Ready To Rumble

Publié le par Antohn

 

 

« Ce n'est pas parce que tu suis ton rêve que c'est une bonne chose: Charles Manson aussi a suivi son rêve! »

 

Affiche ready to rumble

 

Nous sommes en 2000, à cette époque, aux Etats-Unis, deux fédérations de catch (la WWF et la WCW) se battent pour obtenir le monopole du sport-spectacle dans cette région du globe. A l'époque, la WCW (qui perdit cette « guerre » et se fit absorber par la WWF) était connue pour dépenser sans compter l'argent de son propriétaire, le milliardaire américain Ted Turner, propriétaire, entre autres, de MTV. Cet argent lui permettait de créer des émissions plus spectaculaires que celles de la WWF mais aussi d'embaucher n'importe qui... dans tous les sens du terme.

 

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A l'époque où sort ce film, la WCW est fortement en déclin (elle disparut en 2002): c'est bien joli de débaucher des talents chez la concurrence c'est bien joli, mais quand vous vous retrouvez avec plus d'employés que ce dont vous avez besoin, inutile d'avoir fait HEC pour savoir que vous retrouvez rapidement avec un trou énorme dans vos finances et votre entreprise est vouée à la ruine. « Ready to rumble » était une façon de redorer son blason, de montrer qu'elle pouvait se diversifier et produire un divertissement de qualité ailleurs que dans une émission de télé.

 

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Dans une supérette, par exemple.

 

Il y a un avantage à faire un film en utilisant comme base une fédération de catch réelle: en mobilisant le personnel (catcheurs compris), on a déjà une bonne partie du casting. En plus, c'est bien le diable si on ne trouve pas dans le lot un type pas trop ravagé qui peut jouer les héros. Et bien pas ce coup-ci puisque le héros n'est non pas une montagne de muscles mais....

 

David Arquette.

 

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Et flûte! C'est encore le genre de film qu'on va me reprocher, çà!

 

Si vous avez vu « Scream » vous voyez de qui je parle: l'agent Dewey, le flic un peu timide et froussard qui à la fin s'avère être un héros et finit avec Courteney Cox (aussi bien devant que derrière la caméra, d'ailleurs). 1Mètre 75, 80 kilos avec un parpaing dans les mains, ce n'est pas foncièrement le genre à jouer les catcheurs.

 

vlcsnap-2010-07-11-11h25m17s222Hors des bornes d'arcade, s'entends.

 

S'il n'est pas crédible en catcheur, il l'est un peu plus lorsqu'il s'agit de jouer Gordie, un fan de catch qui, avec son copain Sean, idolâtre un catcheur du nom de Jimmy King. Vous vous considérez comme un expert en catch et vous n'avez jamais entendu parler de Jimmy King? Logique puisque ce catcheur est le seul a avoir été inventé pour les besoins du film (tous les autres sont de vrais catcheurs qui jouent leur propre rôle). Rien de bien grave me direz-vous, à ceci près que l'acteur qui joue Jimmy King (Oliver Platt) n'est pas foncièrement crédible en terreur des rings. C'est sensé être le plus grand catcheur du monde? Dans ce cas là pourquoi le coller au milieu de « vrais » catcheurs qui ne font que souligner le fait que ce pauvre King ressemble plus à un guignol en collant qu'à une montagne de muscles stéroidés.

 

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Démonstration: Ceci est un catcheur label rouge élevé au grain et aux hormones pour chevaux...


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...et ceci est un catcheur tel que vu par le scénariste du film.

 

Gordie et Sean, disais-je, ne sont pas des fans normaux. Hormis le fait qu'ils sont fans d'un type qui a autant de charisme qu'un Petit Lu, Gordie et Sean sont ce que l'on appelle, dans le jargon catchesque, des mark-fans. Qu'est-ce qu'un mark-fans? Un mark-fan est un fan âgé de plus de dix ans qui ne sait pas ou qui refuse de croire que le catch est un spectacle scénarisé et que chaque lutteur ne fait que jouer un rôle. D'après ce que j'ai compris ce n'est pas vraiment élogieux. En gros, c'est comme si un club de foot faisait un film à sa gloire et où les héros seraient des pleins de bière bas du front.

 

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Mouaha! Du foot!

