Salut l'ami, adieu le trésor

Publié le par Antohn

 

J'ai pense avoir démontré, depuis deux ans que je traîne mon clavier par ici, que j'avais des goûts étranges en matière de films. Pour rester poli on va dire que j'ai pour philosophie de penser que le seul moyen de savoir si un film est bon ou non c'est de le voir, en faisant fi de la réputation qu'ils peuvent avoir et Dieu Sait pourtant que la réputation de tel ou tel acteur peut être mauvaise. Prenez le cas de Terence Hill et Bud Spencer, par exemple, ces deux acteurs qui firent les beaux jours des cinéma de quartiers et font aujourd'hui le ravissement des chaînes de la TNT qu'ils fournissent encore en comédies pas chères et efficaces, histoire d'occuper les enfants le mardi soir.

Bud Spencer et Terence Hill font partie de ces acteurs qui n'ont pas toujours bonne presse et dont les noms sont aujourd'hui synonymes de comédies lourdingues et d'humour bas de plafond.

 

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Cette réputation n'est pas non plus totalement usurpée : les deux compères ayant sur leur CV quelques bons films parmi lesquels « On l'appelle Trinita », « On continue à l'appeler Trinita » ou encore « Dieu pardonne... moi pas », mais également quelques idioties comme « Les Superflics de Miami » ou « Petit Papa Baston » (vous noterez le soin apporté aux titres). En solo non plus ils n'ont pas fait que des navets, pour ne citer que « Mon nom est Personne » avec Terence Hill et Henry Fonda. A quoi s'attendre, donc, avec « Salut l'ami, adieu le trésor » ?

 

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La première chose à constater c'est que la réalisation est confiée à Sergio Corbucci, réalisateur, entre autres, du « Grand Silence » avec Klaus Kinski et Jean-Louis Trintignant. Bonne ou mauvaise nouvelle, cela reste à voir : Sergio Corbucci sait faire un film, certes, mais il n'est pas vraiment connu pour faire des films joyeux. « Le Grand Silence » ça reste quand même un film à vous donner envie de passer les prochaines quarante-huit heures dans une poubelle à pédales. Cela se ressent, hélas, puisque, sans non plus vous raconter la fin, l'aventure ne se termine pas de la meilleure façon possible pour les deux compères (même si elle aurait pu se terminer pire).

 

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Terence Hill s'appelait à l'origine Mario Girotti et tourna sous ce nom là dans quelques films. Selon lui, il dut choisir un pseudonyme à consonnance américaine au moment de tourner dans des westerns; son agent lui aurait fourni une liste d'une vingtaine de nom et une journée pour en choisir un. "Terence Hill' lui plaisait, d'autant plus que les initiales étaient les mêmes que celle de sa mère.

Notons qu'aujourd'hui il a fait changer son nom et s'appelle officiellement Terence Hill.

 

Elle commençait pourtant sous les meilleurs auspices. D'un côté, vous aviez Alan (Terence Hill) qui vivotait en Floride entre petits boulots et tuyaux crevés aux courses. Un jour, alors qu'il avait quelques caïds au train, il hérite d'une carte, mais attention, pas une carte Michelin, une vraie carte au trésor. Elle indiquerait l'emplacement d'une île déserte dans le Pacifique où les Japonais auraient caché un trésor de guerre pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le soucis est qu'il est assez compliqué d'atteindre une île du Pacifique sans avion ni bateau, voilà pourquoi Alan se reconvertit-il en passager clandestin dans le monocoque du navigateur Charlie O'Brien (Bud Spencer) qui tente la traversée d'on-sait-pas-trop-quoi à bord d'un navire sponsorisé par la marque de confitures Puffin (« La confiture pour les vrais durs » !)

 

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Quant à Bud Spencer (Carlo Pedersoli de son vrai nom), son pseudonyme viendrait tout simplement de la marque de bières américaine "Budweiser" et de l'acteur Spencer Tracy pour lequel il voue une certaine admiration. 

Aux dernières nouvelles, il a aujourd'hui 82 ans et il a tenté lors des dernières législatives italiennes, de briguer un poste de député sous la bannière du parti Forza Italia. "J'ai fait tous les métiers, déclarait-il à ce moment-là, sauf jockey, danseur classique et politicien, voilà donc une bonne chose de faite".

 

L'indésirable passager ne se contente pas de piquer de la nourriture et de passer son temps à échapper au colosse propriétaire du bateau. Avec un petit aimant, il s'est amusé à faire dévier la boussole de bord de façon à emmener le bateau sur l'île au trésor. Le petit manège dure quelques minutes (le temps de quelques gags du style « Je fais cuire un steak, je me retourne et hop ! L'autre andouille me le pique ») avant que les deux pensionnaires ne se retrouvent nez à mufle et que s'ensuive une bagarre qui les balance à la flotte. Par bonheur, l'Océan dans les films, c'est comme une grosse piscine d'eau salée avec des machins qui flottent dedans et il ne faut qu'une paire de brasses aux deux naufragés pour atteindre l'île qu'Alan espérait atteindre.

Dans un sens, son plan a marché, il a atteint l'île. Dans un autre sens, il est un bien mauvais plan que celui qui vous amène sur une île déserte, sans moyens de la quitter et avec un gros barbu aux mains comme des jambonneaux bien décidé à vous les envoyer sur la figure.

