Le cimetière des morts-vivants

Publié le par Antohn

Un peu comme le film de soucoupes volantes américain, le film de kung-fu hongkongais, ou même le film de catcheur mexicain, le film d'horreur gothique italien a depuis longtemps dans ma mémoire une place à part. Pour tout dire, je trouve que je n'en parle pas assez, pour des raisons diverses et variées. J'ai déjà en ces colonnes exprimé toute mon admiration pour Mario Bava et j'ai déjà expliqué à plusieurs reprises que je considérais "Le Masque du Démon" comme le meilleur film d'horreur du monde. Je sais que beaucoup d'entre eux ne sont pas des chefs d’œuvres et masquent avec plus ou moins de succès un manque de moyens flagrants mais ils ont ce charme indéfinissable qui les rend si attachants et qui me rappelle pourquoi j'aime le cinéma.

Vous ayant déjà parlé du "Masque du Démon" c'est à un autre représentant de la famille des gothiques italiens que je vais m'attaquer aujourd'hui: "Le cimetière des morts-vivants" de Massimo Pupillo, connu également sous le titre de "Cinq tombes pour un médium".

 

Affiche

 

Avant toute chose: j'attribue la paternité de ce film à Massimo Pupillo mais d'autres sources l'attribuent à un certain Ralph Zucker. En réalité, le film étant une coproduction italo-américaine, Ralph Zucker, qui était producteur, s'occupa de tourner deux scènes supplémentaires pour la version américaine du film. Massimo Pupillo n'étant pas ravi du résultat final, il autorisa Ralph Zucker à se créditer comme réalisateur. Cela entraîna d'ailleurs des confusions, beaucoup pensant alors que Ralph Zucker était le pseudonyme de Pupillo.

Pour faire simple, "Le cimetière des morts vivants" est un film commandé par des américains qui voulaient faire de l'horreur pour pas cher, réalisé par un type qui n'a pas trop insisté pour qu'on sache que c'est lui qui l'avait fait et, avec comme actrice principale, une Barbara Steele qui n'a jamais réellement caché le fait que faire des films d'horreur ne lui plaisait pas énormément.

 

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Parce que oui, il y a Barbara Steele dans ce film. Barbara Steele dans les films d'horreur italiens c'est un peu comme les Daltons dans Lucky Luke: on peut faire sans mais ça manque.

Elle n'aimait peut-être pas faire des films d'horreur mais elle le faisait bien, surtout lorsqu'il s'agissait, comme ici, de jouer des personnages à la fois tortionnaires et victimes.

 

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A bien des égards, le début de l'histoire ressemble un peu à celui de "Dracula". Tout commence dans une étude de notaire en République Tchèque, à la fin des années 1910 ou au début des années 20. Albert Kovac, qui œuvre dans cette étude avec son associé Joseph Morgan, reçoit une lettre destinée à ce dernier. Celle-ci est signée d'un certain Jeronimus Hauff qui lui demande de venir au plus vite afin de régler sa succession. Morgan étant absent, Kovac décide d'aller lui-même au château des Hauff afin de s'occuper de ce qui semble être une affaire de routine. Très vite, toutefois, les choses se gâtent. Le plus souvent, quand vous vous perdez dans la campagne tchèque, que vous demandez votre chemin à un paysan qui passe par là et que celui-ci tourne la tête puis s'éloigne au petit trot en multipliant les signes de croix c'est qu'il serait peut-être judicieux de faire demi-tour de votre côté.

Mais ni vous ni moi n'êtes des des héros de film d'horreur, aussi notre bon notaire poursuivit-il sa route.

 

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Il ne fit pas non plus demi-tour lorsqu'il se rendit compte que la clochette d'entrée était muette, autant que le jardinier un peu simplet qui l'observait de loin d'un œil torve. Je passe sur le fait que la maîtresse des lieux soit Barbara Steele, un peu moins sur la nouvelle qu'elle lui annonce. En effets, Jeronimus Hoff ne peut pas avoir envoyé de lettre à son notaire pour la simple et bonne raison que celui-ci est décédé presque un an plus tôt. Les circonstances de sa mort sont tout à fait banales, un bête accident: après un banquet, Jeronimus, bourré comme un coing, est tombé dans un escalier en pierre où il s'est rompu le cou.

