Les Mutants de la deuxième humanité (Les Rats de Manhattan)

Publié le par Antohn

 

Dès qu'il a pris conscience de la fin de son existence personnelle, l'Homme a pris conscience aussi de la fin de son existence en tant qu'espèce et a souvent cru sa fin prochaine. Si je vous dit çà, c'est bien sûr parce que cette bonne année 2012 est considérée par certains comme la dernière de notre bonne vieille planète. Je ne vais pas vous ressasser l'actualité, même la plus récente, mais on ne peut dire que les signaux soient au vert et que nous semblons nous diriger vers notre perte, à plus ou moins long terme (ça fait 5000 ans qu'on court à notre perte).

Donc, la mauvaise nouvelle, c'est qu'on va tous crever.

La bonne nouvelle, lecteurs, c'est que la fin n'est pas pour tout de suite, vous pouvez annuler le jour de congé que vous avez pris le 21 décembre (au cas où!) et voir l'avenir proche de façon radieuse.

Car si l'on en croit Bruno Mattei, l 'Apocalypse n'aura lieu qu'en 2015.

 

Rats de Manhattan affiche

 

Ce qui est bien avec les films post-apocalyptiques, c'est qu'il n'y a pas besoin d'avoir un talent fou pour les réussir. La récette est à la porté de n'importe qui, pour peu que vous ayez une caméra et une bande de copains plus ou moins bénévole. Il vous faut trouver, tout d'abord, un terrain vague , une ancienne carrière de craie fera l'affaire. Il vous faut ensuite des costumes, idéalement, essayez de trouver quelques vieilles armures de football américain mais de simples vieux blousons en cuir peuvent aussi faire l'affaire. Quant aux véhicules, les moindres guimbardes défoncées sans pare-brise, feront de parfaites montures de l'Apocalypse, et si en plus vous avez deux ou trois motos, ce sera parfait.

Vous êtes parés vous pouvez commencer !

 

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Vous dites ? « Un scénario ? » Oui... évidemment... Ben on a qu'à dire que les russes et les américains se sont fichus sur la tronche une bonne fois pour toute, que de jolies bombinettes qui font des gros trous ont ravagé la surface du globe et que seuls ont survécu les scorpions et les bikers. Reste à se démarquer de la concurrence en y ajoutant un élément original. Et là l'élément original, ce sont des rats mutants, reprenant cette phrase célèbre d'Einstein : « si les rats avaient fait vingt kilos de plus, ils auraient dominé le Monde » (et j'ajouterais que j'en connaît deux ou trois qui auraient balisés).

 

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Un charmant iguane qui, connaissant Bruno Mattei, a du être piqué à un quelconque documentaire animalier.

 

Tout commence donc quelques années après qu'une guerre nucléaire ait ravagé le Monde en 2015. Les rares survivants se sont réfugiés dans des bunkers et sont repartis de zéro (formant la deuxième humanité du titre). Certains d'entre eux, prenant conscience du fait que les autoroutes étaient pas mal dégagées maintenant, décidèrent de remonter à la surface pour jouer les aigles de la route au guidon de motos rutilantes (ou presque).

C'est donc une bande de motards qui va nous servir de héros, bande menée par un certain Kurt, et dont l'un des seuls buts dans la vie, outre jouer les terreurs, semble être de chercher de la nourriture.

 

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Un Kurt qui se ballade dans un New York post-apocalyptique... Il y a des gens qui connaissent leurs classiques.

 

Au cours de l'une de leurs chevauchées sauvages, nos joyeux drilles débarquent dans une ville aux faux airs de quartier populaire de Milan et que des titreurs facétieux essaient de nous faire passer pour Manhattan. Pénétrant dans une maisonnette, quelle n'est pas leur surprise de découvrir... de la bouffe !

Bon, en fait ce ne sont que des rats mais dans un monde post-apocalyptique, on se contente de ce qu'on peut, d'autant plus qu'il y en a des cohortes dans cette bicoque.

 

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Et puis de la nourriture, de la vraie, ils finissent par en trouver quand même, périmée depuis 50 ans certes mais, vu les circonstances, on ne va pas faire la fine bouche. On va d'autant moins faire la fine bouche que les espèces de pieds nickelés qui servent de personnages principaux vont commencer par... faire une bataille de bouffe comme dans une cantine d'école primaire. Einstein (encore lui!) disait que, s'il avait su que les Hommes utiliserait ses travaux pour créer la bombe atomique, il n'aurait jamais publié ses théories. Il aurait vu ce film, son seul regret n'aurait pas été d'avoir créé la bombe, mais plutôt de ne pas en avoir créé une plus grosse.