 

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Pardon ? Je vous parlais d'« île déserte », c'est bien cela ?

Cette île est en réalité aussi déserte qu'un H&M le premier jour des soldes !

Pour commencer, il y a les traditionnels indigènes, le genre de sauvages à moitié nus qui ne sont plus cannibales simplement parce que le dernier missionnaire qu'ils ont bouffé a filé une indigestion à la moitié de la tribu. Quand je dis « traditionnels », c'est une expression, ces derniers étant aussi maoris que vous ou moi. Pour vous faire une idée, imaginez des figurants italiens qu'on aurait enduit de fond de teint, déguisés avec des pagnes et des colliers de perles et à qui on aurait donné l'ordre de cabotiner à outrance. Et un italien qui a ordre d'être expansif.... ça fait mal ! La palme revient probablement à Salvatore Borghese, qui joue, avec un plaisir évident, Anulu le rejeton idiot de la matriarche locale, la bien nommée Mamma.

 

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S'il n'y avait que les indigènes... car nous sommes dans le Pacifique, un Océan qui porte bien mal son nom. Je ne parle pas que des tempêtes mais aussi des saletés qui y flottent, dedans et au-dessus. Parmi elles, les pirates, moulés à peu près dans le même moule que les indigènes. Comprenez par là qu'ils ressemblent davantage aux pirates d'« Asterix » qu'à ceux de « Barbe-Rouge » et servent essentiellement de prétexte aux scènes de baston. Pour ceux qui seraient peu familiers avec Terence Hill et Bud Spencer, tout films de l'un des deux sans une scène de bagarre n'est pas vraiment un film de Terence Hill et Bud Spencer. Je me souviens, par exemple, d'un western avec Bud Spencer où tout se règle, non à coups de colts mais à coups de poings (renseignements pris, il s'agit d'un western avec James Coburn, sobrement intitulé « Amigo ! Mon colt a deux mots à te dire »).

 

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Quand c'est des types qui ont l'air de s'être évadés d'une boîte gay de Stuttgart qui viennent raser votre village... on a un peu de mal à les prendre au sérieux.

 

Bon, c'est pas tout mais entre deux gags avec les sauvages et trois mandales balancées aux pirates, il s'agirait peut-être de le retrouver ce trésor, non ? Il se trouve que l'île avait été le théâtre de combats pendant la Seconde Guerre Mondiale et que c'est dans un fortin japonais que se cache le trésor en question. Le tout est ensuite d'y arriver dans ce fortin et ce n'est pas chose aisée puisque s'il servait de base aux soldats japonais quarante ans plus tôt, il sert encore de base à un soldat, le lieutenant Kamazuka, qui est resté ici non seulement par choix mais aussi parce que personne n'a pensé à lui dire que la guerre était finie.

 

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Par moment, on a plus l'impression d'être dans le jardin du producteur plutot que sur une île du Pacifique.

 

Entre parenthèses, tout aussi fantasque que puisse être ce personnage, il faut noter que, quelques années après le tournage de ce film, on retrouva sur une île du Pacifique deux pilotes de chasses japonais, uniques survivants du crash de leur appareil, abattu par les Américains. Les deux hommes avaient survécu près de cinquante ans et ne savaient pas, même s'ils devaient s'en douter, que la guerre était finie.

 

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La façon dont le trésor arrive enfin entre les mains des deux héros est assez inintéressante : on sent qu'à l'origine, ce trésor ne devait être qu'un Mac Guffin, un prétexte au déroulement de l'intrigue, mais que quelqu'un a, pour une raison ou une autre, décidé qu'il n'en serait pas ainsi. A cause de cela, on voit les personnages jongler avec ces sous comme avec une patate chaude, ne sachant que faire, ne sachant s'ils sont vrais ou faux, et s'ils sont vrais, faut-il ou non les garder ? Quoi qu'il en soit la fin n'est pas très satisfaisante et on a l'impression que le scénariste a fait avec ce qu'il trouvait, ce qui est dommage dans la mesure où, sans être une comédie d'une invention extraordinaire, cela reste un film efficace à condition de laisser les clés de ses neurones au vestiaires (ou d'avoir moins de dix ans).

 

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Je tenterais bien une blague à base d'élephant de mer ou de baleine échouée... mais ce serait trop facile.

 

Si vous appréciez Bud Spencer et Terence Hill ou si vous avez des petits neveux à occuper une après-midi, « Salut l'ami adieu le trésor » peut valoir le coup (en plus il est trouvable en DVD et pour pas cher). Si vous ne connaissez pas Terence Hill et Bud Spencer... dans ce cas-là il n'est pas le meilleur film pour commencer à les connaître et je vous aiguillerais davantage vers « On l'appelle Trinita ».

 

 

Fiche technique :

Titre original : Chi trova un amico trova un tresoro

Réalisateur : Sergio Corbucci

Pays : Italie

Année : 1981

Durée : 1h40

Genre : Châtaignes sous les cocotiers

Publié dans Cinéma

Commenter cet article

Matt 19/07/2016 20:56

2 grands acteurs avec leurs films aux répliques cultes : "non car j'aurai Puffin, la confiture pour les vrais durs !" et aussi de mémoire le Japonais Kamasuka que Bud renomme en Kamasutra !

"bon pour les pieds !"


"Ya un os on dirait !
"j'n'en sais rien cador, il doit s'agir d'un jour férié !"