Les transformeurs de l'espace

Publié le par Antohn

« Professeur, est-ce que Diatron 3 aura-t-il besoin de notre aide? »

 

La jaquette de la VHS française (source: nanarland.com)

 

Je sais que, Halloween oblige, je me devrais de chroniquer un film d'horreur. Vu que je n'en ais pas envie, que je méprise Halloween et que, nom d'une pipe, vu que je suis seul à lire ce que j'écris je n'allais quand même pas me priver de faire ce que je veux.

Il est par contre un évènement dont je pourrais parler: les vacances de la Toussaint, synonyme, pour les parents et/ou grands-parents de gamins qui restent à la maison toute la journée et donc de moyens à trouver pour les occuper. Quoi de mieux pour faire passer le temps qu'un dessin animé? Je vous mets au défi de me regarder dans les yeux et de me dire que jamais vous n'avez collé des gamins devant une cassette pour être tranquille une heure, je vous met au defi de me dire qu'enfant vous n'avez pas passé le plus clair de vos après-midi d'automne à regarder des dessins-animés (je parle évidemment à ceux nés après l'invention du magnétoscope).

Tout irait pour le mieux si seuls les gens honnêtes étaient conscients de cela. Malheureusement, force est de constater que les rayons vidéos des grands magasins grouillent de dvd et de cassettes tentant d'arracher à quelques sous à de adultes inattentifs, je suppose qu'il vous est déjà arrivé de voir dans un bac à solde des films dont les jaquettes copiaient vaguement des films de chez Disney, détournant les yeux avec mépris, heureux d'avoir su déjouer une tentative d'arnaque, je suppose que vous vous êtes également demandés à quoi ressemblaient ces films. Et bien réjouissez-vous, j'en ais vu un, intitulé « Les transformeurs de l'Espace », vendu sous une jaquette aussi hideuse que mensongère (aucun des deux robots n'apparait dans le film).

 

Un generique fait d'images fixes piquées je-ne-sais-où et de pseudos américains bidons.

 

Remontons d'abord aux origines du mal: ce film est une production des studio Adda Audio Visual Limited, studio possédés par un certain Joseph Lai dont j'aurais, je pense l'occasion de vous reparler un jour ou l'autre. Ce studio se spécialisait dans la réalisation de dessins (mal) animés en Corée, un pays où, à l'époque, tout film étranger était interdit, ce qui permettait de copier sans vergogne des scènes et des personnages de dessins animés déjà existants. L'un des jeux préférés d'Adda était de sortir des films en mettant bouts à bouts des morceaux de dessins animés auxquels on aurait collé une sorte de semblant d'ersatz de début de vague ébauche de scénario.

 

Le robot de Tong attaquant un vaisseau terrien.

Le même deux minutes plus tard.

 

 

Ici, il y a un scenario, à la fois très simple et très compliqué. Une bande d'affreux jojos extraterrestres, menés par un Grand Strateguerre du nom de Tong, attaque la Terre dans le but hautement original de la conquérir. Pour ce faire, ils disposent d'un robot de l'espace archi-perfectionné qui attaque le vaisseau amiral de la Terre (le « StarWars » !). Se rendant compte qu'exterminer les terriens risque d'être plus compliqué que prévu, Tong envoie un agent secret assassiner Ivy (prononcez « Hivie »). Qui est Ivy? Je ne sais pas: au début il semble que ce soit l'IA du StarWars, puis nous apprenons que cette Ivy est une humaine truffée « d'ordinateurs auto-gérantes » (sic) et que sa mort correspondrait à la destruction de l'Humanité (rien que çà!).

 

Le robot Diatron 3, disponible chez Joué Club.

 

Tong maîtrise la technologie qui lui permet de ne pas être repéré par un radar, ses robots de combat sont invincibles mais il ignore comment assassiner quelqu'un: son agent, au lieu de régler ça avec un bête poignard ou un pistolet, décide d'injecter à Ivy une bactérie sensée la tuer à petit feu. Comprenons Tong, il ne pouvait pas s'imaginer que les terriens allaient essayer de la sauver. Les médecins tentent de sauver Ivy mais, j'ignore pourquoi, il est impossible de lui administrer le moindre antibiotique, les médecins donnent bien une explication mais il s'agit d'une sorte de sabir pseudo scientifique sans aucun sens. Tout semble perdu. Tout? Non. Il se trouve que, par un heureux hasard, un des scientifiques appelés au chevet d'Ivy vient de mettre au point un rayon miniaturisateur capable de réduire un crocodile (?) à la taille d'une cellule. Une idée géniale vient de germer dans son esprit: pourquoi ne pas miniaturiser quelqu'un pour aller détruire la bactérie à mains nues?

 

En haut, une armée de bactéries, en bas, un leucocyte... ou assimillé.

