Robot Monster

Publié le par Antohn

Réjouissez-vous ô fidèles lecteurs!

Bon je n'ai pas de fidèles lecteurs mais en même temps si vous lisez ceci, vous n'êtes pas sensés le savoir (à moins que vous soyez déjà venus ici, dans ce cas-là j'ai un lecteur fidèle). Réjouissez-vous, disais-je, car aujourd'hui, non seulement vous aurez droit à un nanar (et pas n'importe lequel), mais en plus vous saurez enfin d'où viens mon avatar, puisqu'il s'agit du personnage principal du film « Robot Monster » de Phil Tucker.

 

affiche robot monster

 

Nous sommes aux Etats-Unis, en 1953, un jeune réalisateur du nom de Phil Tucker, décide de se lancer dans le film de science-fiction. Lui qui n'a alors réalisé qu'un film de gangsters1 (« Dance Hall Racket ») essaie de profiter de la mode pour les films de soucoupes volantes alors en vogue aux Etats-Unis. Je vous remets dans le contexte: la Guerre Froide faisait rage et la pire peur de l'américain moyen n'était pas de voir les Chicago Bears gagner le Superbowl mais de voir les chars soviétiques investir les rues de Washington et la vermine communiste prendre le contrôle du Monde. Il avait donc besoin de se rassurer et de se prouver que quand il le voulais il pouvais botter les fesses d'un envahisseur, il avait donc besoin de films de science-fiction.

 

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C'était également l'époque des drive-in, ces cinémas à ciel ouvert où on ne sortait pas de sa voiture, des cinémas projetant essentiellement des films d'horreur ou de S-F n'ayant d'autre ambition que de faire suffisamment peur à la demoiselle que vous aviez invité pour s'accrocher à votre bras, voire se pendre à votre cou.

Si certains de ces films, comme « La Menace viens de Mars », « Des Monstres attaquent la ville » ou encore le génial « Le jour où la Terre s'arrêta » sont restés dans les mémoires des cinéphiles amateurs de séries B, d'autres étaient de somptueux ratages, à l'instar de « Robot Monster » qui passe pour être l'un des plus mauvais films de l'Histoire et, paradoxalement, celui que tout amateur de SF kitsch des années 50 se doit d'avoir vu.

 

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Notons, dans le quartier général du monstre, la présence d'une étrange machine, créditée au générique sous le vocable de "Automatic Billion Bubbles Machine". Toute ma gratitude à quiconque sera en mesure de m'expliquer la présence de cet engin et son utilité profonde.

 

Entièrement tourné dans le Canyon de Bronson, en Californie, par un Phil Tucker financant lui-même son film à hauteur de ses maigres moyens, « Robot Monster » raconte l'histoire des derniers survivants terriens après qu'un robot extraterrestre ait débarqué sur Terre et semé mort et destruction avec son rayon de la mort (obtenu en inversant les couleurs sur la pellicule).

Ces cinq survivants sont un professeur et sa famille. Notons que le Professeur semble être dépourvu de prénom, de même que sa femme, les seuls ayant l'honneur d'être désigné par autre chose que leur fonction sont leur fille, Alice, l'assistant du professeur, Roy, et les deux (petits-?) enfants, Johnny et Carla, deux charmante têtes blondes dont le rôle est le même que dans n'importe-quel autre film de S-F, à savoir faire foirer les plans et se mettre en danger.

 

vlcsnap-2010-02-09-11h25m36s182"Je suis morte?

- Désintégrée.

- Chouette, on peut jouer à autre chose maintenant!"

 

S'ils ont survécu, ce n'est que parce le professeur à mis au point un « sérum antibiotique » qui « vaccine » les gens contre le Rayon de la Mort et les rends indétectables par le monstre. Comment un vaccin pourrait-il protéger contre un rayon? Pourquoi le professeur n'a fait vacciner que ses proches? Comment un sérum peut-il vous rendre indétectable par une machine? Autant de questions auxquelles je ne saurais vous apporter de réponse et le scénariste non plus.

Sommé de réussir, le robot, répondant au joli sobriquet de « Ro-Man » parviens à retrouver les derniers survivants et entreprends de les exterminer, non pas avec le Rayon de la Mort mais en les étranglant, ces salopiauds n'ayant pas été vaccinés contre la rupture des cervicales. Tout irai pour le mieux dans le meilleur des mondes si la machine insensible ne tombait pas amoureuse d'Alice, prélude à une sorte de copie de « King Kong » sur le thème « c'est la belle qui a tué la bête ». Le tout amenant à l'une de ces fins qui font hurler de rage le spectateur (oui, cette fin là, celle qu'on redoute tous).

