Le péplum, un mauvais genre

Publié le par Antohn

 

Il faut s'être aventuré quelque peu sur ce blog pour s'apercevoir que mon rapport à la culture est pour le moins... marqué par l'éclectisme. Allez trouver sur la toile un autre blog où voisinent Alfred Hitchcock et Bruno Mattei, géré par un type capable de vous parler tout aussi bien d'Anne Perry que de nanars de science-fiction avec Hulk Hogan.

Si vous connaissez ce blog, vous savez également que j'adore les péplums et je crois que l'article de cette semaine va concentrer une bonne partie de mes centres d'intérêts, puis qu'il s'agit de « Le péplum, un mauvais genre » de Claude Aziza, qui, quand il ne se passionne pas pour le cinéma de genre s'amuse parfois à être maître de conférence en langue et littérature latine à Paris III.

 

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Je vous l'accorde: la couverture est assez austère.

(source www.klincksieck.com)

 

Pour une fois que je lis un ouvrage écrit par un universitaire dont la chronique peut intéresser quelqu'un d'autres que des spécialistes, je vais en profiter, d'autant plus que, vous vous en doutez, l'auteur a oublié d'être ignorant et inintéressant sur son domaine.
Le péplum traîne souvent une image de film à petits budgets, tourné en deux semaines dans des décors de carton-pâte avec des acteurs recrutés aux abords d'un théâtre miteux de Rimini à qui on aurait donné, deux minutes avant chaque scène, une feuille de script froissée à force d'être utilisée (si vous voyez ce que je veux dire). Évidemment, de tels péplums existent, certains sont même rudement mauvais. Mais limiter le péplum à cela serait aussi stupide que de dire que « La Grande Illusion » est un mauvais film sous prétexte que « Rambo III » était un nanar.

 

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"Hercule contre les mercenaires"

("L'Ultimo Gladiatore", Umberto Lanzi, 1964)

(source: wrongsideoftheart.com)

 

Avec le western est le film d'arts martiaux, le péplum ne passe souvent pas le test dit « du scénario ». Qu'est-ce que le test du scénario? C'est simple: prenez un membre de votre entourage, de préférence un cinéphile distingué avec lequel il vous arrive de discuter cinéma. Amenez la discussion sur un genre que vos voulez tester. Commencer alors à parler des scenarii de ces films.

Là, si votre interlocuteur éclate d'un rire méprisant en vous rétorquant « Un scénario, mais arrêtes, il y a jamais de scénario dans ces films! » vous pouvez aisément en déduire que vous êtes face à un genre méprisé (et à une personne obtuse qu'il va falloir au plus vite sauver de sa médiocrité).

 

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"Le Tyran de Syracuse"

("Il tiranno di Siracusa", Curtis Bernhardt, 1962)

(source: wrongsideoftheart.com)

 

Et pourtant, le péplum a une telle histoire, le péplum renferme tant de chefs-d'œuvre. Je ne vais pas refaire mon couplet sur les péplums qui ont influé sur ma vie. Je ne vais pas vous rebattre les oreilles avec cette cassette de Ben-Hur, aujourd'hui illisible à certains endroits, que je regardait en boucle étant gamin, là où les gosses de mon âge ne juraient que par les Tortues Ninja et Dragon Ball Z. Je ne vous parlerais pas de la course de char, ni de la bataille navale qui m'ont marqué de façon indélébile. Je ne vous répèterais pas que si j'ai ait des études d'Histoire Romaine, c'est probablement grâce à (à cause de?) ce film.

Non, je ne vous le dirais pas... sauf si l'envie me prenait de faire du remplissage de chronique.

 

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"Cléopâtre"

("Cleopatra", Cecil B. DeMille, 1934) 

(source: moviegoods.com)

 

Publié dans la collection « 50 questions », c'est sous cette forme que se présente ce livre. L'auteur y dresse la liste des cinquante questions qui reviennent le plus souvent de la bouche d'un novice et y répond avec une érudition peu commune sans jamais, pourtant, faire de son ouvrage un pensum verbeux bourré de références à des revues serbo-croates où à des films perdus depuis les années trente. C'est ainsi que le lecteur apprends, au fil de sa lecture, d'où vient le mot « péplum »; oui, l'explication la plus souvent donnée est que le mot « péplum » vient du grec πέπλος, qui désignait le vêtement porté par les personnages dans ces films. L'explication réelle est plus compliquée que çà, d'autant plus que l'à base, le peplos est un vêtement féminin et qu'il est assez étrange de donner le nom d'un vêtement à un genre où la plupart des héros se promènent mi-nus. Et bien sachez que cette expression a une origine précise, un auteur et même une date de naissance.

 

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"300", Zach Snyder, 2006

(source: moviegoods.com)

 

« Le péplum, un mauvais genre » regorge d'anecdotes de ce type. On y apprends, par exemple, pourquoi Howard Hughes insista pour qu'il y ait des chameaux dans son film « La terre des pharaons », l'origine du personnage de Maciste, on y apprends même que Steve Reeves, l'un des plus célèbres Hercules du 7e art, un homme à la musculature absolument impressionnante (surtout quand on sait qu'il ne prenait pas de stéroïdes ou autres cochonceté) possédait une hygiène de vie des plus spartiates, s'exerçant six heures par jour, ne touchant jamais à une goutte d'alcool, ni aux féculents (ce type a vécu en Italie sans manger de pâtes!), encore moins aux cigarettes et ne se couchant jamais après dix heures du soir... comme quoi il faut souffrir pour être beau. Cela ne l'a pas empêché de mourir en 2000 à 74 ans, ce qui dans un sens est une performance quand on voit l'espérance de vie moyenne d'un culturiste.