Et mention spéciale pour la seule membre noire du groupe, que des scénaristes ont décidé, avec une classe folle, de baptiser « Chocolat », et qui, couverte de farine, se met à sautiller en gloussant, « Je suis blanche ! Je suis blanche ! ».

 

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La maison n'en a pas fini, pourtant, de dévoiler ses surprises. La première c'est un magnifique cadavre putréfié et bouffé par les rats retrouvé sous les couverture d'un lit. La seconde c'est une espèce d'énorme ordinateur (pardonnez moi, un « computeur » comme disent les personnages) qui est rapidement identifié comme « un jeu vidéo » par le geek-intello-hackeur de la bande, artistement appelé « Videogame ». Celui-ci remet l'engin en marche comme tout bon informaticien de pacotille : en enclenchant un à un tous les boutons et en tapotant partout comme un dingue... manipulation qui, dans la vie courante, ne peut amener qu'une série de bips et des messages d'erreur. Ici, l’ordinateur s'allume et se met à afficher des messages assez inquiétant du style « élimination du groupe » mais, comme le dit l'un des personnages, « c'était certainement pour les autres ».

 

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En gros le décor est planté, la menace plane (en l'occurrence elle trottine plus qu'elle ne plane mais nous y reviendrons) et déjà, une bonne partie du casting nous horripile. Arrivent donc en scène les rats. Ces charmantes bestioles étaient enfermées dans un laboratoire secret situé sous la maison (d'où le computeur) et y ont proliféré, développant un intellect supérieur, mis au service d'un seul but : tuer (ou trouver de la nourriture, c'est l'Apocalypse pour tout le monde, après tout).

 

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Un mot tout de même sur ces pauvres bêtes (je parle des rats, bien sûr) : ce sont probablement les meilleurs acteurs du film, ce qui ne veut pas dire grand chose, malheureusement, tant ceux-ci ressemblent davantage à de bon gros rats domestiques et bien nourris qu'à d'horribles bestioles homicides aux yeux injectés de sang. Voir un acteur se débattre en poussant des cris (sensément) horribles pendant qu'un accessoiriste, hors caméra, lui balance des rongeur terrorisés qui n'ont de cesse que vouloir se barrer est quand même relativement comique (et n'est pas sans rappeler Bela Lugosi se bagarrant avec une pieuvre dans « Bride of the Monster »).

 

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Les rats sont nombreux, ils sont féroces et, donc, ils sont intelligents, au grand dam des personnages principaux qui passent une bonne partie du films a se répéter comme un leitmotiv qui ne peuvent se faire piéger par de vulgaires rongeurs, vu que c'est eux qui eux qui ont la plus grosse (cervelle). Et pourtant... .

Et pourtant, quand une bande d'écervelés vous expliquent qu'ils ne peuvent pas s'enfuir de cette ville parce que leurs motos sont sabotées (plutôt mourir que de s'enfuir à pieds... c'est une conception des choses), qu'ils se rendent compte qu'ils se barricadent dans un hangar en oubliant de prendre de l'eau (et en laissant une fenêtre ouverte), on se dit que la race humaine a joliment dégénéré en quelques siècles.

 

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En gros, les figurants se font tuer les uns après les autres, les rats tentent, tant bien que mal, d'exister et se montrent meilleurs acteurs que certains humains et le scénario nous pousse gentiment mais sûrement vers la sortie tout en nous faisant comprendre que lui-même ne sait pas très bien où il va.

Le tout nous menant vers un twist final curieusement bien trouvé à défaut d'être original.

 

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En définitive, ce film est une preuve supplémentaire que faire un film d'horreur ne nécessite pas uniquement un peu de sang et quelques hurlement. Si, reconnaissons-le, des rats mutants peuvent être une menace crédible (ils sont nombreux, ils sont intelligents, et à l'état naturel ce sont déjà de belles saletés), on ne peut pas foncièrement dire que le sujet soit bien traité, les quelques idées semblant avoir été épuisées au bout de dix minutes. Quand il n'y aura plus de place en enfer les morts iront sur Terre, quand il y aura plus de place dans les bunkers, les andouilles iront nourrir les rongeurs.

 

Fiche technique:

Titre original: Rats, Notte di Terrore

Réalisateur: Bruno Mattei (sous le pseudonyme de Vincent Dawn).

Pays: Italie

Année: 1984

Durée: 1h37

Genre: Rat-plaplat

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