Planète hurlante

Publié le par Antohn

 

Assez régulièrement, les forums de littérature sont assaillis par les plaintes d'auteurs qui, ne parvenant pas à faire publier leur manuscrit, hurlent au complot entre éditeurs pour ne pas déstabiliser les auteurs déjà en place. Convaincus qu'il suffit d'écrire une histoire gnangnan ou de raconter les aventures d'un ado doté de pouvoirs magiques pour vendre autant de bouquins que Marc Levy et J.K. Rowling, ces types font partie des 5% d'auteurs refusés qui ne comprennent pas que quand même les sociétés à compte d'auteurs vous refusent ce n'est pas à cause d'un gigantesque complot mais parce qu'il serait temps de retravailler votre texte.

Pourtant, tous les théoriciens du complot ne sont pas des types qui écrivent comme un élève de 6e pas doué, certains ont un don réel et leur théorie du complot n'est que la manifestation d'un esprit torturé.

 

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Regardez Philip K. Dick: lui aussi disait que s'il n'y arrivait pas c'est parce que l'on complotait contre lui, mais lui avait l'excuse d'être quelqu'un d'extrêmement névrosé, marqué à vie par le décès de sa sœur jumelle. Il n'y avait aucune cabbale réelle contre lui: disons que s'il n'avait pas de succès, c'est essentiellement parce que la SF était passée de mode à l'époque et parce que les thèses qu'il avancait dans ses romans pouvaient être difficilement compréhensibles.

 Un peu comme Isaac Asimov qui n'était pas qu'un écrivain de S-F mais aussi un brillant esprit scientifique et un excellent vulgarisateur, Philip K. Dick était un passionné de sciences et certaines de ses théories sont reprises aujourd'hui par les scientifiques. L'une de ces théories, par exemple, est celle des sondes autoréplicantes.

 

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Quésaquo? C'est simple: l'une des raisons pour lesquelles l'exploration de l'espace par l'Homme est freinée est le fait qu'une sonde, en principes, c'est fragile et que son rayon d'action n'est pas illimité. D'où l'idée de certains savants de fabriquer des sondes capables de se réparer elles-mêmes et, surtout, de se reproduire en collectant sur place les matériaux nécessaires à cela. En envoyant non pas une sonde dans une direction mais deux dans deux direction différentes, les scientifiques récolteraient deux fois plus d'informations, ces sondes, à leur tour se reproduiraient et ainsi de suite. Cette idée se heurte à quelques difficultés matérielles mais aussi à une hypothèse: si une sonde bugge et se reproduit mal, que se passerait-il? C'est le point de départ de « Planète hurlante ».

 

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Le roman de Philip K. Dick, « Nouveau modèle », qui a servi de base au film met aux prises américains et russes. Ici, éclatement de l'URSS oblige, c'est en 2078, sur la planète Sirius 6B, qu'est transposée l'action. Plusieurs décennies auparavant, on découvrit le bérynium une matière qui pouvait servir de source d'énergie quasi-inépuisable. Comme pas mal de produits-miracles, on se rendit compte que le bérynium émettait des radiations mortelles pour les mineurs qui cessèrent son extraction. Deux camps se formèrent alors: l'Alliance, formée de scientifiques et de mineurs qui refusent de continuer à extraire le bérynium et le Nouveau Bloc Economique (NBE), qui n'en a rien à faire que des mineurs soient irradiés et veut poursuivre l'extraction.En gros, le NBE est genre de capitalistes que même le militant le plus engagé de la LCR n'imagine pas dans ses pires cauchemars.

 

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Une guerre s'ensuit, de la même manière qu'aujourd'hui on se bat pour le pétrole, guerre au cours de laquelle le NBE n'hésita pas à employer l'arme atomique, détruisant toute forme de vie, autre que celle retranchée dans les bunkers. L'Alliance répliqua avec la première arme du monde. Non, pas l'os de mammouth: l'épée.

Les soldats de l'Alliance utilisèrent les « hurleurs », sorte de scies circulaires améliorées qui avaient pour mission de sillonner Sirius B6 et de découper en morceaux tout être vivant se promenant à l'extérieur sans bracelet spécial.

Récapitulons: il y a deux camps, retranchés chacun dans un bunker sans savoir si l'autre camp est en vie. Pendant ce temps là, l'air est empoissonné par des émissions radioactives et le sol sillonné par des robots découpeur de membres. Sirius B6 est un coin sympa, quoi, et en plus il y fait froid.

 

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Tout cela aurait pu durer des années si un jour, le bunker de l'Alliance n'avait pas vu arriver un soldat du NBE porteur d'un message. Cette scène destinée également à nous présenter les « hurleurs » en action puisque, je ne vais non plus trop vous spoiler, mais le soldat en question se fait assez rapidement tronçonner par ces charmants engins, ce qui est dommage vu qu'il portait un message de paix... mais bon les robots ne savent pas lire.