 

L'existence de Gordie est ponctuées entre son travail (avec Sean ils vident les toilettes de chantiers, prétexte à une bonne tripotée de gags scatos) et le domicile familial où il est le seul à ne pas être membre de la police du Wyoming et où son père passe son temps à lui dire que récurer les chiottes c'est pas une vie et qu'il devrait arrêter avec le catch parce que c'est rien que du chiqué.

Comme vous pouvez le constater, la vie n'est pas rose pour les deux zozos qui n'ont pour seule distraction que l'émission hebdomadaire de la WCW et leur idole, Jimmy King.

Un soir, le grand cirque se déplace dans leur ville et (comble de bonheur!) il se trouve que leur chouchou va défendre son titre contre l'infâme Diamond Dallas Page.

 

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Contrairement à Oliver Platt, Diamond Dallas Page (à gauche) était vraiment catcheur et a vraiment été champion du monde.

En plus, il se paye le luxe d'être plus cool que le gentil, ce qui la fiche mal.

 

Il est assez compliqué de faire un film tournant dans le milieu du catch, le problème étant que le scénariste oscille constamment entre le fait que les combats sont chorégraphiés et le vainqueur désigné à l'avance et le fait que chaque match est sensé donner l'impression d'un affrontement réel. Ici, le scénariste décide de couper la poire en deux: le catch est montré comme étant scénarisé mais cela n'empêche pas Jimmy King d'être victime d'un coup fourré et dépossédé de son titre. Lassé des frasques de son tiroir-caisse préféré, le propriétaire de la WCW, Titus Sinclair décide de s'en débarrasser en arrangeant avec Diamond Dallas Page un plan machiavélique: en plein milieu du match, ce dernier doit frapper réellement Jimmy King et le battre pour lui prendre le titre de champion du Monde avant que Sinclair ne montre la porte au roi déchu.

Ce scénario serait inspiré, en partie d'une histoire vraie connue par les spécialistes sous le nom de « Montréal Screwjob » et qui s'était déroulé... chez la conccurence.

 

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Titus Sinclair, le seul homme au monde à jouer au cowboy et à l'indien en même temps.

 

Le plan et mis à exécution, sous les yeux effarés de Gordie et Sean, qui voient leur némésis brandir une ceinture de champion du monde devant le corps fumant et sanglant de leur héros.

Que faire? Pleurer? Se jeter du haut d'une falaise? Envahir la salle?

Heureux les simples d'esprits, ils ont une meilleure idée: retrouver leur idole et l'aider à reconquérir un titre qu'il n'aurait jamais dû perdre. Par où commencer? La WCW est basée à Atlanta, direction Atlanta, donc, dans un van rempli de nonnes à qui ils apprennent à chanter du Van Halen. Arrivée en Géorgie, ils veulent retrouver l'adresse de leur héros. Coup de chance, il leur faut trente secondes pour rencontrer un jeune fan, un peu hacker sur les bords, qui leur trouve son adresse. Et là commence la désillusion.

 

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Où l'on apprends qu'il y a dix ans, il fallait être un pirate informatique pour trouver ce que l'on peut de nos jours dénicher légalement sur Wikipédia.

 

L'adresse? Elle existe, sauf qu'il s'agit d'une baraque minable où Jimmy King n'a pas fichu les pieds depuis trois ans, « tout ce qu'il m'a laissé c'est des morbacs » leur explique son ex-femme, une virago à faire passer une lofteuse pour Nadine de Rotschild. Au fur et à mesure que nos deux clampins remontent sa piste, le roi immaculé, le défenseur de la veuve et de l'orphelin ne s'avère n'être qu'une espèce d'alcoolo égoïste et ingrat, le prototype même du mec pour qui on a pas envie de se battre. Évidemment, ils finissent par le retrouver et le convaincre de remonter sur le ring pour retrouver son bien. Mais vu qu'il s'est fait renvoyer de la WCW, il faut bien qu'il trouve un moyen de revenir et ce moyen les deux olibrius qui nous servent de héros l'ont.

