The Man they could not hang (1939)

Publié le par Antohn

"Souvenez-vous que je vous ai amené la vie eternelle et qu'en retour vous m'avez donné la mort"

 

Il est de ces acteurs dont la seule présence à l'écran peut transfigurer un film. Regardez Boris Karloff, a lui seul il peut sauver un film médiocre, à commencer par celui qui l'a rendu célèbre: « Frankenstein ». Propulsé après ce film comme un acteur de premier plan, excellant notamment dans les rôles de savants fous (parmis lesquels le docteur Frankenstein dont il avait eu à jouer la créature). En 1939, il tourne pour la Columbia le premier d'une longue série de films de savants fous, « The Man they could not hang » (littéralement « L'Homme qu'ils n'ont pas pu pendre »), film dont il est question ici.

 

Une affiche comme on en fait plus. Heureusement dans un sens parce que celle-ci est assez moche.

 

L'intrigue est à la fois simple et compliquée, le fait que j'aie vu le film en anglais non sous-titré n'a pas du m'aider. D'après ce que j'ai compris, il s'agit de l'histoire du docteur Henryk Savaard (Boris Karloff), un scientifique qui n'est pas sans rappeler le bon docteur Frankenstein dans la mesure où celui-ci est sur le point de trouver le secret de la vie et de la mort. Son idée est de pouvoir remédier aux arrêts cardiaques provoquant le décès des êtres vivants en utilisant une sorte d'alambic chargé de remettre le cœur en marche après que celui-ci se soit arrêté. En gros, il est en train de mettre au point une machine à ressusciter les morts. Reste à tester cette machine et, pour tester cette machine à rendre la vie aux morts il lui faut... un mort. Un scientifique tel que le docteur Savaard pourrait peut-être se procurer un cadavre, les gens qui donnent leur corps à la science existent, mais ce brave homme, pour des raisons qui m'échappent, préfère un cadavre un peu plus frais.

 

 

Ce cadavre, il le trouve en la personne de son assistant, qui, au nom de la science, accepte de se faire tuer et cryogéniser pour être ramené à la vie. Tout pourrait aller pour le mieux si ce dernier n'avait pas eu l'idée saugrenue de prévenir sa fiancée. Peu encline (et qui pourrait l'en blâmer?) à voir l'amour de sa vie se faire tuer pour les besoins d'une expérience à l'issue incertaine, elle panique et prévient la police que le docteur Savaard est sur le point de tuer l'un de ses assistants. Dépêchés sur les lieux, la maréchaussée, par son intervention, fait capoter l'expérience et le cobaye y laisse la vie (j'en connais une qui aurait mieux fait de se casser un jambe ce jour-là). Pour les besoins de son expérience, le docteur Savaard a provoqué délibérément le décès d'une personne, ce qui dans le code pénal porte un nom: un meurtre, crime puni habituellement du gibet. Les jurés prenant Savaard pour un fou (il faut dire que, à une époque où on ne parlait ni de pacemaker ni de greffe cardiaques, l'idée d'un cœur artificiel était pour le moins déroutante) le reconnaissent coupable de meurtre au premier degrés.

Condamné à mort, le docteur décide de faire don de son corps à la science, plus précisément à son assistant (celui des deux encore en vie, s'entend), le but étant, bien évidemment, de tester sur lui son invention. La sentence est exécutée, non sans que le supplicié ne lance une malédiction contre le juge et les jurés qui l'ont fait condamner, expliquant grosso modo qu'il reviendra se venger, ce qui est plutôt bon signe, d'ailleurs, dans la mesure où le film a commencé depuis à peine une demi-heure.

 

L'alambic arabiscoté, accessoire indispensable à tout savant fou digne de ce nom.


Ce qui devait arriver arriva: l'assistant récupère le cadavre de son mentor, le congèle et tente de le ramener à la vie (après avoir au préalable remis son cou en place: la pendaison laisse quelques séquelles à cet endroit là), avec succès. Le docteur Savaard étant d'un naturel rancunier, il cache sa résurrection et entreprends de se venger. En quelques semaines, six personnes sont retrouvées pendues à leur domicile, leur point commun: elles étaient toutes membres du jury qui ont envoyé le docteur Savaard à la potence. La presse s'empare bien entendu de l'affaire et, alertés, les survivants sont convoqués par le juge dans une maison où il seront en sécurité. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que cette maison était celle du docteur Savvard et que la convocation n'était pas de la main du juge. Enfermés dans la bâtisse, ils sont la proie du savant qui décide de leur faire subir ce qu'il a subi: comme ceux-ci l'avaient condamné à mort, comme ceux-ci lui avaient dit où et quand il mourrait, il décide de leur rendre la pareille en leur annonçant qu'il les tuera un par un, à raison d'un par quart-d'heure.

 

 

Le principal défaut du film, en dehors du point de départ qui contient quelques incohérences, c'est le fait qu'il ne dure qu'un peu plus d'une heure. Voir Karloff fixer le juge qui l'a envoyé à la mort, lui dire qu'il a prévu d'assassiner tout le monde dans un ordre précis et voir ses menaces mises à exécution à la minute près est des plus délectables. Attendre de savoir comment le docteur Savaard va s'y prendre pour éliminer ses ennemis s'avère d'autant plus intéressant que ses victimes ne sont pas les écervelés que l'on croise trop souvent dans les films: c'est la première fois que je vois des personnages traqués par un tueur avoir l'intelligence de se mettre en rond au milieu de la pièce, lumières allumées.

 

 

Il est dommage de voir la fin de l'histoire arriver si vite, même si, notons-le, les films des années trente-quarante dépassaient rarement l'heure et demie. Le seul ennui ici, c'est que la fin du film arrive au moment où il devenait interressant (quelques morts supplémentaires auraient été les bienvenus).

En définitive, « The Man they could not hang » vaut quand même le coup (sans jeu de mots), essentiellement parce qu'il est porté par la performance de Boris Karloff qui fait partie de ces acteurs qui, à eux seuls, valent que l'on dépense quelques minutes de sa vie pour les voir jouer.

 

 

Fiche technique:

Titre original: The Man they could not hang

Réalisateur: Nick Grinde

Pays: Etats-Unis

Durée: 1h04

Date de sortie: 1939

Genre: La mort n'est que le commencement.

Publié dans Cinéma

Commenter cet article