Les Barbarians

Publié le par Antohn

 

"Ce serait bête d'oser battre Jacko au bras de fer.

- Oui. Mais vu que mon frère est bête..."

 

Il existe des expériences qui vous marquent,la Nuit Excentrique est l'une d'entre elles. Organisée tous les ans par la Cinémathèque Française et par le site Nanarland.com, il s'agit plus ou moins d'un marathon de l'absurde cinématographique auquel l'auteur de ces lignes s'efforce de participer tous les ans. Au cours de cette soirée (enfin... il était 3h du matin), nous fut projeté, non pas le pire nanar de la soirée mais certainement l'un des films les plus idiots qui m'ait été donné de voir: « Les Barbarians » de Ruggero Deodato.

 

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VOus noterez l'accroche ("Guerriers, Conquérants, Héros") qui n'est pas sans rappeler celle de "Conan le Barbare" de John Milius ("Voleur, Guerrier, Gladiateur, Roi")

(source: wrongsideoftheart.com)

 

En parlant d'expérience marquante, le nom de Ruggero Deodato est essentiellement connu pour avoir été l'un des seuls réalisateurs a avoir fait un film si violent (« Cannibal Holocaust ») qu'il fut accusé par la justice italienne d'avoir réellement tué des acteurs pour les besoins de son film. Il faut dire que le film est assez dérangeant et rendit Deodato tricard pendant trois ans. Lui, qui avait commencé sa carrière comme assistant-réalisateur chez Rossellini et chez Corbucci mit un peu de temps à retrouver une carrière stable, autant dire que, en 1987, quand la Cannon l'embauche pour tourner sa version de « Conan le Barbare », Deodato accepte avec enthousiasme.

 

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Ce film devait être la réponse de la firme de Menahem Golan et Yoram Globus aux films d'heroic fantasy qui avaient fleuri après « Conan ». Pour commencer, ce n'était pas un barbare bodybuildé qu'elle allait mettre en scène mais deux: les frères Paul. Histoire de les présenter aux malchanceux qui ne les connaissent pas, Peter et David Paul sont des culturistes jumeaux qui, dans les années 80, roulaient leur bosse dans diverses compétitions de body building et cherchaient alors à se faire un nom dans le cinéma. La Cannon les repéra et les embaucha pour tourner son « Conan » film qui a l'origine devait être tout ce qu'il y a de plus sérieux.

Rapidement Deodato que cela ne serait pas possible: les jumeaux étaient impressionnants mais devaient avoisiner le 53 de Q.I. … à eux deux.

 

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"Il dit pas qu'on est bêtes là !?"

 

Le potentiel tragique des deux frangins était ridicule mais le potentiel comique absolument incroyable. Deodato décida donc de modifier légèrement le script et d'en faire un film semi-parodique où deux barbares à la cervelle de moustique tentent de délivrer leur mère adoptive, de retrouver leur sœur et et de mettre la main sur un diamant juste après avoir dézingué un affreux tyran. Rien de bien, original donc, si ce n'est une chose: si les frères Paul sont si crédibles en brutes idiotes, c'est tout simplement parce qu'ils ne composent absolument pas.

 

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Kadar (Richard Lynch) qui avait probablement perdu un pari avec le coiffeur.

 

Peter et David Paul jouent donc les jumeaux Kutshek et Gore, orphelins élevés par une tribu de jongleurs, voyants et autres théâtreux dont le roi avait autrefois donné un tas d'or pour acquérir un rubis magique qui possède de nombreux pouvoirs dont la qualité rare de briller quand il est mis sur le nombril d'une vierge. A quoi cela sert-il? À déterminer quelle est la reine des théatreux, ce qui est un honneur discutable.

Il se trouve quand même que les thératreux ont une reine, une certaine Canary sur laquelle l'affreux-jojo en chef (un certain Kadar) a des vues. On ne sait pas très bien si Kadar veut le rubis ou sa propriétaire, les deux probablement.

 

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Toujours est-il qu'il la capture au cours d'une escarmouche. Les deux jumeaux tentent bien d'intervenir, l'un d'entre eux arrachant même à coups de dents deux doigts au méchant qui, en plus d'une coupe de cheveux ridicule se baladera le reste du film avec une simili-prothèse masquant sa blessure. D'ordinaire, quand vous êtes un affreux-jojo et qu'un gamin vous arrache les doigts, vous le faites tuer, c'est ce que s'apprêtait à faire Kadar quand, ému par les suppliques de Canary, il accepta de les épargner et jura que ni lui ni l'un de ses hommes ne les tueraient. Puis il envoya Canary dans son harem et sépara les deux jumeaux qu'il prépara pour les arènes.

 

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Quinze ans passèrent durant lesquelles les jumeaux furent chacun de leur côté forcés à travailler comme des bêtes et à se battre comme des lions tandisque Kadar tente d'acquérir les faveurs de Canary en la couvrant de bijoux (mais en la maintenant en cage, n'exagérons pas). Quand Kadar disait que ni lui ni ses hommes n'attenteraient aux jours des jumeaux, il avait une idée en tête: il allait faire en sorte que les jumeaux s'affrontent dans l'arène et s'entretuent.

 

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"Ca c'est un bon plan!"

 

Un mot quand même sur l'acteur jouant le Tourmenteur, le geolier des frangins, à savoir Michael Berryman, un acteur dont l'histoire est assez étrange. Atteint d'un syndrome de dysplasie ectodermique, Michael Berryman est né sans cheveux ni ongles, et sans glandes sudoripares. À la naissance, il fallut lui faire subir une opération lourde au niveau de la boîte crânienne, opération à laquelle il survécut, mais conservant à vie une tête en forme de pain de sucre.