 

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C'est dans des toilettes de chantiers, donc, que Jimmy King revient à la WCW et surgit de la cabine pour attaquer Diamond Dallas Page lors d'une interview en direct à la télé. S'ensuit une bagarre (une vraie), filmée intégralement par les caméras et à l'issue de laquelle, Titus Sinclair finit par lancer un défi à Jimmy King. En principes, quand trois fauteurs de troubles perturbent une émission de télé, ils se font dégager par la sécurité, et bien là non: Titus Sinclair accorde un match pour le titre de champion du monde à un type qui, techniquement, ne fait plus partie de sa fédération. C'est un peu comme si l'UMP autorisait Ségolène Royal à se présenter pour le poste de premier secrétaire. Autre joyeuseté: le match sera en cage et, on s'en doute, ne sera pas truqué.

 

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Le roi est assis sur le trône, mouarf!

 

Récapitulons: Titus Sinclair vire un catcheur qui manque de professionnalisme, ce catcheur perturbe son show en attaquant en direct le champion de la fédération et Sinclair risque la santé de son champion en le collant dans une cage avec un autre type qui lui en veut et avec la consigne de lui en mettre plein la figure, quitte à ce qu'il y reste! Ça ferait un scénario correct pour un match de catch sauf que là, le tout est sensé se dérouler pour de vrai (vous me suivez?).

C'est le genre de scénar' bourré d'incohérences que l'on retrouve parfois dans les films pour gosses, à ceci près que l'humour est beaucoup trop « adulte » pour que de jeunes enfants puissent voir çà.

 

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Dans la catégorie "J'étais jeune et puis il fallait bien bouffer", je demande Rose Mac Gowan.

 

Jimmy King, qui se reposait avant tout sur sa capacité à séduire la foule, doit se transformer en vrai combattant, histoire de mettre une déculottée à un type qui, renseignements pris, fait quant même 1m 95 pour 135 kilos (de muscles). Il est alors confié à un certain Sal Bandini, entraîneur de catch émérite, spécialiste des prises de soumissions un poil sadique, joué par Martin Landau dont on se demande bien ce qu'il est allé faire dans cette galère. Sous le patronage de ce vieux maître (inspiré d'un véritable entraineur de catch canadien, Stu Hart) il découvre l'oeil du tigre qui est en lui et essaie de surmonter les obstacles que le redoutable Titus Sinclair mets sur sa route. Car Titus Sinclair, non content d'avoir organisé un match à mort, semble faire en sorte que Jimmy King ne participe pas à ce match, intelligent quand on sait qu'il doit, en même temps, vendre des places pour que des gens assistent au dit match.

 

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Dans la catégorie:"A mon âge, je prends ce que l'on me propose et puis j'ai des factures à payer", je demande Martin Landau

 

De façon générale, je me demande bien comment Titus Sinclair peut être devenu le magnat du sport-spectacle qu'il est sensé être, rien qu'à voir la pagaille qui règne dans ses shows et le mépris total qu'il a pour la santé de ses catcheurs. Le clou reste quand même le combat final qui voit les trois quarts des catcheurs intervenir dans ce qui se termine en baston générale avec intervention de types qui, en principes, n'ont rien à fiche là. Dans le temps, la WCW avait la réputation d'être assez laxiste avec ses employés et laissait rentrer n'importe qui dans les coulisses; le moins qu'on puisse dire c'est que la reconstitution est fidèle.

 

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Il y en  a un, par contre, qui n'est pas n'importe-qui, c'est l"annonceur du ring, Michael Buffer, LA voix de la boxe à Las Vegas

 

Une anecdote pour finir: afin de promouvoir le film, la WCW réalisa une émission où elle accueillit en grandes pompes David Arquette. Cette émission donna lieu à un épisode assez innatendu: Arquette participa à un match de championnat du Monde... qu'on lui fit gagner avec l'aide du champion en titre, un certain Diamond Dallas Page!

Pendant quelques semaines, ce type à la carrure de coton-tige se promena donc avec la ceinture de Champion du Monde (Poids-Lourds) de la WCW. Certains en rient encore.

 

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Certains en rient... d'autres pas.

 

 

Titre alternatif: Ca va brasser! (Quebec)

Réalisateur: Georges Clinton

Pays: États-Unis

Année: 2000

Durée: 1h 42

Genre: Sonnez le gong pour les deux cloches

 

Voir aussi: Suburban Commando

Publié dans Cinéma

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