Planète interdite

Publié le par Antohn

 

Il y a de cela quelques mois, j'avais plus ou moins dit que j'allais vous faire un article sur « Planète Interdite ». Ce film est, en effets, à l'amateur de SF 50's ce que « Il était une fois dans l'Ouest » est à l'amateur de western-spaghetti, à savoir un film incontournable. Vaguement inspiré de la pièce de Shakespeare « La tempête », très vaguement, « Planète interdite » fut de ces films dont le succès fit autant la renommée d'un studio que celle de ses acteurs.

 

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A l'origine, il ne devait s'agir que d'un petit film de série-B mais le succès des « Survivants de l'Infini », produit par la Universal amena la Metro Goldwyn Mayer à considérer l'idée de faire un film de science-fiction à gros budget, louant même à la Universal, une copie de ce film pour réaliser le sien. Au niveau budget, la MGM mit les bouchées doubles: « Les Survivants de l'Infini » avait coûté 800 000 dollars, « Planète Interdite » en coûta près de deux millions, on est loin de « Robot Monster » qui, à la même époque, n'avait couté « que » 16 000 dollars. Si le succès au box-office fut au rendez-vous, les bénefices (3 millions de dollars) ne furent pas suffisants, pour la MGM, pour tenter de faire une suite ou de remettre autant d'argent dans un film de science-fiction, souvent considérée comme un sous-genre à l'époque.

 

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Le point de départ n'est pourtant pas des plus originaux: nous sommes en 2277, à la fin du XXIe siècle, l'Homme posa le pied sur la Lune et la découverte d'une technologie permettant de voyager à la vitesse de la lumière repoussa les limites des connaissances humaines en astronomie. Le vaisseau C57D (poétique, non?) du commandant Adams (Leslie Nielsen) est envoyé dans le système Altaïr et plus précisément sur Altaïr 4 (ils ne se sont pas enquiquinés pour les noms) où, vingt ans auparavant, le croiseur Bellérophon (ha, quand même!) avait atterri et avait déversé sa cargaison de colons bien décidés à faire de cette planète déserte un lieu hospitalier. Seul soucis, et de taille: Altaïr 4 ne répond plus, mystère que doit élucider le commandant Adams et ses hommes.

Une fois arrivé, l'équipage du C57D est accueilli par un charmant jeune homme qui est, il faut bien le dire, la plus grande star du film:

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Je vous présente Robby, l'un des robots les plus célèbres de l'histoire de la SF avec C3PO et R2-D2, les deux acolytes de la « Guerre des Étoiles », avec son air de gros joujou, ses loupiotes qui clignotent et ses antennes qui tournent, il est l'un des plus beaux spécimens de robots à l'ancienne tels qu'on les faisait à cette époque. Pour la petite histoire, Robby fut conçu par un ingénieur américano-japonais, Robert Kinoshita et sa fabrication coûta la bagatelle de 125 000 dollars, autant dire que la MGM le rentabilisa au maximum. Après avoir crevé l'écran dans « Planète Interdite », il réapparut dans le film « Le cerveau infernal » film sur l'affiche duquel son nom fut écrit plus gros que celui de n'importe quel acteur. Il fit également quelques apparitions dans le feuilleton « Perdus dans l'espace » (série qui avait pour directeur artistique un certain Robert Kinoshita) ainsi que dans « La quatrième dimension » et... « Columbo » (sisi, dans un épisode de la saison 3, intitulé « Au delà de la folie »).

 

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L'affiche originale deu "Cerveau Infernal". Pour des raisons que j'ignore c'est cette affiche qu'utilisa la Fnac pour illustrer le disque contenant "Planète Interdite".

 

Nous avons beau être à la fin du XXIIIe siècle, une telle machine impressionne: Robby est capable de conduire un aéroglisseur avec une incroyable dextérité, il est capable de parler 187 langues (mais s'adresse dès le début dans leur langue maternelle aux astronautes) et possède une capacité qui infirme la règle selon laquelle rien de se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Robby a la possibilité, à partir d'un simple échantillon, de reproduire n'importe quel objet à volonté. Une telle technologie est inconnue des Hommes, quel esprit génial pouvait bien être à l'origine de ce robot?

La réponse est des plus surprenantes: un terrien, le docteur Morbius, seul survivant de l'équipage du Bellérophon.

