Les Rois du Soleil

Publié le par Antohn

 

Autant je pense toucher ma bille sur ce qui est de l'antiquité greco-romaine, autant il faut bien avouer que je regrette de ne pas en savoir plus sur les civilisation précolombiennes. D'autant plus que cette semaine, je me suis mis en tête de vous parler de l'un des rares péplums ne se déroulant pas en Europe ou en Afrique... si tant est que l'on puisse toujours parler de péplum, d'ailleurs. Selon la définition du péplum donnée par Claude Aziza (dans son superbe « Le péplum, un mauvais genre ») il ne correspond pas au genre mais, dans un même temps, j'aurais du mal à qualifier autrement « Les rois du soleil ». Ce film a l'aspect du péplum, l'odeur du péplum, le goût du péplum mais ce n'est pas un péplum, il s'agit d'un film d'aventures se déroulant dans une antiquité mal définie, sur les rives du Golfe du Mexique.

 

Les rois du soleil affiche

L'affiche originale du film (source: moviegoods.com)

 

La civilisation maya, malgré le fait qu'elle nous ait laissé de majestueuses traces de son existence, est pourtant assez mal connue. Lorsque les Européens débarquèrent aux Amériques, la civilisation maya s'était déjà effondrée, nous ignorons précisément pourquoi. Ils laissèrent bien des livres, imprimés sur des écorces de bouleau mais ceux-ci furent détruits par les missionnaires européens avant même que l'on puisse comprendre ce que disaient ces textes. Ce qui impressionne depuis longtemps, c'est que la civilisation maya fut une civilisation extrêmement brillante malgré des inconvénients de taille: elle ne connaissait ni la roue ni le fer mais pourtant elle parvint à élever des pyramides comparables à celles des égyptiens et son art était des plus raffinés.

Parallèlement à cela, elle conservait quelques restes de barbarie: au Bas Moyen-Âge, ce peuple guerrier continuait à pratiquer des sacrifices humains à des dieux assoiffés de sang.

 

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Bien que l'origine de leur disparition soit toujours sujette à questionnements, ici les scénaristes ont pris le parti de présenter la chute de la civilisation maya comme la résultante de guerres menées contre d'autres peuples qui, eux, avaient découvert le métal. Tout aussi vaillant que soit un guerrier maya, celui-ci n'est en tout et pour tout équipé que d'une massue en silex et contre une épée en bronze, elle ne peut rien. C'est chassé par un tel envahisseur, que Balam, devenu subitement roi après la mort de son père, se voit contraint de prendre la fuite vers le Nord. Une légende disait qu'il y avait des terres par delà la mer et que là il pourrait reconstruire un royaume et lever une armée pour reconquérir sa cité de Chichen-Itza.

 

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Arrivé avec sa suite dans un village de pécheurs, il réquisitionne les bateaux et les villageois non sans avoir fait quelques concessions au chef du village. Ce brave Balam l'apprend assez vite: si un roi sans divertissement est un homme plein de misères un roi sans royaume est un clochard en tenue brodée. Parmi ces concessions, il dût s'engager à épouser Ixchel, la fille du chef du village, concession tout à fait supportable: il se trouve qu'Ixchel est très belle. Quant à Balam il est très beau aussi: il est joué par Georges Chakiris, celui qui jouait le chef des « Sharks » dans « West Side Story ».

 

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"Les Rois du Soleil" est l'une des nombreuses tentatives de Georges Chakiris de se débarrasser de son personnage de "West Side Story". D'abord danseur, il se fit connaître en jouant cette comédie musicale à Broadway, où il interprétait le chef des "Jets". Lorsqu'il fut question d''une adaptation au cinéma, c'est évidemment que l'on pensa à lui mais son charme méditéranéen (comme son nom l'indique, il est d'origine grecque) l'amena à jouer le chef du gang porto-ricain des "Sharks". Il ne parvint jamais à se remettre complètement de l'Oscar gagné à cette occasion et finit par quitter le cinéma, se contentant de quelques caméos çà et là.

Pour ceux que cela interresse, il est aujourd'hui joaillier à Los Angeles (il serait spécialisé dans le travail de l'argent).

 

A la suite d'un voyage épuisant, l'expédition arrive enfin sur ces terres du Nord, ces contrées au sol fertile, aux forêts giboyeuses et où les sujets de Balam pourront trouver tout ce qui leur sera nécessaire pour reconstruire une nouvelle Chichen Itza. Assez rapidement, nous apprenons que nos braves mayas ont débarqué ni plus ni moins qu'en Amérique, pas où l'on trouve de tout y compris des indiens belliqueux. Fuyant un chef de guerre doté d'armes en métal, Balam s'installe à côté d'une tribu d'indiens dirigée par un certain Aigle Noir, joué par Yul Brynner, le genre de chef qui n'apprécie que modérément que l'on vienne marcher sur ses plates-bandes. Ignorant cela, les Mayas, telles d'industrieuses petites abeilles, s'empressent, une fois débarqués, de reconstruire une ville sur le modèle de leur ancienne cité.

 

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Yul Brynner, quant à lui, est le genre d'acteur qui mériterait un article à part entière tant le personnage est intérressant.

