Ursus dans la terre de feu

Publié le par Antohn

On dit souvent qu'il n'y a pas de grille prédéfinie qui permette de déterminer si un film est bon ou non. De la même manière, il n'existe pas de recette miracle qui permette de faire un bon film. Ce ne n'est pas pour cela qu'il n'existe pas de recette en cinéma, le cas des péplums italiens et des western-spaghetti en est une belle preuve.

 

Affiche

 

Je sais que ce blog a une vocation « culturelle » mais, une fois n'est pas coutume, je vais me muer en blog culinaire. Vous voulez la recette du péplum à l'italienne? Prenez un papier et notez:

 

Péplum italien à la Cinecittà

Pour quelques milliers de personnes

Temps de préparation: entre 1 mois et 1 mois et demi

Difficulté: **

Budget: faible

 

-Ingrédients:

      • Une salle de musculation dans la banlieue de Rome

      • Quelques décors en carton-pâte. On choisira de les construire ou de réutiliser des décors déjà construits pour d'autres films.

      • Un scénariste pour mettre le tout en forme

      • Un réalisateur, de préférence un ancien assistant qui a usé ses fonds de culotte sur des plateaux de tournages plus ou moins prestigieux.

      • Une poignée de figurants recrutés çà et là. Ces derniers ne faisant que passer, il est inutile de les recruter dans une école dramatique, n'importe-qui fera l'affaire.

      • Une jeune première. Le talent est secondaire du moment qu'elle correspond aux canons du moment. Vous pouvez prendre une bonne actrice mais la petite amie du producteur peut aussi faire l'affaire.

      • Un fourbe, privilégier un fourbe à barbichette mais un simple acteur connaissant son métier fera l'affaire, à condition de ne pas avoir une tête de brave type.

 

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"Compris Marcel? Tu m'efface ce sourire, s'il-te-plait!"

 

-Préparation:

    • Entrer dans la salle de musculation et y trouver un culturiste avec une tête photogénique et un QI suffisant pour savoir lire un script. Réserver

    • Avec le scénariste, déterminer si le culturiste est oui ou non baraqué.

      Si le culturiste est baraqué et barbu, appelez-le « Hercule », s'il n'est pas barbu, appelez-le « Maciste ». Vous pouvez, bien sûr lui trouver un autre nom: « Samson », « Ursus », « Goliath », « Colossus », « Le Fils d'Hercule » ou même « Goldocrack » feront l'affaire.

      Si le culturiste n'a qu'un corps d'athlète basique, donnez-lui un nom à consonance romaine: « Aemilius », « Sergius », « Claudius », « Stercorosus » feront l'affaire.

    • Prendre le fourbe. Si votre culturiste n'est pas baraqué, demandez-lui de raser sa barbe et faites-en un empereur romain. Afin de ne pas heurter les historiens, faites en sorte de prendre un véritable empereur, de préférence un empereur qui n'aura laissé un bon souvenir: Néron, Caligula, Commode ou même Elagabal feront l'affaire.

      Si votre culturiste est baraqué, laissez-lui sa barbe et collez-lui un nom à consonance grecque. Le nom importe peu: pour la plupart des spectateurs il restera « l'empaffé-que-le-héros-va-tuer-à-la-fin ».

    • Toujours avec le scénariste, préparez un scénario basique où le tyran opprime son peuple avant de se faire tuer par le héros. Y incorporer la jeune première qui sera, selon vos goûts, une esclave, une noble voire même une princesse, peu importe, l'important étant que le tyran, en bon pervers libidineux à barbichette qu'il est, ait des vues sur elle.

    • Faire tourner tout ce petit monde dans les décors en carton-pâte jusqu'à obtenir un long métrage d'une heure-dix/une heure-vingt environ.

    • Post-synchroniser et sortir sous un titre un tant soit peu accrocheur.

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Et puis tant que vous y êtes faites attention au cadrage.

 

Vous vous en doutez, « Ursus dans la vallée de feu » correspond parfaitement à la « recette » retranscrite plus haut.

Ici, le héros s'appelle Ursus, nom piqué au roman « Quo Vadis » d'Henryk Sienkiewicz, dans lequel Ursus est le nom d'un esclave chrétien qui avait fait vœu de renoncer à la violence lors de sa conversion et qui rompt ce vœu lorsqu'il doit défendre les siens. Mais bon, là seul le nom subsiste: selon les versions, il s'appelle aussi Maciste ou Le fils d'Hercule ce qui prouve bien que tous ces personnages sont interchangeables. Il est joué par un certain Ed Fury, un bodybuilder américain venu tenter sa chance dans les péplums italiens et dont ce film fut le dernier du genre. Sans être particulièrement mauvais acteur, Ed Fury n'apporte que ce que doit apporter un héros de péplum: un physique et des pectoraux capables de jouer à sa place.

