Le trouble-fesses

Publié le par Antohn

[Avant propos]

 

C'est le cœur un peu lourd que je réécris aujourd'hui l'incipit de cet article. Ce que vous allez lire n'était absolument pas prévu mais voilà, vendredi, c'est un peu une partie de mes souvenirs d'enfances qui s'en est allée: Peter Falk, Columbo est mort. Je sais que Peter Falk n'avait pas attendu de jouer dans cette série pour être célèbre et respecté par la profession mais de la même manière que Robert Mitchum resta pour beaucoup le pasteur de « La Nuit du chasseur », de la même manière que Mark Hamill restera Luke Skywalker et Bela Lugosi Dracula, Peter Falk restera le héros de la meilleure série policière de tous les temps.

Je me rappelle quand, le vendredi soir sur TF1 je voyais ce super limier avec une fausse dégaine d'abruti, un imperméable râpé et une Peugeot 403 qui ne tenait plus d'une pièce que grâce à la peinture. J'adorais le voir démonter pièce par pièce le plan parfait du meurtrier, repartir après avoir posé tout un tas de questions insignifiantes puis se retourner et dire « Ah si! Juste une dernière question m'sieur. A votre avis, si Mr Thompson s'est suicidé, pourquoi avoir pris le soin de cirer ses chaussures juste avant? ». Par dessus tout, j'adorais voir le riche chirurgien qui venait d'assassiner sa femme téléphoner à sa maîtresse et lui dire « Ne t'en fais pas Jenny: le type que la police a envoyé, ce Columbo, m'a l'air d'être un bel abruti. Dans une semaine tout au plus ce sera fini ».

Voilà, tout cela s'est envolé un vendredi soir, au moment du journal de 20H et comme souvent me voilà à prendre prétexte la mort de quelqu'un pour lui rendre hommage et cela m'attriste encore plus.

 

Voilà pourquoi, si vous lisez ces lignes (mais j'en doute) je tenais à vous le dire: monsieur Galabru. Je sais que le film que j'ai choisi cette semaine n'est pas le meilleur de votre filmographie et qu'il se trouve ici plus pour sa rareté que pour sa qualité artistique mais ne vous méprenez pas: vous êtes de ces acteurs dont la simple présence au générique me fera voir le film. ma foi, je préfère prendre ce film comme excuse pour vous exprimer mon admiration plutôt qu'une autre nouvelle qui impliquerait que vous soyez plus là pour lire ceci.

 

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Une affiche sobre, classe et distinguée. (source: "La caverne des Introuvablles")

 

Il est rare qu'une carrière d'acteur ne soit faite que de hauts ou que de bas. Regardez Michel Galabru: cet homme a eu (et a toujours, fort heureusement), une carrière extraordinaire et pourtant, c'est avec un film assez indigne de son rang qu'il a cette semaine l'honneur discutable d'être mis en vedette sur le Brocoli qui tousse.

Michel Galabru, né le 27 octobre 1924 à Safi (Maroc) a souvent raconté qu'il se rêvait footballeur mais qu'une représentation théâtrale lui a un jour donné le virus de la comédie. Il monte à Paris à la fin des années 40 et entre au Conservatoire d'Arts Dramatiques dont il sortira avec le premier prix. Sociétaire de la Comédie française de 1950 à 1957, il quitte cette noble institution pour se consacrer à la comédie, jouant dans d'innombrables pièces de boulevard. Dès 1949, il apparaît dans quelques petits rôles au cinéma, l'Histoire retiendra que le premier de ses 280 films et téléfilms fut la comédie « Les joyeux conscrits » de Maurice de Canonge où il interprétait le rôle d'un pompier. En 1962, il remporte son premier succès avec « La Guerre des Boutons » d'Yves Robert puis avec la série des « Gendarmes » (que M6 ou W9 ne vont pas tarder à nous repasser d'ailleurs) où il campe le brave et honnête adjudant Jérôme Gerber.

 

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Michel Galabru a alors du mal à se faire reconnaître autrement que comme un acteur comique franchouillard. Ses films ont du succès, certes, mais un succès populaire et ca ca ne vous a jamais apporté l'estime de certains qui veulent que « les gens » aillent voir leurs films mais n'iraient jamais voir les films que regardent « les gens ». En 1972, c'est pourtant dans une comédie qu'il obtient ladite reconnaissance: « Le Viager » de Pierre Tchernia (scénario de René Goscinny et dessins de Marcel Gotlib!) où il partage la vedette avec Michel Serrault, Claude Brasseur, Yves Robert, Jean Richard, Noël Roquevert, Jean Carmet et un jeune premier du nom de Gérard Depardieu (et une chanson de Philippe Castelli, comme dirait l'autre: « Take a look at greatness! »).

En 1976, il gagne enfin ses galons de grand acteur pour « Le Juge et l'Assassin » de Bertrand Tavernier où il joue Joseph Bouvier, personnage inspiré du tueur en série Joseph Vacher. Ce rôle lui vaut alors un César du meilleur comédien.

 

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Et la même année, passer de Bertrand Tavernier à des films où il se retrouve avec un casque de mobylette, sans pantalon, en train d'engueuler un Maurice Risch en caleçon le tout sous les yeux de Bernadette Lafont et dans un appart' mal décoré, c'est ce qui s'appelle savoir faire preuve d'adaptabilité.

 

Oui mais voilà, tout grand acteur qu'il est, Michel Galabru reçoit régulièrement la visite des huissiers. Lui-même a reconnu qu'il avait énormément d'impôts à payer, qu'il s'était même retrouvé une année à devoir plus d'impôts que ce qu'il avait gagné, d'autres sources affirment également que sa première femme était excessivement dépensière et que cela le forcait à tourner dans tout ce qu'on lui proposait. Ainsi, le grand homme s'en est retrouvé réduit à tourner dans des comédies pouêt-pouêt telles que « Le grand fanfaron et le petit connard », « Le Führer en folie » (dont il faudrait que je vous reparle), « Arrêtes de ramer t'attaques la falaise! », « Te marre pas c'est pour rire! » ou encore « En cas de guerre mondiale, je file à l'étranger! ».