 

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Ce qui est moins banal c'est que depuis un an les témoins de sa mort meurent les uns après les autres. A chaque fois le diagnostic du médecin est le même: crise cardiaque (ou morsure de vipère). Nous restons dans l'étrange lorsque nous apprenons que Jeronimus avait, dans son testament, demandé à ce que son corps soit inhumé durant un an à proximité du château avant d'être déplacé.

 

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Assuré qu'il ne s'agissait que d'une mauvaise blague, notre bon notaire accepta de passer la nuit dans le château. Il aurait, en effets, été idiot de repartir alors que la nuit tombait. Vous comprenez donc que nous retrouvons pour le moment les codes du cinéma d'horreur classique, d'autant plus que le château en question était, au Moyen-Âge un lazaret où les pestiférés de la région venaient mourir. On raconte aussi que les graisseurs de cadavres qui y œuvraient ont été pendus après que l'on se soit rendu compte qu'ils empoisonnaient l'eau afin d'étendre la peste. Par cruauté supplémentaire, ont leur avait tranché la main droite. Ces mains ont été momifiées et sont encore exposées dans une vitrine, à côté de quelques autres crânes ou organes conservés dans le formol, à quelque pas d'un cimetière où sont enterrés les victimes de la peste ainsi que les restes des graisseurs.

Pour l'anecdote, ce château hanté où ni vous ni moi ne passerions la nuit (enfin vous je ne sais pas mais moi il est hors de question que je dorme là-dedans) est en réalité le Castello Chiggi, en Campanie. Il abrite aujourd'hui le country club de Castel Fusano, un camping à quelques kilomètres de Rome.

 

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Très vite des phénomènes étranges se manifestent. Peu étonnant lorsque l'on sait que Jeronimus, qui se targuait d'être médium, avait mené des expériences qui se soldaient par des succès retentissants, si l'on en croit les cylindres de cires présents dans son bureau. Ceux-ci, une fois mis dans les gramophones, donnent des résultats pour le moins intrigants. Le mystère s'épaissit lors de l'exhumation de Jeronimus Hoff... dont la tombe est purement et simplement vide. Jeronimus est-il mort ? Pourquoi a-t-il demandé à être exhumé ? Pourquoi les témoins de sa mort meurent-ils les uns après les autres ? Autant de questions auxquelles nous n'auront qu'une réponse partielle. 

 

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Et oui, "partielle" seulement. En gros, les morts-vivants sortirons bien de leur tombe, nous saurons à peu près pourquoi les témoins de la mort de Hoff meurent les uns après les autres et le héros s'en sortira (grâce à une pirouette scénaristique assez mauvaise, il faut bien le dire). La fin est décevante et, quand je dis que les morts-vivants sortent de leur tombe, disons que nous sommes juste obligés de bien vouloir croire les personnages vu que nous ne verrons pas ces morts vivants. La raison est simple: Massimo Pupillo n'avait le budget suffisant pour créer quatre costumes de morts vivants (quatre costumes crédibles s'entend). Aussi toute la scène d'attaque se passe en vue subjective, du point de vue des morts vivants eux-même, ce qui donne un résultat original et pas désagréable. Il est juste dommage que le film se termine de façon si abrupte.

 

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En définitive, "Le cimetière des morts vivants" est un film intéressant pour qui aime les films de cet époque et pour qui apprécie l'esthétique du film d'horreur gothique italien. Il souffre certes d'un manque de moyens mais l'équipe du film fait preuve de suffisamment d'inventivité et de talent pour masquer ce manque (et probablement sauver certaines scènes du ridicule). Reste toutefois une intrigue à la fois simple et compliquée qui se termine en eau de boudin (si j'ose dire). A réserver aux amateurs donc, celui-ci n'étant pas le meilleur film pour s'initier au genre.



Fiche technique:

Titre original: Cinque tombe per un medium

Réalisateur: Massimo Pupillo (Ralph Zucker pour deux scènes)

Pays: Italie/Etats-Unis

Année: 1965

Durée: 1h27

Genre: Un week-end en enfer.

Publié dans Cinéma

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