Les aventuriers du système solaire

Publié le par Antohn

 

"J'veux que quand les gens ils achètent ils se disent...

Ouais, j'en ai rien à foutre de ce qu'ils se disent, j'veux qu'ils achètent, tu comprends l'idée !?"

Les Fatals Picard, Est-ce que tu veux avec moi?

 

Après quelques semaines maintenant où il ne fut question sur ce blog que de cataclysmes, de guerre nucléaire, de robots homicides, de chanteurs de country malades et de rockeurs en plein doutes (sans parler des tortures a base de chèvres), il serait peut-être temps de remettre un peu de couleur sur ce blog.

Je profite du fait que les vacances scolaires touchent à leur fin pour enfin parler d'un film destiné aux enfants mais dont le visionnage peut s'avérer redoutable pour quiconque est doté d'un certain sens critique. Si un jour vous tombez sur une vieille VHS des « Aventuriers du système solaire », voilà à quoi vous attendre.

 

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La jaquette brittanique du film mettant en vedette un robot piqué quelque part mais n'ayant rien à voir avec ceux du film (source: nanarland.com)

 

Nous sommes en 1990. A cette époque, les chaînes de télévision du monde entier ne juraient plus, quand il s'agissait de programmes pour enfants, par les dessins-animés japonais. Réalisés à la chaîne grâce à des techniques d'animation simples, racontant des histoires peu difficiles à comprendre et, surtout, vendus à des prix défiant toute concurrence, ces dessins-animés eurent une influence considérable dans le domaine du divertissement pour enfants.

Quand je vous disais « les chaînes de télévision du monde entier », il ne faut pas exagérer non plus: certains pays n'en diffusaient pas et interdisaient même tout dessin-animé étranger, parmis ces pays, la Corée du Sud où fut réalisé le film qui nous intéresse cette semaine.

 

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Je vous avais déjà parlé il y a quelques mois de Joseph Lai et de sa société de production Filmark, distributrice de quelques « chef-d'œuvres » comme « Black Ninja » et, par extension, de la plupart des films de ninjas de la légende du Z hong-kongais, Godfrey Ho. Je vous rappelle la méthode de Joseph Lai: elle consistait à racheter des films ou des bouts de films à des société de production ayant fait faillite ou à des producteurs étrangers n'ayant pas diffusé leur film à l'étranger. Ensuite, il remontait ces rush, quitte à tourner des scènes additionnelles insérées tant ben que mal, afin de donner une certaine cohésion à l'ensemble. Le résultat artistique était catastrophique mais l'avantage était qu'il parvenait à vendre sa production un peu partout et c'est cela qui comptait.

 

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L'équipe scénaristique en pleine séance de travail

 

J'ignore si « Les Aventuriers du système solaire » était le titre original du dessin-animé, tout ce que je sais c'est qu'il est très probable qu'il s'agisse à l'origine d'un dessin-animé sud-coréen. La Corée du Sud ne diffusait pas de dessins animés étrangers mais, paradoxalement, c'est là-bas qu'étaient réalisé un grand nombre des dessins-animés japonais de l'époque. Cela explique d'ailleurs le faible coût de ces métrages.

Si les dessins-animés japonais ne véhiculaient que des messages assez convenus tels que « détruire l Terre, c'est pas bien », « être méchant c'est caca » ou « tricher c'est mal », le message des « Aventuriers du système solaire » porte le message suivant: « La Corée du Nord c'est rien que des méchants! ».

 

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La preuve!

 

Jugez plutôt: tout commence un matin dans une riante salle de classe en Corée du Sud. Une poignée de bambins, doublée par des adultes, chahute en attendant l'arrivée de la maîtresse. Attention, quand je dis « la maîtresse » je veux parler de LA maîtresse, l'étoile qui brille au firmament de l'incompétence professionnelle. Vous avez eu, vous aussi, des profs qui avaient du mal à se faire respecter, et bien dans « Les Aventuriers du système solaire », la maîtresse se laisse carrément dicter sa conduite par ses élèves.

 

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Elle qui voulait commencer par un simple « Aujourd'hui, les enfants, nous allons voir en quoi les communistes du Nord sont d'affreux-jojos belliqueux qui, si ca se trouve, mangent même les enfants », se fait assez rapidement rabrouer par un élève qui lui rétorque que « c'est nul, pourquoi on ne va pas faire une ballade dans la nature plutôt? ».

La réponse de l'enseignante est sans appel: « OK, si vos parents sont d'accord, nous partons demain ». Si un jour j' ai le choix, je veux me réincarner en écolier sud-coréen, ils ont l'air d'avoir la belle vie.

 

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Sauf le premier de la classe qui, lui voulait bien continuer les cours de géopolitique.

