Vampire Men of the Lost Planet

Publié le par Antohn

X-13, vous me recevez?

 

Il y a des semaines où je cherche désespérément un sujet à traiter, où, sans la moindre inspiration, je me met à chroniquer le premier film, le premier bouquin qui me tombe sous la main, donnant des articles encore plus vides et inintéressants que d'ordinaire.

Et puis il y a d'autres jours où les sujets arrivent tout seuls et le fait d'avoir passé la nuit de samedi à dimanche à la cinémathèque et d'avoir assisté à la 6e Nuit Excentrique va me donner pas mal de grain à moudre, surtout que cette année la programmation était purement et simplement dantesque. Pour ceux qui ignorent ce qu'est la Nuit Excentrique, disons en gros qu'il s'agit d'une nuit thématique, organisée par le site nanarland.com et la cinémathèque française, chapeauté par son directeur en personne, Jean-François « Dieu » Rauger sans qui, il faut bien le dire, rien n'aurait été possible. Disons que pour un fan de nanar, la Nuit Excentrique est l'équivalent de ce que serait la finale de la Ligue des Champions pour un fan de foot ou la Japan Exo pour un otaku.

Si l'on excepte tout un tas de joyeusetés, les principales attraction de cette manifestation sont les projection, sur l'écran géant de la salle Henri Langlois de quatre chef-d'œuvre du nanar, et cette année ca envoyait du lourd, du très lourd.

 

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A commencer par le film d'ouverture: la tradition veux que ce film soit celui dont le taux de nanardise est le plus faible, le genre de film in-regardable seul mais savoureux en groupe. Il s'agit souvent d'un film d'aventure ou de science-fiction quasiment inconnu et retrouvé miraculeusement par la Cinémathèque. L'année dernière, nous avions eu droit à « La fiancée de la jungle », film d'aventure des années cinquante, scénarisé par la légende Ed Wood, ode complètement barrée à la zoophilie où l'on voyait une femme finir dans les bras d'un gorille après avoir constaté que son mari ne la satisfaisait pas. Cette œuvre avait eu la chance d'être doublée en français, puisqu'elle sortit en Belgique, distribuée par la société « Pardon Productions » (ca ne s'invente pas). Ce n'était pas le cas du film de cette année dont aucun distributeur francophone ne semble avoir acquis les droits, ce qui n'a pas empêché l'existence de sous-titres français.

 

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« Vampire Men of the lost planet » puisque c'est ainsi que ce se nommait le film de cette année, n'est pas foncièrement en reste en matière de scénario improbable. Le film a beau être sorti en 1970, son histoire commence cinq ans plus tôt, quand son réalisateur, Al Adamson, vit un film philippin intitulé « Tagani », une histoire d'hommes préhistoriques dont on ne sait pas grand chose si ce n'est qu'il fut tourné en noir et blanc et qu'Al Adamson l'aima tellement qu'il en racheta les droits.

 

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Une fois lesdits droits achetés, il s'agissait de le sortir ce fameux film et là il y eut un hic: en 1965, un film d'hommes préhistoriques philippin en noir et blanc, ca n'intéresse personne, la mode étant plutôt aux films d'horreur ou de SF. Al Adamson décide donc de modifier légèrement le métrage d'origine, en y insérant des prises de vues avec des acteurs occidentaux et des images piquées à de vieux films de dinosaures (il me semble même avoir reconnu des images du « Monde Perdu », datant de 1925). Armé de tout cela, il essaie tant bien que mal de mettre tout cela en ordre pour donner à son métrage un semblant de cohérence scénaristique.

 

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Une opératrice de la Nasa, candidate sérieuse au titre de personnage le plus casse-bonbons de l'histoire de la SF.

 

Le film commence de nos jours: sur Terre, les vampires sèment la terreur, passant leurs nuits dans les ruelles sombres et mordant toute donzelle déambulant seule dans le noir. Ces vampires ne sont pas ceux que nous croyons, je ne parles pas seulement de leur canines en plastique, je parle de leur origine: ce ne sont pas des créatures démoniaques, des mortels ayant fait un pacte avec le Diable... ce sont des mutants, venus d'une autre planète, d'affreux extraterrestres tentant, avec une originalité folle, de conquérir le Monde. Les Terriens, peu enclins à se laisser bouffer sans broncher, envoient alors une expédition vers la planète d'origine des vampires pour découvrir pourquoi les vampires ont muté et comment venir à bout de cette engeance.

 

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C'est alors que commence la pire expédition spatiale de l'Histoire des Hommes: il faut croire que les vampires ont fait pas mal de dégâts chez les humains quand on voit l'équipe de bras cassés que la NASA envoie dans l'espace, à savoir trois loustics interchangeables, une potiche blonde et un vieux scientifique, le Docteur Rynning, joué par John Carradine, père du celèbre David Carradine.

 

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"Je n'y vois rien là-dedans, professeur.