« Le trouble-fesses » fait partie de ces films alimentaires, tournés à l'époque par Michel Galabru, le genre de réalisation faites sous la direction d'un réalisateur dont ce n'est pas le métier initial (Raoul Foulon est, à l'origine, directeur de la photographie, il s'agit, d'ailleurs, de son seul film comme réalisateur) et où la bonne moitié du casting passe avec au fond des yeux, cette petite lueur caractéristique de ceux qui veulent juste payer leur facture de gaz.

 

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"Une lueur comme çà?"

 

Il faut dire que l'histoire en elle même n'est pas des plus fine. Tout commence en Italie dans la villa du parrain de la mafia. Plus précisément, tout commence dans la chambre de la fille du parrain où cette dernière est surprise dans son lit dans une situation compromettante. Comprenez par là qu'elle y est à poil avec un certain Ernesto Capoli. Ce dernier a le temps de s'enfuir mais comprends assez rapidement qu'il va être poursuivi par les sbires du parrain qui ont pour mission de lui couper les choses de la vie (les couilles quoi!).

Ernesto se réfugie alors chez son oncle, Tino Capoli, patron d'une grande entreprise d'agroalimentaire.

 

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Dans la catégorie "comédienne de talent qu'on retrouve autant dans des chefs-d'oeuvres que dans des navets", notons la présence, le temps d'une scène, de la légendaire Alice Sapritch, fiugre récurrente, elle aussi, des comédies de seconde zone de cette époque.

 

Un mot sur Ernesto, enfin, l'acteur qui le joue: Maurice Risch. Lui aussi fut un premier prix de conservatoire, et, comme Michel Galabru, il se compromit dans quelques comédies de seconde zone, entre deux bons films. Excellent comédien, Maurice Risch triomphe lui-aussi sur les planches avant de faire ses premiers pas au cinéma aux côtés de Louis de Funès. Il souffre néanmoins dans les années 70 d'une ressemblance certaine avec un certain Jacques Villeret, à tel point qu'il arrivait qu'on les confonde: l'anecdote raconte même qu'un journaliste critiquant le jeu de Maurice Risch aurait, tout son article durant, déversé son fiel sur... Jacques Villeret! Il eut toujours énormément de mal à se défaire de son personnage comique franchouillard et ses quelques tentatives de rôles dramatiques se sont malheureusement soldées par des échecs. Pour ceux que cela intéresse, il se consacre aujourd'hui au théâtre.

 

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Ici, disais-je, il joue Ernesto Capoli. Pour rester poli, disons qu'il s'agit d'un jeune homme au tempérament de Don Juan à qui sa passion pour les femmes semble jouer des tours. Ça, c'est ce qu'il est sensé être en théorie. En pratique, disons que le personnage d'Ernesto est surtout une espèce d'obsédé sexuel dont la propension à sauter sur tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une femme ferait passer Tiger Woods et Dominique Strauss-Kahn pour des jésuites neurasthéniques shootés au bromure. Autant vous dire que, que ce soit en France ou en Italie, il va être dur de manager un tel escogriffe. Le tonton Capoli se décide donc à refiler la patate chaude (c'est le cas de le dire!) à son directeur des ventes, le brave et honnête Eugène Lajoux qui au moment des faits, était en train de se faire violer par sa secrétaire. Déjà avec une entrée en matière comme çà on sait qu'on va pas être déçu.

 

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Autant vous dire qu'assez rapidement les situations scabreuses se succèdent. Disons que si vous aimez l'humour en dessous de la ceinture (et au-dessus du genou) vous allez être ravis, dans la mesure où pas un gag n'est pas basé dessus. Il y aurait bien eu un coup à jouer en opposant Ernesto et Eugène dont les rapports aux femmes sont opposés. Non qu'Eugène n'aime pas les femmes mais il appartient à cette catégorie de personnages de comédie qui se laissent mener par le bout du nez par les femmes.

 

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La gent masculine ne sort pas grandie de ce film: en gros un homme est soit un satyre soit un mou, il n'y a pas de place pour la moindre nuance. Cela est d'autant plus discutable qu'à la fin c'est Ernesto qui a le beau rôle et à aucun moment il n'est mentionné que son comportement est à la limite du pathologique. Je sais que le gros benêt incapable de gérer ses pulsions et mettant le personnage principal dans des situations impossibles est un ressort régulièrement utilisé dans les comédies mais il n'est efficace que quand il l'est avec un minimum de classe, ce qui est loin d'être le cas. Quand un gag n'est pas drôle la première fois, il n'est toujours pas drôle au bout de la quinzième.

 

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Vous l'aurez compris, « Le trouble-fesses » fait partie de ces comédies dispensables faites par des types sans inspiration qui comptaient essentiellement sur la célébrités de leurs acteurs pour ramener du monde. Il est d'ailleurs à noter que les acteurs tiennent assez bien leur rang et c'est ce qui permet à cette comédie pas drôle de tomber dans le carrément pénible.

C'est aussi ce qui l'empêche de tomber dans le nanar et çà je ne suis pas sûr que ce soit une bonne nouvelle.

Voilà, et maintenant, je m'en vais écrire un article sur « Le juge et l'assassin » pour me faire pardonner.

 

 

Fiche technique:

 

Réalisateur: Raoul Foulon

Année: 1976

Pays: France/ Italie

Durée: 1h 26

Genre: Gauloiseries alimentaires

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