Quoi qu'il en soit, le message arrive dans le bureau du colonel Hendricksson (Peter Weller, le Robocop de Paul Verhoeven), le chef de la maigre troupe de soldats de l'Alliance encore sur Sirius 6B. Référant à ses supérieurs de l'existence de ce message, il lui est demandé de ne pas en tenir compte: on a trouvé du bérynium non-radioactif sur une autre planète, Alliance et NBE se sont réconciliés, la guerre est finie.

 

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Le film pourrait s'arrêter là si un vaisseau commercial ne s'était pas écrasé sur Sirius. Le moins que l'on puisse dire, c'est que son contenu est assez inhabituel, sauf si vous considérez que des militaires d'élite et des armes de guerre soient le contenu normal d'un vaisseau de commerce. Par chance, l'un des soldats, un tireur d'élite, a survécu et ce qu'il leur raconte est pour le moins déroutant: la guerre contre le NBE n'est pas finie, loin de là, et, surtout, le supérieur hiérarchique du colonel Hendrickson n'est plus en fonction depuis deux ans et celui qu'il voit régulièrement n'est qu'une image de synthèse.

 

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En d'autres termes, les soldats d'Hendricksson sont cloués sur ce caillou gelé et personne, absolument personne, n'a l'intention de lever le petit doigt pour eux, ils sont devenus une quantité négligeable. A ce moment-là, si le NBE veut faire la paix, alors pourquoi s'en priver?

Hendricksson et le tireur, dont on apprendra qu'il s'appelle Becker, partent donc pour le bunker des soldats du NBE traversant une planète désolée, sans âme qui vive.

 

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Enfin, « sans âme », c'est vite dit, étant donné que rapidement Hendrickson et Becker font face au pire cauchemar qui peut attendre un cinéphile:

Un gamin.

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit: je n'ai rien contre les enfants, la preuve: j'en ai été un. Seulement mon expérience de spectateur m'a appris une chose: c'est que les enfants dans les films d'aventure sont comme les femmes dans les sérials des années 30: leur utilité se résume bien souvent à se mettre dans la panade pour que les héros volent à leur secours et ralentissent l'action. Heureusement pour le suspense, le problème est assez rapidement réglé.

 

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Quand je vous parlais du problème des sondes autopréplicantes et des risques qu'elles buggent, ce n'était pas par hasard. Les « hurleurs » ont muté et, malheureusement, ils ont perdu une ligne de code dans leur programmation: « détruire ceux qui ne portent pas de bracelet » est devenu « détruire tout le monde » et, apprenant de leurs erreurs, ils ont développé leur intelligence artificielle et sont devenus plus sournois. Les premiers modèles ressemblaient à des scies circulaires à pattes, les nouveaux ont pris des formes humanoïdes pour tromper la vigilance de leurs proies. Évidemment, personne ne sait comment ces robots se reproduisent ni à quoi ressemblent les derniers modèles. Chaque inconnu devient donc un suspect et le reste du film est marqué par une chose: la parano.

De la même façon que Lovecraft avait réussi à puiser dans ses rêves l'essence de ses romans, Philip K. Dick parvenait à puiser dans sa paranoia pour créer un climat de tension pour le moins insoutenable.

 

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Jessica Hanson, qui cherche à quitter Sirius 6B pour retourner... à Pittsburgh.

Il y a des gens maudits.

 

Vous raconter la dernière heure du film serait un sacrilège et, je vous rassure, je ne le ferais pas, sachez simplement qu'elle est racontée avec suffisamment de talent pour que vous vous mettiez à voir un hurleur derrière le moindre rocher. Les personnages et les spectateurs ne fint plus confiance à qui que ce soit.

J'ignore si « Planète hurlante » se veut une dénonciation de l'absurdité des Hommes, de la société de consommation, de la technologie qui nous dépasse ou des trois en même temps. Je ne sais pas s'il faut y déceler un message du style « celui qui se prends pour Dieu le paie toujours très cher »... Tout ce que je sais, c'est que c'est un film de S-F efficace, une bonne surprise pour qui a apprécié la série des « Alien » (et pour cause puisque l'on retrouve au scénario un certain Dan O'Bannon, également scénariste d' « Alien, le huitième passager »). En gros, si une ambiance oppressante ne vous gêne pas, si vous êtes du genre à vous méfier de tout et si la vue du sang ne vous fait pas tourner de l'oeil, alors, oui, ce film vaut le coup.

 

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Par contre, je le déconseillerais à ceux qui ne supportent pas les gens qui ne débarrassent pas la table.

Quelle horreur!

 

Fiche technique:

Titre original: Screamers ("Screamers, l'armée souterraine" (Québec))

Réalisateur: Christian Duguay

Année: 1995

Pays: Canade/Etats-Unis

Durée: 1h 48

Genre: Seek and destroy

Publié dans Cinéma

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