Le retour de Kriminal

Publié le par Antohn

[Dans la mesure où cet article est consacré à un anti-héros, permettez-moi de profiter de ce texte pour saluer la mémoire de Jean Tabary, génial père de l'infâme grand vizir Iznogoud.]

 

Bien que mélange entre la littérature et le dessin, la bande-dessinée, par bien de ses aspects, s'approche plus du cinéma que des deux arts cités précédemment. Comics américains, Bds franco-belges, mangas japonais, peu importe le nom que vous leur donnez, pour peu que l'un de ces œuvres aient rencontré du succès, il en existe une version cinéma. Il en est de même des fumetti italiens. Ces bandes dessinées ont été peu diffusées en France, mises à part via des éditions à bas prix telles que les bandes-dessinées Elvifrance. Les fumetti se caractérisent souvent par un contenu violent et sexuellement explicite, à tel point que certaines éditions devaient être censurées. Parmi elle, l'une des plus connues était « Diabolik », l'histoire d'un Arsène Lupin transalpin dont une adaptation fut réalisées dans les années 60 par le grand Mario Bava. Le succès de la bande-dessinée fut tel que l'on raconte que certains chefs mafieux se servirent de cet anti-héros comme modèle.

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(source: wrongsideoftheart.com)



Le succès remporté par « Diabolik » incita également les autres éditeurs de fumetti à créer leur propre cambrioleur et c'est ainsi que naquit « Kriminal » immortalisé ici dans « Le retour de Kriminal ».

 

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Oui, Kriminal revient car ce film est la suite d'un premier opus tourné quelques années plus tôt où le bandit finissait sa carrière dans une prison à Istanbul (il a donc déjà visité une prison turque, il ne lui reste plus qu'à voir un monsieur tout nu et à aimer les films de gladiateurs pour ceux qui connaissent leurs classiques). Cet audacieux criminel, connu pour perpétrer ses forfaits dans une combinaison à l'effigie d'un squelette (le top du top pour rester discret), avait été appréhendé par l'inspecteur Milton et jeté dans un cul de basse-fosse par la justice turque qui ne plaisante pas avec les voleurs (ni avec quoi que ce soit d'autre, d'ailleurs).

 

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"Ici la brigade  de répression des costumes idiots, veuillez enlever ce truc ridicule et nous suivre, Sir!"

 

Comme tout bon méchant, il n'y reste pas longtemps et c'est à Londres qu'on le retrouve, à la tête, non d'un gang mais... d'un hospice. Allons bon, Krimilounet se serait calmé? Il se serait rangé et aurait décidé de passer ses vieux jours en servant de la camomille à de vieilles anglaises? Et bien oui, même si, si j'étais une vieille anglaise, j'éviterais de la boire cette camomille, vu que les chances d'y trouver du cyanure sont assez fortes.

(Tout bien réfléchi, même en n'étant pas une vieille anglaise, j'éviterais de boire une camomille au cyanure, mettez çà sur le compte de la superstition).

 

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Kriminal est joué par un acteur du nom de Glen Saxson, un comédien néerlandais dont ce fut l'un des rares rôles marquants. Il possède l'avantage de se débrouiller correctement à l'écran et de ressembler à son alter-ego de papier.

 

L'arnaque, car il y en a une, est assez ingénieuse bien que déjà vue: avec l'aide d'une complice, il contracte des assurances vie pour des sommes faramineuses au nom de ses pensionnaires les plus cardiaques. Pour ce faire, il fait passer Gloria, une jeune (et jolie) complice pour la contractante de l'assurance-vie: celle-ci étant en parfaite santé, les compagnies d'assurances acceptent de l'assurer. C'est à ce moment-là que Kriminal, revêtu de son costume de squelette, s'introduit nuitamment chez sa victime. Je suppose que vous avez tous eu la visite d'un type déguisé en squelette dans votre chambre, ca fait un choc n'est-ce pas? Imaginez ce qui se passe chez quelqu'un de cardiaque (oui: « couic! »).

 

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L'arnaque ne durera pas longtemps: les compagnies d'assurance en viennent à trouver bizarre ces multiplications d'infarctus surgissant chez des jeunes femmes en parfaite santé. Kriminal doit rapidement disparaître et c'est alors que, par mégarde, Gloria brise un bouddha en porcelaine qui s'avère renfermer un fragment de plan sensé mener vers deux tableaux de maître estimés à plusieurs millions de dollars. L'histoire n'est pas sans rappeler un mélange du « Secret de la Licorne » et de « L'Oreille cassée », et est ce qu'elle est sensée être: une BD portée à l'écran. Notons d'ailleurs que les transitions sont figurées par des cases de bandes dessinées.

 

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"Continues à plaisanter avec les squelettes, toi!"

 

Je faisait une analogie avec Tintin mais Kriminal est loin d'être l'intrépide reporter sans peurs et sans reproches que nous connaissons. Ne vous fiez pas à ses yeux bleux, à ses cheveux blonds et à son physique de jeune premier (pourtant signes d'un cœur pur dans les codes cinématographiques), Kriminal est un antihéros des plus complets, n'hésitant jamais à tuer et à faire preuve d'une certaine cruauté. Reconnaissons une chose: j'ai eu l'occasion de lire des albums de Kriminal et force est de constater que celui qui n'est qu'un filou dans le film est une belle ordure dans la version papier.

 

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Le final du film se déroule dans la cité en ruine de Baalbeck, en Syrie, connue pour être la source de quelques mystères archéologiques.

 

Néanmoins, on a du mal à prendre le héros en sympathie. Un antihéros n'est pas un héros dont on est sensé tolérer les actes simplement parce qu'il est le héros. Un antihéros doit avoir une raison profonde de faire ce qu'il fait ou alors le faire avec un minimum de panache. Regardez Arsène Lupin: c'est un cambrioleur, un de ces enfoirés qui rentrent chez les gens pour se servir. Oui mais voilà, c'est un cambrioleur qui a fait de ses forfaits de véritables œuvres d'art, le fait qu'il ne tue jamais joue énormément dans son capital sympathie. Kriminal, lui est moins enclin à laisser une carte de visite sur le buffet Henri II qu'une volée de plomb dans celui de ses victimes. Plus un Fantômas qu'un Arsène Lupin, en quelque sorte.

 

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Ceci mis de côté, « Le retour de Kriminal » n'est pas un mauvais film, c'est une sorte de mélange entre Tintin et Fantômas avec une grosse dose de James Bond qui apporte le quota de beautés fatales et de courses poursuites endiablées, ca n'est qu'une grosse BD comme peuvent l'être tellement de films des années 60-70.

 

Fiche technique:

TItre original: Il marchio de Kriminal

Réalisateurs: Fernando Cerchio et Nando Cicero

Année: 1968

Durée: 1h32

Pays: Italie/Espagne

Genre: Il y a un os à Délos pour le squelette féroce

Publié dans Cinéma

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