 

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L'invasion extraterrestre est figurée par une lutte acharnée entre une salamandre et un bébé crocodile déguisé en dinosaure, scène tiré du film "Tumak, fils de la jungle" (1941)

 

En parlant de King Kong, le monstre en lui-même est une attraction particulièrement croquignolesque. Vous vous attendiez à un robot, tout du moins à l'effrayante créature présentée sur l'affiche? Et bien attention les yeux puisque le terrible Ro-Man ressemble à ceci:

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Ayant peu de moyens (il faut dire qu'il avait eu pour lubie de projeter son film en 3D, ce qui avait considérablement grevé le budget du film), Phil Tucker engagea, pour jouer le rôle du monstre, un acteur du nom de George Barrows dont le principal argument, outre le fait qu'il ne coûtait pas cher, était qu'il possédait « un costume de monstre ». Le jour du tournage, ce fut la panique, puisque le « costume de monstre » en question était... un costume de gorille! Bien que parfait pour arrondir ses fins de mois comme figurant dans des sérials d'aventure, ce costume était assez peu adapté pour jouer les monstres intergalactiques.

 

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Ro-Man et Johnny en grande discussion, sous l'oeil attentif d'un type qui passait par là et sera très content de raconter en rentrant chez lui qu'il a vu le tournage d'un film.

 

Alors que faire? Chercher quelqu'un qui possède un costume de monstre, un vrai? Pas le temps: ils ont moins d'une semaine pour tourner (le tournage n'a duré que quatre jours). Ils finissent par trouver la solution: Tucker (ou Barrows) « emprunte » un casque spatial ayant servi dans un sérial de science-fiction quelques années plus tôt (le sérial s'appelait « Radar Men From the Moon »), un habile accessoiriste y rajouta des antennes et, tout en conservant son costume de gorille, George Barrows tourna ce film, incarnant l'un des meilleurs craignos monsters de l'Histoire.

 

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Le mariage entre Roy et Alice, candidat sérieux au titre de "scène la plus inutile de l'Histoire du ciéma"

 

Bien que projeté en 3D, bien que bénéficiant d'un son stéréophonique (il fut le premier film de SF à bénéficier de cette technologie), « Robot Monster » se fit assassiner par la critique quand il sortit, en juin 1953. Bien que filmé avec du matériel dernier cri, son budget était bien trop faible pour le sauver du ridicule: huit acteurs (si l'on compte le doubleur de Ro-Man), pas tous très bons, pas de décors, des faux-raccords, des images piquées au petit-bonheur la chance dans d'autres films et surtout un monstre ridicule, tout autant d'ingrédients qui ne pouvait que provoquer l'échec commercial du film.

La légende dit que, démoralisé par les critiques, Phil Tucker tenta de se suicider. Je vous rassure, il en réchappa et réalisa quelques films par la suite, le dernier datant de 1960, intitulé « The Cape Carnaveral Monsters » (« Les monstres de Cap Carnaveral »), dont le titre en lui-même a l'air assez prometteur.

 

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Gorilles dans les prés, fleurissent, fleurissent,

  Gorilles dans les prés, c'est la fin de l'Humanité!

 

En anglais, un nanar se dit «so-bad-it's-good movie », un film tellement mauvais qu'il en devient divertissant et si un film correspond à cette description, c'est bien « Robot Monster », illustration parfaite de ce qu'il ne faut pas faire dans un film. Vaut-il le coup? Cent fois oui, malgré un résultat artistique déplorable, « Robot Monster » est de ces films que l'on se doit de voir tant son impact sur la S-F de l'époque a été important; paradoxalement, c'est le film le moins abouti, celui qui faillit le tuer, qui apporta à Phil Tucker la renommée qu'il espérait dans le monde du cinéma.

 

 

Fiche technique:

Titre alternatif: Monsters from the Moon

Année: 1953

Réalisateur: Phil Tucker

Pays: États-Unis

Durée: 1h 06

Genre: Attack of the Gorilla avec un aquarium sur la tête From Outer Space.

 

 

BONUS: Le film étant tombé dans le domaine public, il est visible ici.

Attention, n'étant jamais sorti en Europe, le film est en anglais mais, en principes, vous n'aurez pas trop de difficultés à comprendre de quoi il en retourne.




1Lors d'une interview, il affirma avoir réalisé un autre film entre « Dance Hall Racket » et « Robot Monster », intitulé « Space Jockey ». Il ne semble rester aucune copie de ce film et l'on peut même être en droit de se demander s'il a existé.

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