Les derniers jours de Pompei

Publié le par Antohn

 

Est-ce une bonne idée de vous parler de l'éruption du Vésuve alors qu'il y a peu de temps un cataclysme a ravagé le Japon et qu'une catastrophe écologique se prépar? Mais bon... D'un autre côté, si je devais me restreindre à chaque fois qu'une atrocité frappe le Monde, je ne dirais pas grand-chose. En plus, heureux veinards, le Brocoli qui Tousse est heureux de voir le retour du péplum dans ses colonnes et ce alors qu'il y a deux semaines, les latinistes distingués célébraient le 2055e anniversaire de l'assassinat de Jules César (je vous prévient dès le début, cet article fourmille de savoir superficiel).

 

Les derniers jours de Pompei

L'affiche originale du film (source: wrongsideoftheart.com )

 

Il m'est déjà arrivé de rappeler dans les pages de ce blog que l'une des grandes époques du péplum est à situer au début du XXe siècle. A cette époque, il n'est pas rare que des réalisateurs, férus de mythologie couchent sur pellicule leurs mythes favoris, il n'est pas rare non plus que certains aient l'idée d'adapter un roman en vogue, ce fut le cas de « Quo Vadis » et des « Derniers jours de Pompéi » dont les premières adaptations datent respectivement de 1901 et de 1900.

 

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« Les derniers jours de Pompéi » est à l'origine un roman écrit en 1834 par un écrivain britannique: Edward Bulwer-Lytton.La genèse de ce roman est assez longue, plus de deux siècles à vrai dire, elle eut pour origine l'une des découvertes archéologiques les plus importantes de notre Histoire avec celles de Troie ou de la tombe de Toutankhamon. Nous sommes en 1600, ce jour-là, un paysan de Campanie laboure son champ quand il bute sur un obstacle. Pensant que son soc a heurté une pierre, il étouffe un juron et tente de la déloger. Rapidement, il se rends compte que ce n'est pas une pierre qui le bloque mais un vase, un vase d'une facture qu'il ne connaît pas. On savait vaguement qu'une ville antique avait peut-être existé dans les environs mais l'on ignorait jusqu'à son nom. Lors du percement d'un canal, quelques vestiges et peintures avaient été mises au jour mais personne n'a poussé plus loin les fouilles.

 

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A cette époque, il n'y avait pas d'archéologues à proprement parler, des chercheurs de trésor, c'est tout, et il fallut attendre le début du XIXe siècle pour que l'on fouille réellement la ville et que l'on découvre une dédicace à la Res Publica Pompeianoru,lui donnant un nom: Pompéi. La ville, l'une des plus prospères de Campanie, servait de lieu de villégiature à bien des riches Romains, tout le confort possible y était, que ce soient les thermes comme le théâtre et même l'amphithéâtre. Pompéi avait été rayée de la carte le neuvième jour des calendes de novembre, lors de la première année du règne de Titus, soit le 24 octobre 79 après J.C.. Contrairement aux villes voisines, Herculanum et Stabies, Pompéi n'avait pas été ravagée par des coulées de boues brulantes mais ensevelie sous un déluge de cendres volcaniques et de pierres ponces, pétrifiant littéralement la cité.

 

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De la même manière que la tombe de Toutankhamon avait été retrouvée inviolée, Pompéi était une cité romaine quasiment intacte: il y avait encore des fresques dans ses villas, des traces de vin dans ses amphores et des graffitis sur ses murs. Au XIXe siècle, vous n'étiez pas un réel amateur d'antiquités tant que vous n'étiez pas allé visiter Pompéi, ou tout moins sans avoir vu de ces recueils de gravures ou d'aquarelles immortalisant la cité que des archéologues continuaient de déblayer (ce qu'ils continuent toujours de faire: une partie de la ville est toujours ensevelie). Lytton avait probablement lu ces ouvrages, de même que les œuvres des poètes romantiques dont certains avaient redécouvert le thème des martyrs chrétiens, qui préféraient mourir plutôt que de renier leurs croyances.