 

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Ainsi qu'une légère tendance à secréter naturellement de l'huile, comme tout bon Hercule qui se respecte.

 

Ursus, disait-je, se bat contre un tyran à barbichette, livré avec l'option « âme damnée machiavélique et un poil sorcière sur les bords ». Variante par rapport à un grand nombre de péplums, ce n'est pas un nom grec que porte le fourbe mais un nom cathaginois: Hamilcar.

[Mode « je rentabilise mes études » ON]Hamilcar Barca était un général carthaginois qui prit une part importante lors de la première Guerre Punique qui opposa entre 264 et 241 av J.C. Rome et Carthage. Vaincu, il fit jurer à son fils, Hannibal, qu'il haïrait Rome et la combattrait jusqu 'à la mort. [Mode « je rentabilise mes études » OFF].

Notez que je ne précise cela que pour vous prouver que je sais lire: Hamilcar n'est ici qu'un tyran de plus sans aucun lien avec son homonyme et, comme précisé plus haut, on se fiche un peu du nom du méchant.

 

 

 

Le general Hamilcar, disais-je, a renversé le roi d'une cité grecque, Thèbes probablement, cette ville étant la ville de naissance d'Hercule, elle est souvent parmis les trois villes grecques que connaissent les scénaristes de péplums (après Athènes et Sparte, bien entendu). Tenant la cité sous sa dextre aidé, donc, par Mila, la nièce du précedent roi, il tente d'étendre son territoire en attaquant les cités voisines, tuant, pillant, violant, incendiant, comme il est de mise à l'époque. Pas de chance pour lui, il se trouve que son armée est allée chercher des poux dans les cheveux d'un certain Ursus et de son peuple.

 

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Des poux dans ses cheveux et des puces dans sa veste, mouahahaha!

 

N'écoutant que son courage, Ursus s'engage alors dans un tournoi dont le vainqueur pourra demander ce qu'il veut au tyran, la faveur qu'il vaut lui demander étant bien sûr de l'affronter. Ouvrons une parenthèse sur le tournoi: il s'agit d'un élement prisé dans les péplums. Non seulement un tournoi peut permettre de montrer à quel point le héros est fort (il ne se bat jamais contre un adversaire seul ou alors l'adversaire est un monstre et/ou il en affronte plusieurs d'affilée) mais également de remplir de dix-quinze minutes une pellicule qui en a souvent bien besoin. Là, Ursus remporte le tournoi à la suite d'une série de combats singuliers autour d'une fosse remplie de pieux puis demande au tyran de l'affronter. Allez savoir pourquoi, l'idée enthousiasme assez peu l'affreux jojo qui décide que, finalement, le premier prix serait plutôt une condamnation à mort.

 

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De toutes façons, rien que le fit de se balader avec une armure pareille méritait bien quelques coups de fouet.

 

Faisant preuve d'une imagination sans fin quand il s'agit de faire souffrir son prochain, le fourbe Hamilcar se dit que ce ne serait pas drôle de se contenter de faire couper la tête du bestiau. Il a une meilleure idée: il fait amener notre héros au milieu d'un champ de pieux et lui fait porter un rocher en carton une lourde pierre au-dessus de la tête. L'idée est simple: partant du principe que tout aussi fort qu'il soit, Ursus n'en est pas moins un homme (mais quel homme!), il finira forcément par fatiguer et lâcher la pierre, qui l'écrasera tandis que les pieux sur le sol l'achèveraient si besoin était. Je ne surprendrais personne si je vous disais qu'il finit par se libérer, par provoquer une révolte au moment même où le (stock-shot de) volcan qui surplombe la ville entre en éruption, permettant au film de justifier son titre et au héros de se débarrasser du vilain.

Puis après, je ne vous fais pas de dessin: c'est le happy-end, la fille du roi assassiné tombe dans les bras musclés du héros, le tyran et mort et tout le monde est content, sauf le tyran.

 

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Je vous ai parlé ici d' « Ursus dans la terre de feu » mais, en fin de compte, j'aurais pu vous parler de pas mal d'autres péplums sans changer quoi que ce soit à ma chronique. Reposant sur une trame éprouvée et usant d'ingrédients classiques pour un péplum, « Ursus dans la terre de feu » n'est ni un bon film ni un mauvais film. Ce n'est pas un bon film parce qu'il n'apporte pas grand-chose d'autres que ce que l'on peut attendre d'un péplum: pas d'histoire originale, pas de décors particulièrement soignés ni de grand nom à l'écran. Ce n'est pas un mauvais film parce que ce le peu qu'il nous apporte il nous l'apporte bien et même si la recette n'est pas originale, elle a au moins le mérite d'être efficace.

 

Fiche Technique:

Titre original: Ursus nella terra di fuoco

Réalisateur: Giorgio Simonelli

Année: 1963

Durée: 1h 27

Genre: Le colosse de Rome

Publié dans Cinéma

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