- Faites le point idiote!" (sic)

 

Ces cinq là embarquent dans un vaisseau fait de deux pièces avec des bancs en bois et une machinerie qui clignote et fait « bip bip » et décolle, aidé par deux techniciens au sol qui ne servirons pas à grand chose si ce n'est à essayer de rétablir avec le vaisseau un contact perdu assez vite. Non seulement le vaisseau est figuré par un décor en bois et en toile mais on en vient à se demander si le vaisseau n'est pas sensé avoir été fait avec du bois et de la toile, dès le décollage, tout déconne: fuite de carburant, problèmes de stabilité, réservoir à oxygène qui déconne... et je ne parle même pas du prof qui fait une petite crise cardiaque, vu que cela n'a l'air que de servir de prétexte pour laisser John Carradine dans le vaisseau. Conscients qu'il va falloir réparer le piano au plus vite, ils atterrissent sur une planète qui traîne par là et qui s'avèrera être la planète d'origine des vampires.

 

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Comment çà "une maquette"?

 

C'est en débarquant sur cette planète que la rétine du spectateur est assailli par quelque chose d'encore plus atypique que des vampires avec des canines en plastique, un vaisseau spatial miniature en carton ou des lézards déguisés en dinosaures, cette chose c'est...

 

Le Spectrum X!

 

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Le Spectrum X vous dis-je!

 

Qu'est-ce que le Spectrum X me direz vous? Et bien, pour simplifier les choses, disons qu'il s'agit d'un procédé de colorisation assez peu performant qui semble pouvoir coloriser un film mais en affichant correctement qu'une seule couleur à la fois. En réalité, le but est de masquer le fait que ce film est un assemblage de scènes en couleurs et en noir et blanc. L'équipage du vaisseau s'apercoit que la planète qu'ils visitent est nimbée de brouillard chromatique, comprenez par là que l'image devient tour à tour jaune, bleue, verte, blanche, fuschia, rouge... sans la moindre cohérence ni la moindre utilité si ce n'est de nous faire perdre un dixième à chaque oeil et de nous montrer qu'on ne se moque pas de nous non mais sans blagues puisque le film est en couleurs!

 

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Et après on s'étonne que l'homme ait inventé la mayonnaise.

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Mailan (Jennifer Bishop), embauchée davantage pour sa plastique que pour ses dons, discutables, de comédienne.

 

Sur cette planète vivent deux clans d'hommes préhistoriques, dont un semble avoir été atteint d'étranges mutations les ayant transformés en vampires, contre eux luttent des hommes préhistoriques normaux dont une sous-Rachel Welsh, sensée être le lien entre métrage occidental et philippin, le même personnages apparaissant dans les deux films, interprété, vous vous en doutez, par deux actrices différentes. Sauvée d'une mort certaine par nos héros, ceux-ci lui greffent une sorte de puce derrière l'oreille, sans la moindre anesthésie ni suture, cette puce est sensée lui donner, outre un sérieux mal de crâne, la possibilité de parler avec ses sauveurs. Elle leur apprends qu'il y a sur cette planète de l'« eau de feu » que le professeur Rydding pourra « distiller en liquide de refroidissement » (sic).

 

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Ceci est un pistolet chromatique, une arme dangereuse surgie d'on ne sait où, qui ne servira qu'à faire des blagues.

 

Avant cela il leur faudra affronter des vampires, des (stock-shots de) dinosaures (dont les deux reptiles visibles dans « Robot Monster ») ainsi qu'une horde d'hommes-homards du plus bel effet. Enfin, ça c'est la théorie, en pratique, soit les monstres se désintéressent d'eux soit les hommes préhistoriques s'en débarrassent à leur place, ce qui fait de notre quatuor magique l'un des pires ramassis de branleurs de l'histoire du ciné dont le seul acte de bravoure est d'avoir trimballé des bidons d'une caverne jusqu'à leur vaisseau. Tout leur tombe tout cuit dans le bec, y comprit une boîte qui renferme, à ce qu'il paraît, la preuve que les primitifs étaient des gens civilisés à l'époque et qu'ils ont abusé des armes nucléaires, transformant leur planète en désert, redonnant vie aux dinosaures et provoquant ce brouillard chromatique qui nous tue l'iris depuis une heure.

 

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Ca alors une boîte mais quel hasard!

 

Puis à la fin tout le monde rembarque, John Carradine nous fait un sermon sur les dangers du nucléaire et nous nous l'écoutons religieusement car si l'atome doit vraiment un jour coloriser le monde en Spectrum X, croyez-moi il y a du soucis à se faire. Quant au moyen de se débarrasser des vampires? Comme disait mon grand-père « on s'en tamponne le coquillard avec une couenne de lard ». Suffisamment idiot pour être qualifié de nanar, pas assez pour rassasier le spectateur « Vampire Men of the Lost Planet » est le genre de film idéal pour ouvrir une manifestation comme la Nuit Excentrique, le genre de petits bijoux qui ont l'air de vous dire « Surpris hein? Tu n'as encore rien vu » et ce fut le cas car la suite fut à l'avenant.

 

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Fiche Technique:

Titre alternatif: Horror of the Blood Monsters/ Blood Creatures from the Prehistoric planet

Réalisateur: Al Adamson

Année: 1970 (1965 pour les scènes philippines)

Pays: Etats-Unis/Philippines

Durée: 1h25

Genre: La vie en rose grâce au Spectrum X

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