Son enfance n'est pas très facile, vous vous en doutez. C'est à l'âge adulte qu'il est repéré alors qu'il officie en tant que fleuriste, il obtient un premier rôle dans le film d'aventure « Doc Savage arrive » puis dans « Vol au-dessus d'un nid de coucou ». Il connaît la gloire en 1977 avec le film « La colline a des yeux » de Wes Craven où son physique taillé pour les films d'horreur terrifie les spectateurs à tel point que, alors qu'il n'a qu'un rôle secondaire, c'est lui qui est représenté sur les jaquettes des vidéos du film. Connu pour avoir l'air inquiétant sans avoir besoin de maquillage, il reste aujourd'hui l'une des trognes les plus reconnaissables du cinéma... son principal défaut étant d'accepter des rôles sans vraiment lire les scripts.

 

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"Par contre, je tiens à préciser que j'ai beau être laid, cette corne n'est pas d'origine"

 

Où en étais-je? Ah oui les jumeaux. Arrive le jour où les deux se livrent bataille dans l'arène, coiffés de casques qui dissimulent leur visage. Il faut croire que dans le temps les casques ne tenaient pas bien car très vite survient ceci:

 

 

 

 

Vous noterez que je vous ai laissé à la fin un exemple du cabotinage de Michael Berryman

 

Les deux jumeaux s'enfuient, donc, et parviennent dans la forêt dans un camp abritant ni plus ni moins que... les théatreux chez qui les frères ont été élevés. Le Monde est petit dans ce film, très petit.

Oui mais voilà, quinze ans ont passé et leurs anciens compagnons ne les reconnaissent pas et les théatreux ont une façon très étrange de recevoir les étrangers: ils les pendent. En plus ca fera d'une pierre deux coups: ils venaient de capturer une voleuse qu'ils apprêtaient à zigouiller également. Il ne faut que la force herculéenne des deux jumeaux pour briser leurs liens et se faire reconnaître (ils portent un tatouage distinctif que personne n'avait pensé à vérifier avant). Une fois délivrés, ils partent à la recherche d'armes pour renverser Kadar et délivrer Canary. Tant qu'à faire, ils en profitent pour embarquer la voleuse qui, paraît-il sait où trouver des armes.

 

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Je me doutais bien que Lucas avait piqué les coiffures de Padmé Amidala quelque-part.

 

Le programme est assez vaste pour nos jumeaux: délivrer leur mère, renverser Kadar, remettre la main sur le rubis et, tant qu'ils y sont, retrouver leur sœur adoptive que personne n'a revu depuis quinze ans. Heureusement, l'action baisse rarement et nos joyeuses têtes à claques ont le bonheur de tomber à chaque fois sur la personne qui va les mener à ce qu'ils cherchent, quand ils ne savent pas eux même où trouver ce qu'ils ont à trouver. On a d'ailleurs le sentiment que la façon dont nos héros résoudrons leur quête n'est que secondaire, je prends pour exemple la manière dont ils retrouvent leur sœur grâce à un twist final que tout le monde avait pressenti et qui ne fait aucun sens pour autant.

 

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Eva LaRue, passant la moitié du temps à faire des efforts manifestes pour ne pas rire aux pitreries plus ou moins contrôlées de ses comparses.

 

Vous l'aurez compris, le scénario n'est pas le point fort du film, quand j'étais môme j'inventais des histoires plus cohérentes avec mes playmobils. Là où le film s'emballe, c'est lorsqu' apparaissent les deux quartiers de bœuf qui servent de héros. Je ne le répèterait jamais assez, au risque d'être accusé de faire du remplissage d'article, mais les frères Paul irradient totalement le film de leur bonhomie niaise, ils ne jouent pas des barbares ils jouent aux barbares et affichent tout au long du film l'air ravi de gamis à qui on aurait donné une épée et une armure en plastique avec pour mission de jouer avec.

Pour tout vous dire, je ne sais pas lesquelles de leurs scènes étaient prévues à l'origine mais j'ai eu souvent l'impression que Deodato s'est contenté de donner aux frangins les grandes lignes du scénario et de les laisser improviser.

 

 

 

 

« Les Barbarians » semble être un rare cas de « nanar volontaire » ou tout du moins de film étudié pour être sérieux mais auquel le réalisateur a fait opérer au dernier moment un virage salvateur pour l'empêcher de finir dans le mur. Vendre « Les Barbarians » comme une comédie était la meilleure des solutions mais ce ne fut pas celle adoptée par les producteurs, résultat, le film coûta quatre millions de dollars et n'en rapporta que huit-cent mille.

 

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Qui dit "heroic-fantasy" dit "dragon". Ici, celui-ci a une forme... assez équivoque.

 

A noter que les frères Paul continuèrent à faire quelques films, essentiellement de grosses comédies familiales avant de faire une apparition dans « Tueurs-nés » d'Oliver Stone (pour des raisons que j'ignore, ils furent coupés au montage). Pour ceux que cela intéresse, David Paul est aujourd'hui photographe et travaillerait pour des magazines de bodybuilding, quant à Peter, il serait coach de remise en forme, les deux ayant, paraît-il beaucoup perdu au niveau muscles.

Quant à leur complice, Eva LaRue, les spectateurs de la série « Les experts: Miami » en ont probablement déjà entendu parler vu qu'elle y joue le personnage de Natalia Boavista.

 

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Mazette!

 

Fiche technique:

Titre original: The Barbarians

Réalisateur: Ruggero Deodato

Année: 1987

Pays: Etats-Unis/Italie

Durée: 1h 27

Genre: Connauds, les barbares

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