 

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"Les travaux d'Hercule"

("Le fatiche di Ercole", Pietro Francisci, 1958)

(source: wrongsideoftheart.com)

 

On y apprends également qu'il existât deux grandes périodes pour le péplum, la première allant de 1895 à la première guerre mondiale et mettant en scène des mythes alors très bien connus du grand public, adaptant des romans en vogue, tels que « Quo Vadis? » et s'inspirant de l'esthétique des tableaux antiquisants de la fin du XIXe siècle (dont Jean-Léon Gérôme, on ne pourra pas m'accuser de ne pas avoir de suite dans les idées). Et puis vint la guerre et le public ne voulut plus de cela. La mode revint après la Seconde Guerre Mondiale où le désir de fantaisie se fit plus fort, le public voulait changer et rêver un peu.

 

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"Hercule et la Reine de Lydie"

("Ercole e la Regina di Lidia", Pietro Francisci, 1959)

(source: wrongsideoftheart.com)

 

Faire rêver. C'est probablement parce qu'il fait rêver que le péplum est souvent dénigré et pourtant, comme le disait Pierre Desproges, « un film qui n'a que l'ambition de nous divertir est déjà mû de la plus belle des ambitions ». Alors, évidemment, quand un antiquisant voit un péplum où les légions de César chargent les Gaulois vêtus de cuirasses segmentées, il s'amuse: la cuirasse segmentée n'a été inventée que sous le règne de l'empereur Claude (41-54 ap. J.C.), c'est un peu comme si dans « Les sentiers de la gloire », Kirk Douglas était habillé en GI. De la même manière, on voit dans les péplums des tigres se battre dans le Colisée, Cléopâtre prendre des bains de lait d'ânesses (seule Popée, l'épouse de Néron, faisait cela), on voit Achille, sensé être mort à ce moment-là, prendre place dans le Cheval de Troie, on y voit Xerxès transformé en folle emperlée....

 

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"La Vengeance d'Hercule"

("La Vendetta di Ercole", Vittorio Cottafavi, 1960)

(source: wrongsideoftheart.com)

 

On vous dira alors que ces films détruisent l'Histoire, qu'ils se rient des mythes et, il est vrai que parfois cela peut être pénible, surtout quand des gens vous expliquent qu'ils n'ont pas lu « L'Iliade » mais que vu, qu'ils ont vu « Troie » ca suffit. Or « Troie » tout aussi divertissant qu'il soit, semble parfois s'être trompé d'Homère et avoir remplacé le poète aveugle par Homer Simpson, la fidélité à l'œuvre originale étant souvent sacrifiée aux impératifs hollywoodiens. Idem pour « 300 », qui est une BD adaptée en péplum et qui ne se veut rien d'autre qu'un divertissement, ce qui ne l'a pas empêché de susciter énormément de polémiques (la représentation des Perses a heurté quelques susceptibilités au Moyen-Orient).

 

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"Maciste contre les hommes de pierre"

("Maciste e la Regina di Samar", Giacomo Gentilomo, 1964)

(source: wrongsideoftheart.com)

 

Habilement, Claude Aziza passe du péplum muet sur les amours d'Eros et Psyché, au péplum moderne où le carton-pâte a été supplanté par le numérique en passant par les péplum italien où des culturistes avec des muscles à des endroits où le commun des mortels n'a même pas d'endroit, renversent des tyrans thébains à coups de rochers en papier mâché. Il n'oublie pas non plus les superproductions hollywoodiennes qui, il était un temps, fournissait des emplois à la moitié des figurants de Californie. Comble du détail, il nous parle également de l'utilisation des thèmes péplumesques dans la pub... vous vous souvenez du savon Cleopatra?

 

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"Les aventures d'Hercule"

("Hercules, Luigi Cozzi, 1983)

(source: wrongsideoftheart.com)

 

En un mot comme en cent, « Le péplum, un mauvais genre » est le genre de livre qui se devrait de figurer dans toutes bibliothèque de cinéphile averti. Formidablement bien documenté, et formidablement bien écrit par un amoureux du genre, il remplit sa mission qui n'est pas de réhabiliter le genre: si vous lisez ce livre c'est que vous êtes d'accord avec son auteur, mais de vous donner envie de voir des péplums. Dans mon cas c'est réussi, j'ai fait une petite provision de péplums et ne vous étonnez pas si je vous en chronique un ou deux dans les semaines à venir.

Vale, lector!

Publié dans Livres

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FredMJG/Frederique 18/12/2010 16:02


Miam miam malgré la couche culotte austère du gars aux muscles enduits d'huile de la couv, je vais me laisser tenter ;)


TweeterPan 16/12/2010 13:36


Merci Antohn. Tu m'as donné envie de lire un livre consacré à un genre que je n'affectionne pas (et pourtant je suis un brin cinéphile, que diable !)


Antohn 16/12/2010 14:37



C'est moi qui te remercie, TweeterPan. Il est toujurs agréable de savoir que l'un de mes articles a donné envie à quelqu'un de lire le livre ou de voir le film dont je parle.


En plus, si ma prose amène quelqu'un à s'interresser (même de loin) aux péplums, alors c'est que je n'ai pas manqué mon but.