 

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« Les Derniersjours de Pompéi » regroupe pas mal de thèmes chers à cette époque: on y retrouve le martyre, la décadence, l'héroïsme et même un chouïa d'occultisme... en gros, c'est le livre idéal pour qui veut faire un péplum. Dès 1900, « Les derniers jours de Pompéi » est adapté au cinéma et le sera encore en 1908, 1913, 1935 et en 1948 avant cette adaptation datée de 1959.

A l'origine, « Les derniers jours » de Pompéi met en scène le combat d'un jeune grec, Glaucos, accusé à tort d'être l'assassin de son futur beau-frère et sauvé in-extremis par le témoignage de Nidia, une esclave aveugle. Le seul soucis étant que pour les besoins du film, on embaucha l'un des acteurs les plus en vue du péplum: Steve Reeves, qui venait de crever l'écran avec "Les travaux d'Hercule" et "Hercule et la reine de Lydie". Autant vous dire que nous faire passer ce colosse pour un jeune grec allait être assez compliqué; qu'importe, Glaucos est romanisé en Glaucus, un centurion de l'armée romaine, revenu victorieux de campagne et heureux de revoir sa famille qui réside à Pompéi.

 

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Oui mais voilà, depuis quelques temps un groupe de brigands pille et incendie les villas des riches pompéiens et viennent de tuer le père de Glaucus dans l'un de leurs derniers raids. Par chance, ces brigands ont eu la bonne idée de signer leur crime en peignant çà et là des croix et des poissons: il s'agirait donc de chrétiens dont la placide apparence ne serait donc qu'un leurre.

 

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Un mot sur la signification du poisson: le poisson en grec s'écrit ΙΧΘΥΣ (Ichthus) et forme les initiales de « Ιησος Χριστός Θεού Υιος Σωτηρ » (j'adore sortir l'option « caractères spéciaux »!), ce qui peut se transcrire par « Yesos Christos Théou Huios Sôter » et se traduire par « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur ». Le christianisme est apparu dans la partie orientale de l'Empire, où l'on parlait plus volontiers grec que latin (les Évangiles ont d'abord été écrites en grec avant de l'être en latin) et cet acronyme a été utilisé par les premiers chrétiens comme signe de ralliement discret, plus qu'une croix en tout cas.

 

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J'ai toujours eu du mal à accrocher à ces histoires de machinations visant à faire accuser des innocents. Franchement, quel intérêt auraient les chrétiens à se faire passer pour des gens pacifiques s'ils signent les mauvais coups qu'ils commettent? Logique élémentaire qui échappe aux autorités romaines, d'autant plus que le prêtre d'Isis, Arbacès, se montre particulièrement vindicatif. Le culte d'Isis est fort à Pompéi (ce qui est historiquement exact: il y avait bien un temple consacré à cette déesse) et bien vite le peuple réclame la tête de cette secte qui vénère un instrument de torture.

 

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Ione (Christine Kaufmann) et Arbacès (Fernando Rey). Pour ceux qui ont lu "Alix", le personnage d'Arbacès dans 'Les derniers jours de Pompéi" a, bien entendu, inspirél'Arbacès des bandes-dessinées de Jacques Martin.

 

Vous vous doutez bien que derrière ces pillages se cache en réalité l'œuvre d'Arbacès et ses hommes et Glaucus, qui n'est pas le héros pour rien, s'en doute rapidement et tente non seulement de confondre le félon mais aussi de sauver ses amis chrétiens jetés aux lions pour satisfaire la plèbe. D'autant plus que parmis eux se trouve Ione, une jeune femme qui, sans être chrétienne à part entière, est séduite par le message de paix et d'amour des chrétiens. Si vous avez lu le début de cet article, vous savez que Pompéi a été détruite par l'éruption du Vésuve en 79, le film s'intitulant « Les derniers jours de Pompéi », il est aisé de deviner par quel deus ex machina les chrétiens et Glaucus seront sauvés. Soit dit en passant, l'éruption est excellemment bien reconstituée.

 

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Attention, zone de cuistrerie historienne en vue.