 

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L'histoire qu'il raconte est assez étrange: quand le Bellérophon a atterri, lui et sa femme voulaient passer leur existence sur Altair 4, mais pas les autres colons. Ils se sont montrés encore plus réticents quand une mystérieuse force les décima les uns après les autres, une sorte de chose invisible qui les emportait tous, à l'exception de Morbius et de sa femme. Les survivants voulurent monter dans le Bellérophon et retourner sur Terre mais au moment où le vaisseau s'élevait dans les airs, cette même force qui les tuait tous détruisit également le Bellérophon, ne laissant sur la planète que le Docteur Morbius et sa femme, qui ne tarda pas à mettre au monde une fille, prénommée Altaira. Malheureusement, la mère de l'enfant ne tarda pas à mourir, laissant le docteur seul avec sa fille, sur une planète qu'il se refuse à quitter, malgré le fait que le commandant Adams ait reçu l'ordre de le rapatrier sur Terre.

 

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Altaira, indispensable présence féminine et objet de convoitises pour une bonne partie de l'équipage. D'autant plus que sa naiveté et son ignorance du monde extérieur en font une "proie" facile. 

 

Il se rendit alors compte que la planète Altair 4 avait déjà été occupée par les Krells une race extraterrestre inconnue qui semblait avoir disparu mystérieusement, peut-être emportée par cette même force qui avait tuée les Terriens. Leur nom mis à part, on ne sait pas grand chose des Krells, si ce n'est que vu la forme de leur porte ils ne devaient pas ressembler à des Humains et que leur technologie dépassait de beaucoup la nôtre. Rendez-vous compte: avant de disparaître, ils avaient réussi à créer une source d'énergie infinie et plusieurs millénaires après leur disparition, la machine fonctionnait toujours, permettant au docteur Morbius de survivre et de se construire une habitation à l'épreuve de tout. Il se servit également de la technologie Krell pour construire Robby qui obéit à ses moindres ordres, tout en respectant avant l'heure les trois lois d'Isaac Asimov.

 

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Quelques exemples de décors, l'un des aspects les plus réussis du film. Les plus cinéphiles et les plus observateurs auront peut-être reconnu le jardin, décor déjà utilisé dans "Le Magicien d'Oz" (1939)

 

Ces trois lois (édictées en 1967 dans le livre Les Robots) sont simples:

1- Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger.

2- Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi.

3- Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi.

C'est ainsi que Robby, s'il obéit au doigt et à l'œil, s'il est capable, en théorie de créer tout et n'importe-quoi, est incapable de créer une arme et se bloque si quelqu'un lui donne l'ordre de tuer quelqu'un. D'ordinaire, c'est le genre d'option qu'il est préférable d'installer sur un robot, sauf dans un cas précis.

 

Quand la chose invisible qui a exterminé vos semblables et probablement les Krells se « réveille » et se décide à vous faire un remake.

 

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La grosse déception dans ce film c'est que la chose invisible le reste, si vous avez déjà lu quelques uns de mes articles, vous savez que j'ai un goût prononcé pour les monstres en caoutchouc un peu kitsch et, là, à part une scène où l'on a une vague idée de ce à quoi il ressemble, il demeure un mystère, à peine a -t-on l'impression qu'il pourrait avoir le même aspect que celui des Krells. Son aspect est inconnu, son origine également. Pourquoi avoir décimé les Terriens il y a vingt ans avant de disparaitre? Pourquoi avoir épargné le docteur Morbius et sa fille? Et pourquoi frapper de nouveau maintenant? Il est dommage que je ne puisse vous révéler l'origine réelle du monstre, celle-ci étant plus métaphysique que physique, ce serait vous raconter la fin et le but, plus ou moins avoué, de ce texte est de vous inciter à voir le film... et ce avec plus ou moins de succès.

 

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Le monstre fut obtenu en superposant à la pellicule une image animée. Ici, la tâche fut confiée ) Joshua Meador, ancien responsable de l'animation chez Disney (notamment pour "Alice au pays des Merveilles".).

 

D'aucuns reprocheront à ce film d'avoir un peu vieilli et trouveront amusant de se moquer d'une esthétique futuriste qui n'est plus la nôtre (personne aujourd'hui ne concevrais un robot comme Robby, j'ignore, d'ailleurs, si c'est une bonne ou une mauvaise chose) mais pour ceux qui auront l'intelligence de passer outre tout cela, « Planète Interdite » se révèlera être de ces films qui, à défaut de vous marquer, vous rappellerons pourquoi vous aimez le cinéma.

 

Fiche technique:

Titre original: Forbidden Planet

Réalisateur: Fred Wilcox

Année: 1956

Durée: 1h 34

Genre: Energie renouvelable et coffre à jouets

Publié dans Cinéma

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