 

Enfin, la belle vie c'est vite dit: la Corée du Nord n'est jamais loin et il se trouve que, justement, deux espions du Nord ont traversé la frontière et sèment la terreur dans la campagne sud-coréenne. Pris entre le feu du Sud et celui du Nord, nos braves écoliers décident de faire comme si de rien n'était et continuent leur séjour. Alors que nous pensions que rien ne pouvait nous surprendrs (nous sommes quand même dans un film où les élèves dictent à leur institutrice ce qu'elle doit faire et restent dormir sous la tente en plein milieu d'une zone de combat), nous franchissons le dernier pas dans l'invraisemblance.

Sans que l'on sache réellement pourquoi, ceux qui étaient des acteurs en chair et en os se voient transformés en personnages de dessin-animé.

 

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Nos vaillants écoliers, vous reconnaitrez, en vert, leur institutrice... Mouais non vous ne la reconnaîtrez pas.

 

Ceux-ci font alors la connaissance de deux extraterrestres verts, comme il se doit, qui se sont écrasés sur Terre alors qu'il tentaient de mettre fin aux agissements d'un tyran inter-galactique du nom de Siporta. Celui-ci, mû par des visées expansionnistes condamnables, veut s'emparer de la Terre et, pour ce faire, s'est allié au Mal Absolu.

Non, pas Raymond Domenech, ignares! Kim Il-Sung!

Les méchants de la Terre se sont alliés aux méchants de l'Espace comme le dit l'un des personnages.

 

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Siporta, Grand Stratéguerre de service et sosie officiel de Valéry Giscard d'Estaing sur Sirius 6-alpha

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Kim-Il Sung. Heureusement qu'ils ont pensé à lui faire la tumeur qu'il portait au cou, c'est le seul moyen que l'on a pour savoir qu'il ne s'agit pas de Charles Pasqua.

 

La seule chance de salut pour le camp du Bien est de maîtriser le redoutable Robocanon que les méchants ont volé et conservent dans une espèce de goulag où ils font travailler leurs prisonniers jusqu'à l'épuisement. « Pourquoi les méchants n'utilisent-ils pas ce robot pour dominer le Monde une bonne fois pour toute? » me demanderez-vous? Et bien pour une raison simple: il fonctionne sur les ondes cérébrales émotionnelles et, comme vous vous en doutez, les méchants sont incapables d'avoir la moindre émotion positive. J'en ai vu des films manichéens mais celui est quand même au-dessus du panier.

 

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Gentils petits hommes verts contre méchants ogres rouges.

 

Je ne sais pas si, d'aventure, il vous est arrivé d'aller sur un site de partage de vidéo histoire de montrer à l'un de vos cadets quelques images de « Goldorak » ou de « Olive et Tom ». Si cela a été le cas, vous avez pu constater, vous qui êtes grands maintenant et qui êtes dotés de suffisamment de sens critique, que l'animation est quand même préhistorique. Dites-vous qu'à côté des « Aventuriers du système solaire » « Goldorak » fait figure de Disney. Entre les personnages mal dessinés, les effets ratés (mention spéciale aux explosions) et les erreurs de montage, le spectateur ne sait plus où donner de la tête. Obéissant à un axiome voulant que les enfants ne s'occupent pas de la qualité de ce qu'ils regardent, le réalisateur du dessin-animé ne s'est pas foulé.

Quelques exemples:

 

Kim Il-Sung s'incruste dans une réunion des gentils:

 

 

 

Un faux raccord, une maison qui n'en finit pas, des proportions non respectées et des personnages qui courent en reculant:

 

 

 

Attention spoilers: Le Robocanon en action:

 

 

 

 

Bonus track: la scène d'ouverture ou « comment faire doubler une classe entière par trois adultes »:

 

 

 

 

Partant d'un film qui ne devait probablement jamais sortir des frontières de la Corée du Sud, « Les Aventuriers du système solaire » est une parfaite illustration de cette époque où tout dessin-animé fabriqué en Corée ou au Japon pouvait facilement être distribué en Occident sous un titre un tant soit peu racoleur et un visuel sans aucun rapport avec le film (comparez le robot de l'affiche avec celui du film). Reste une dimension géopolitique qui échappera à la plupart des enfants occidentaux (sauf ceux au courant de l'Histoire de la Corée du Nord, ce qui ne court pas les rues) et un dénouement constitué de l'une des pires ficelles scénaristiques du 7e art suivie d'une scène purement incompréhensible constituée des quelques rushs de robots qu'on avait pas pu caser autrement et achevant les neurones du spectateur qui a tenu jusqu'au bout.

 

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"Où çà des neurones?"

 

Tu cherches une solution pour punir des enfants turbulents sans avoir recours à la fessée? Tu veut faire avouer un suspect récalcitrant? Tu veux faire une blague à un copain? Tu veux prouver que Kim Il-Sung était un affreux bonhomme? Alors « Les aventuriers du système solaire » est ton film!

 

Fiche technique:

Titre original: Solar adventures

Réalisateur: Roy Thomas (?)

Année: 1990

Pays: Corée du Sud/Hong-Kong

Durée: 1h 08

Genre: Le père de Kim Jong-Il contre le beau-frère de Goldorak.

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