditionnelle scène des DVD volants. Comprenez par là que nos hôtes ont pris l'habitude de balancer dans le public les lots qui n'avaient pas été gagnés. Vous pensez que c'est un coup à s'ouvrir l'arcade ? Moi aussi. Mais bon du moment que ça marche...

Notez que prendre un DVD sur la tronche est une façon comme une autre de se réveiller. Et il est temps de se réveiller vu que la dernière ligne droite arrive.

NINJA III : THE DOMINATION (Sam Firstenberg, USA, 1984). Une Nuit Nanarland finit souvent par du ninja, il faut dire que ces braves messieurs se sont souvent fait malmener par l'industrie cinématographique. A l'origine, les ninjas étaient des mercenaires qui n'avaient pas le droit de porter les armes des samouraïs et qui finirent par se faire embaucher comme exécuteurs des sales besognes. C'étaient des assassins et leurs premières apparitions au cinéma, dans des films japonais, les présentaient comme des personnages négatifs. Il fallut attendre que l'Occident s'empare de cette figure, que des scénaristes se disent qu'un guerrier de l'ombre aux pouvoirs surnaturels c'était cool pour que naisse le ninja tel que nous l'imaginons aujourd'hui. Cette transformation, nous la devons principalement à la Cannon, la célèbre firme de Menahem Golan et Yoram Globus, fournisseuse d'un sacré paquet de séries B décérébrées de l'époque. Le dernier clou dans le cerceuil sera porté par les films de ninja hong-kongais mais ça c'est une autre histoire.

NINJA III s'inscrit dans ce que la Cannon a plus tard appelé sa "trilogie des ninjas", à ceci près qu'il n'y a pas eu de NINJA ni de NINJA II, les deux films précédents étant sortis sous les titres L'IMPLACABLE NINJA et ULTIME VIOLENCE. Le principal point commun entre ces trois films est la présence de Shô Kosugi, un acteur japonais tellement spécialisé dans les rôles de ninjas que je n'ai pas le souvenir de l'avoir vu jouer autre chose. De la même façon, la réalisation est confiée à Sam Firstenberg, un habitué des films avec des types à cagoules.

Particularité de ce film : le héros est une héroïne. Enfin ça c'est ce qui était prévu. Craignant que le public n'aille pas voir un film avec une femme comme personnage principal, la Cannon proposa de modifier le script. S'ils gardent le principe de l'héroïne, celle-ci ne botte des culs que parce qu'elle s'est fait posséder par l'esprit d'un ninja de bonne famille élevé au grain et tout et tout. Non parce que dans le civil, Christie, puisqu'elle s'appelle comme ça, est réparatrice de lignes téléphoniques et prof d'aérobic (nous sommes en 84 ne l'oublions pas).

S'ensuit une histoire selon laquelle le ninja qui la possède est un méchant ninja qui cherche à se venger des policiers qui l'ont abattu, et qui n'est arrêté que par l'intervention d'un gentil ninja (ce bon Shô). Toutefois, les survivants de la soirée n'en ont eu cure de cette histoire et ont davantage consacré leur énergie à huer le petit-ami de Christie, un policier aux méthodes de drague pour le moins particulières pour quiconque n'a pas envie de finir dans un hashtag. Notons toutefois que c'étaient moins ses méthodes que le fait qu'elles fonctionnent qui suscitaient notre ire. Parce que qu'un ninja soit capable de s'enterrer dans le sable en faisant la toupie passe encore, qu'il soit en mesure de posséder l'esprit d'une nana en passant par une borne d'arcade installée dans son salon passe encore, qu'il possède une cache dans les montagnes avec du matos qui se reconstitue entre les scènes passe encore, qu'un exorciste utilise des méthodes semblant sorties d'un donjon SM passe encore, que le duel final oppose Shô Kosugi à un ninja zombie capable de détruire une montagne passe encore...

Mais qu'un mec puisse parvenir à ses fins avec une nana en la stalkant et en abusant de son pouvoir, désolé mais ça s'en est trop ! Ou alors c'est simplement injuste.

Puisque nous parlons de traditions, avant de passer à celle consistant à aller manger un croissant et boire un café dans le premier endroit ouvert acceptant de recevoir une vingtaine de personnes en manque de sommeil, nous ne pouvions finir sans les traditionnelles bandes-annonces porno vintage. Maigre récolte, toutefois, cette année il faut dire que quelques mineurs étaient dans la salle et que le temps de les évacuer, il était l'heure de rendre la salle. Et puis voilà, les lumières se sont rallumées.

Sans crier gare nous nous sommes aperçus que c'était déjà fini. Il allait falloir affronter l'extérieur, le jour qui se lève et le spectacle insolite des Grands Boulevards déserts. Me retournant une dernière fois vers l'écran, je vis qu'il nous informait de la date de la prochaine : le 21 septembre 2019. Ce jour là, ce pourrait la dixième Nuit d'affilée à laquelle j'assisterai, manque de chance, ce sera également le jour de mon anniversaire. Irais-je ? N'irais-je pas ?

Pourquoi pas. Après tout je ne ferai qu'aller au cinéma avec des potes, non ?

Publié dans Cinéma

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article