 

Ce qui est un peu plus discutable, c'est qu'au moment de l'éruption du Vésuve, il n'y avait pas de jeux du cirque à Pompéi et ce depuis quelques années.

En 59 av J.C., au cours de jeux, une violente dispute éclata entre spectateurs de Pompéi et de Nucera, une ville voisine. La raison reste obscure: on raconte que pompéiens et nucériens étaient "supporters" de deux écoles de gladiateurs différentes et que de cette divergence de vues est née une querelle qui a dégénéré en rixe au cours de laquelle une dizaine de spectateurs furent tués. Vous constaterez donc que les Romains avaient déjà inventé le hooliganisme. A la suite de ce tragique évènement, l'empereur Néron décida, d'une part, de bannir l'organisateur de ces jeux et d'interdire tout spectacle dans cet amphithéâtre, qui était pourtant le plus ancien du monde romain (il avait été construit en 80 av. J.C.).

Pour l'anecdote, il ne réacceuillit de spectacle qu'en 1972 avec un concert des Pink Floyd.


Ajoutons à ces précisions qu'il n'y a aucune trace de chrétiens jetés aux lions à Pompéi. L'amphitheâtre a fermé en 59, cinq ans avant la grande persécution des chrétiens à Rome. De plus, il n'y a aucune trace de persécution sous TItus, pire, je ne me souviens même pas avoir entendu parler de la moindre communauté chrétienne à Pompéi.

Ce ne sont que des détails mais bon, je tenais à être complet.

 

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Fin de la zone de cuistrerie.

 

Ironie du sort, ce film qui devait mettre en scène un cataclysme eut lui-aussi quelques déboires. Tout d'abord, Steeve Reeves y fut victime d'un accident de char: alors que les chevaux étaient lancés au galop, le moyeu cassa, envoyant lourdement chuter l'acteur, lui causant une sérieuse blessure au dos. Reeves ne put plus jamais s'entraîner six heures par jour, comme il le faisait prcedemment.

 

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Quant au réalisateur, Mario Bonnard, il tomba gravement malade au tout début du tournage. Ce fut donc le premier assistant-réalisateur, un certain Sergio Leone, qui se chargea de réaliser la plupart des scènes. Même s'il préférait les westerns, Leone commença par tourner des péplums, étape obligée à Cinecittà pour être reconnu comme un metteur en scène à part entière. Peu de temps après, on lui confia les rênes du « Colosse de Rhodes » avec Georges Marchal qu'il réalisa sans grandes convictions, bien que le film lui-même soit relativement abouti, voire carrément bon.

 

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En conclusion, est-ce un bon film? Et bien disons que d'un point de vue artistique, il n'y a pas à proprement parler d'éclairs de génie, cela reste un péplum italien des années 50-60 aux décors en plâtre (d'ailleurs, je pense en avoir croisés certains dans d'autres films), au héros sans peurs et au méchant sans principes

Je n'ai pas vu les autres versions des « Derniers jours de Pompéi », ce qui fait que je serais bien incapable de vous dire si ce film là est meilleur que ses aînés. A noter qu'en 1962, un certain Gianfranco Parolini sortit un film intitulé « Anno 79: La distruzione di Ercolano », sorti en France sous le titre « Les derniers jours d'Herculanum ». Pas de chrétiens ni de brigands ici, l'intrigue se cantonnant à des intrigues au sein de la cour de l'empereur Titus, ce film n'a pas une extraordinaire réputation, d'ailleurs.

Quant aux « Derniers jours de Pompéi », disons que pour un amateur du genre , c'est un film honnête, pour les autres, un péplum comme un autre.

 

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" "Comme un autre"... Il y a un "supplément volcan" quand même!"

 

Fiche technique:

Titre original: Gli ultimi giorni di Pompei

Réalisateur: Mario Bonnard et Sergio Leone

Année: 1959

Pays: Italie/Espagne/Allemagne/Monaco

Durée: 1h33

Genre: Martyrologue volcanologue

Publié dans Cinéma

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