Un deuil dangereux

Publié le par Antohn

« Les coupables il vaut mieux les choisir que les chercher, ça gagne du temps »

Marcel Pagnol, Topaze.

 

Poursuivant mon exploration de la série des « William Monk » d'Anne Perry je vais m'attaquer de ce pas au deuxième épisode intitulé « Un deuil dangereux » et se payant le luxe d'être encore plus sombre que le premier (qui je vous le rappelle traitait de l'assassinat d'un jeune major massacré à coups de canne). Ce livre commence là où finit le premier: l'assassin du Major Grey est sous les verrous et son procès doit être imminent. L'enjeu est moins de savoir s'il a commis ce crime que de savoir si le juge lui reconnaitra des circonstances atténuantes, ce qui permet d'introduire le personnage de l'avocat Basil Rathbone (et de commencer un début d'idylle platonique entre lui et Miss Latterly, l'infirmière qui aide Monk dans le premier épisode mais... chut).

 

Cette affaire-ci étant réglée c'est sur un autre cas que planche un Monk, toujours aussi sympathique qu'un faire-part de décès. Un meurtre a eu lieu dans une maison cossue de Queen Ann Street (pléonasme): la fille du maitre de maison Sir Basil Moidore a été retrouvée poignardée dans sa chambre. La fenêtre était ouverte, il manque quelque bibelots de valeur, tout est limpide: il s'agit d'un cambriolage qui a mal tourné, pas de quoi fouetter un chat: il suffira de faire des descente de police dans les bas-fonds, de savoir si personne n'a essayé de revendre les bibelots, on retrouvera le coupable, on le pendra et l'affaire sera close, inutile de déranger le meilleur policier de Londres pour çà.

 

Tout n'est hélas pas aussi simple: la police se rend compte assez rapidement que personne n'a pu cambrioler la maison sans se faire repérer par quelqu'un. L'assassin est donc dans les murs, si cela restreint le nombre de suspects d'un million de personnes à une vingtaine, cela n'arrange pas pour autant les affaires de Monk: comment enquêter normalement quand on vous fait comprendre qu'il ne faut même pas songer à ce que le meurtrier soit un proche du maître de maison? Ce ne sont pourtant pas les suspects qui manquent: peu de temps avant sa mort, la défunte avait confié à son vieil oncle avoir pris connaissance d'un secret bouleversant et il ne faut pas être grand clerc pour se douter que c'est à cause de ce secret qu'elle est morte.

 

Le seul soucis c'est que des secrets elle avait pu en découvrir une flopée tant la maison en regorgeait et pas mal de gens seraient prêts à tuer pour protéger leur honneur ou quoi que ce soit qui vaille un tant soit peu la peine d'être sauvé. A-t-elle découvert que son grand oncle, ancien militaire renvoyé de l'armée pour une histoire de cœur (je reste poli), pillait la cave? A-t-elle découvert que le produit de ce pillage servait à abreuver une vieille tante alcoolique, excentrique, mythomane et obsédée sexuelle? A-t-elle découvert ce scandale qui avait failli secouer la maisonnée, quand son beau-frère avait mise enceinte une bonne qu'il avait fallut renvoyer sur-le-champ? Allais-t-elle jeter le discrédit sur Sir Basil, l'un des aristocrates les plus en vue de Londres? Non seulement le problème est épineux mais tout est mis en œuvre par la famille de la victime pour enterrer cette affaire au plus vite: il faut un coupable et Monk est plus ou moins fortement invité à enquêter sur l'un des valets de pieds, un peu trop arriviste aux goûts de certains et que l'on soupçonne d'avoir voulu entretenir une liaison avec la défunte.

 

Lorsque j'avais chroniqué le premier tome de cette saga, je vous avais décrit une atmosphère extrêmement cloisonnée où les faux-semblants étaient la règle dans les rapports humains, où chacun faisait de son mieux pour masquer ses émotions. Ici, ce qui marque essentiellement ce sont les préjugés: quand un enquêteur essaie de trouver le coupable d'un meurtre il est assez handicapant de le faire alors que vos supérieurs vous font comprendre qu'il est interdit ne serait-ce que d'envisager que certains suspects soient coupables et que, parfois, il vaut mieux prendre le risque de pendre un innocent que d'attenter à l'image d'une famille. Les certitudes ne servent ici qu'à masquer l'incompétence et la lâcheté de certains à commencer par le supérieur direct de Monk, Runcorn, qui a davantage à cœur de faire des courbettes devant ses supérieurs à lui et à trouver une raison de renvoyer Monk, trop ambitieux à son goût.

 

Il faut lire les romans d'Anne Perry comme on lirait une nouvelle de Maupassant: en se mettant bien dans la tête qu'ici, l'histoire n'a pas de morale et certains Hommes non plus. L'auteur part du principe que ses lecteurs savent qu'il n'y a que chez Mickey que les happy-end existent réellement, et elle n'a pas tout à fait tort tant il faut reconnaître qu'au final les plus punis ne sont pas forcément les plus coupables.

Publié dans Livres

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