Né Yuli Borisovitch Bryner à Vladivostok en 1920, d'une mère russe et d'un père suisse, Yul Brynner aimait raconter qu'il s'appelait en réalité Taije Khan, qu'il était mi-japonais mi-suisse et qu'il était né en 1915 sur l'île de Sakhaline. Il prétendait également parler onze langues, dont le russe, l'anglais et le français qu'il parlait sans accent. Il lui est même arrivé de se doubler lui-même dans les versions françaises de ses films (bien que ce ne soit pas le cas ici).

Ayant fait ses classes de comédien en France, c'est pourtant aux Etats-Unis qu'il tourne ses premiers films, dont "Le Roi et Moi"  pour lequel il se rasa le crâne. Cela lui permettait également de cacher une calvitie disgrâcieuse et fit de lui l'un des chauves les plus célèbres du 7e art.

Il était également connu pour ses caprices de star, exigeant, par exemple, que les chambres des hôtels où il séjournait soient peintes d'une certaine couleur ou que le réfrigérateur de cette dernière contienne une demi-douzaine d'oeufs. A sa décharge, il payait de sa poche les dépenses supplémentaires.

Comme beaucoup d'acteurs de cette époque, il fumait énormément (cinq paquets par jour) et fut emporté par un cancer du poumon en 1985 à 65 ans. Avant sa mort, il enregistra un message destiné à être diffusé après son décès et incitant les américains à ne pas fumer.

 

Il est à noter qu'Amérindiens et Mayas sont présentés comme deux peuples on ne peut plus différents. Alors que les Indiens vivent dans des tipis, les Mayas habitent des huttes entourées de palissades; les Indiens sont des êtres sauvages, les Mayas sont davantage civilisés... mais paradoxalement ce sont les Mayas qui sacrifient des humains et non les Indiens, ce sont les êtres civilisés qui font preuve de cruauté. De là à dire que le message du film est que l'être de nature est forcément bon, il y a un pas que je ne franchirais pas: alors que les Mayas n'aspirent qu'à vivre en paix, c'est Aigle Noir qui déclenche les hostilités, les Indiens étant montré comme des Hommes pour qui un bon étranger est un étranger mort.

 

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En tentant de tuer Balam, Aigle Noir est capturé par les mayas qui le ramènent dans leur campement. Il se trouve que la pyramide sacrificielle est quasiment finie et que le prêtre sacrificateur serait curieux de savoir si les dieux aiment la nourriture exotique. Selon les croyances mayas, il fallait traiter la victime comme un dieu avant de la sacrifier, dans la mesure où une fois tuée, celle-ci était sensée servir de messager pour les dieux. Aigle Noir est donc conduit dans une hutte où il est tout d'abord retenu prisonnier puis traité avec tous les égards dus à son rang de dieu en devenir, c'est pour cela, par exemple, que c'est Ixche elle-même qui est chargée de s'occuper de lui.

Ce qui devait arriver arriva: la maya et l'indien tombèrent amoureux et le conflit entre les deux peuples se mua en conflit personnel entre leurs deux chefs pour les yeux de la belle.

 

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Le film est essentiellement construit autour des tensions entre indiens et mayas: les deux peuples ne se haïssant que par instinct, ne sachant pas réellement ce qu'ils auraient a gagner au contact de l'autre et ignorant ce qu'ils auraient à perdre s'ils tentaient de les détruire. Mayas et Amérindiens sont des peuples guerriers qui n'ont jamais vu d'étrangers animés d'autres intentions que d'intentions belliqueuses. Faut-il voir dans cette cohabitation plus ou moins pacifique un parallèle avec la Guerre Froide? Vu que le film date de 1963, c'est possible, reste à savoir qui est sensé être qui dans l'affaire.

 

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Une fois intégrée l'idée selon laquelle les relations entre Mayas et Indiens sont teintées d'autant d'hostilité que de fascination, la suite du film est aisée à deviner. Il n'existe pas trente-six solutions pour forcer deux peuples guerriers à se battre ensemble et il n'y a pas non plus trente-six solutions pour résoudre un cas de triangle amoureux. Si vous préferez les développements un peu plus précis, disons que Balam et Aigle Noir trouvent un ennemi commun à combattre et que l'un des deux est tué au cours de la bataille finale non sans avoir béni l'union d'Ixchel et du survivant.

 

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Empruntant autant au péplum qu'au film historique et au film d'aventure (le duel final ressemble énormément à celui d'un film de cape et d'épée avec Jean Marais, d'ailleurs), « Les Rois du Soleil » a le mérite de traiter d'un sujet relativement rare au cinéma, à savoir les civilisations précolombiennes. Évidemment, bien des films d'aventure regorgent de temples mayas ou aztèques garnis de chausses-trappes et de tarentules; évidemment, bien des films mettent en scène des Indiens vivant dans tipis et coexistant avec des cow-boys et des colons. Il est moins courant, en revanche, que l'on s'attarde davantage sur les peuples eux-mêmes, le fait que leur culture ait été méprisée par les Européens (conquistadors et colons) a longtemps donné l'illusion que leur histoire et leur culture étaient inexistantes, ce qui est une grosse erreur. Sans se vouloir ethnographique, « Les Rois du Soleil » a la qualité de s'attarder sur ces civilisations-là et si un jour quelqu'un s'est intéressé aux Indiens ou aux Mayas après avoir vu ce film, alors les efforts de l'équipe du film n'auront pas été vains.



Fiche technique:

Titre original: Kings of the Sun

Réalisateur: J. Lee Thompson

Année: 1963

Pays: Etats-Unis

Durée: 1h48

Genre: Choc des civilisations

Publié dans Cinéma

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