 

Aussitôt dit, aussitôt fait: un robot, piloté par un autre robot, est envoyé dans le corps d'Ivy et, le moins que l'on puisse dire, c'est que j'ignore si Ivy et une humaine ou non, la seule chose que je sais c'est que c'est un beau bordel à l'intérieur. Le corps d'Ivy n'est pas composé de veines, d'organes divers et variés, de tissus adipeux; à la place, il y a une véritable univers parallèle, constitué de planètes, toutes habitées par des êtres plus ou moins fabuleux... et tous grotesques. Il faut attendre que le robot soit vaincu et qu'une équipe de secours y soit envoyé pour que l'on comprenne ce qui se passe précisément. Les petits guerriers blancs qui vivent dans le corps de'Ivy (les globules blancs?) sont attaqués par le Red Star, qui ici n'est pas une équipe de foot des années cinquante mais une armée de bactéries et de robots dirigée par un tyran qui tente de détruire les défenses naturelles d'Ivy (il y a un parallèle à faire avec le SIDA ou la leucémie mais j'ignore si celui-ci est intentionnel).

 

Où l'on apprends qu'à l'intérieur d'Ivy, il y a des rivières de crème glacée, des arbres à spaghettis et à bonbons....

Je comprends maintenant pourquoi elle est malade.

 

Dans la mesure où vous vous doutez bien comment se termine le film, je vais cesser de vous bassiner avec le scénario et me pencher sur ce qui fait tout le sel de ce film: les graphismes. L'animation est un concentré de ce qu'il ne faut pas faire dans un dessin animé, ce qui nous donne une idée du degrés d'implication du réalisateur dans la conception de ce film. Il arrive, par exemple, qu'un personnage change de couleur de vêtements d'un plan à un autre, quand il ne changea carrément pas d'apparence en cours de route (le capitaine du StarWars en est un parfait exemple), les proportions ne sont pas respectée et les effets de travelling sont souvent tellement mal fichus qu'il n'est pas rare de voir des robots foncer... en marche arrière!

 

Aussi étrange que cela puisse paraître, il s'agit du même personnage sur les deux captures d'écran.

 

Tout ceci ne serait rien si cette médiocrité technique n'était pas enrobée d'un doublage qui, il faut bien le dire, rehausse considérablement l'intérêt de ce film. Conscients de la faible valeur artistique de certains de leurs films, il arrivait que les revendeurs de dessins-animés japonais (ou assimilés) les vendent par lot: pour une série de bonne qualité, ils refilaient quelques daubes aux acheteurs: il faut toujours offrir un cadeau au client, non seulement il a le sentiment qu'on ne veut que son bien mais en plus il discutera moins le prix de ce qu'il était venu acheter. Une fois le film entre les mains, il n'est pas question pour l'éditeur de trop dépenser pour la commercialisation de ce film: après tout, il sait bien que si on le lui a refilé gratuitement, ce n'est pas par pure philanthropie mais plutôt parce que c'était le seul moyen que les revendeurs avaient trouvé pour le refourguer. Inutile donc de soigner le doublage pour un navet qui ne se vendra qu'à quelques centaines d'exemplaires. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le doublage des « Transformeurs de l'Espace » ne fut pas soigné.

 

Dans le futur, les tanks ressembleront à des patins à roulette.

 

J'ignore combien de doubleurs ont officié ici mais, s'ils sont plus de trois, je serais le premier étonné. Visiblement, « Les Transformeurs de l'Espace » fut doublé par un homme et une femme, en une après-midi, deux malheureux payés à coups de lance-pierre et découvrant leur texte au fur et à mesure que celui-ci défilait. Résultat, un festival d'accents foireux, de personnages qui changent de voix et de répliques prononcées sur le ton monocorde de l'intermittent du spectacle conscient de la médiocrité de ce qu'il joue.

« Les Transformeurs de l'Espace » ne vaut pas le coup si vous cherchez à occuper un ou plusieurs gamins: le film est tellement mauvais que même des enfants à l'esprit critique embryonnaire s'en aperçoivent (je parle en toute connaissance de cause). Il sera intéressant si vous avez plus de douze ans et si pour vous Goldorak ou Ken le Survivant sont les maîtres étalons du dessin mal animé et mal doublé. Aussi bizarre que cela puisse paraître, « Les Transformeurs de l'Espace » n'est pas la plus grosse bizarrerie produite par les studio Adda, mais ceci, les enfants, c'est une autre histoire. Allez, dodo maintenant, il y a école demain!

 

Fiche technique:

Titre original: Space Transformers

Réalisateur: Johnny T. Howard (très probablement un pseudo)

Pays: Hong-Kong / Corée du Sud

Durée: 55mn

Date de sortie: 1986

Genre: On s'en fout c'est pour des gosses

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