La Revanche de Samson

Publié le par Antohn

LA REVANCHE DE SAMSON (1987)

Un nanar ne s'attend pas, un nanar se découvre. Comprenez par là qu'il n'existe pas de grille prédéfinie du nanar, de critère ultime qui classera automatiquement un film dans cette catégorie. Ce n'est pas parce qu'un film est tourné sans moyens que c'est un nanar, ce n'est pas parce qu'un film a des effets spéciaux cheap que c'est un nanar et... soyons bien clair, un réalisateur ou un acteur ne nanardifie jamais automatiquement un film ! (Par exemple, ce n'est pas parce que Lee Marvin a joué dans "Delta Force" que  "L'homme qui tua Liberty Valance" est un nanar).

Si le flou de ces frontières peut occasionner quelques débats sur l'appartenance ou non d'un film au domaine du nanar, certains cas ne laissent que peu de place au doute. Et parmi ces cas-là il y a l'exception qui confirme la règle, celui de « La Revanche de Samson ».

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Réécriture (très) libre de la légende biblique, ce film ne garde réellement que la chevelure et la force du héros ainsi que le nom de deux personnages et va troquer la Palestine antique pour l'Indonésie et les Philistins pour les colons néerlandais. Pour faire simple, dans le film, Samson s'appelle en réalité Daman. Il est le fruit du viol d'une paysanne par un militaire néerlandais, paysanne tuée quelques années plus tard par l'armée d'occupation (afin de justifier la revanche du titre). Recueilli par ce qui semble être son grand-père, Daman subit un entraînement intensif le rendant aussi fort qu'un troupeau de bœuf sous stéroïdes.

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"Pour être fort comme un boeuf tu dois penser comme un boeuf.

-Mais pépé...

-Tais-toi et avance !".

En parlant de bœuf sous stéroïdes, je ne peut commencer cet article sans un mot sur l'acteur principal : Paul Hay, un culturiste australien dont « La Revanche de Samson » est la première et dernière expérience dans le monde du cinéma. Parce que tôt ou tard, il va falloir que je fasse des captures d'écran du bonhomme et, autant vous prévenir tout de suite : Paul Hay ressemble à ça :

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Et la perruque n'arrange pas les choses.

Le pire étant que l'équipe du film semble être très fière de sa trouvaille : là où le reste des acteurs est annoncé simplement par son nom dans le générique, Paul Hay est carrément suivi par son palmarès. Et ce type a fini deuxième à Mr Australie 87 et troisième à Mr Melbourne 86 ! Il a même remporté quelques concours tels que Mr Suburbs et Mister Southern Universe 82 ! C'est pas génial ça ? Non ? Vous avez raison. Vous l'aurez compris : un culturiste de second choix qui a atterri là je ne sais comment et à la crédibilité relative dans le rôle de sauveur d'une nation opprimée.

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Encore un pour la route.

Grandissant dans son petit village et accumulant la rancœur contre les néerlandais, la vie de Daman bascule le jour où, en rentrant des champs, il sauve la vie de Delilah, la fille du Gouverneur, dont le cheval s'était emballé. Rien de bien méchant : Daman déracine un arbre, le met en travers de la route et flatte l'encolure du canasson pour le calmer, avant de continuer son chemin, comme un scout qui a fait sa B.A.. L'histoire aurait pu en rester là si, du côté de Delilah, ça n'avait pas été le coup de foudre. Tombée sous le charme de ce sauvage, elle décide de le rebaptiser « Samson » et de l'adopter, un peu comme un chaton égaré.

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Non, rien, absolument rien n'interdit de faire circuler une calèche aussi hideuse.

Oui mais voilà : Daman refuse de la suivre, il n'est pas un greffier que l'on attire avec une coupelle de lait (à la limite avec un steak, et encore). D'où le recours à un plan B : les gardes.

Oui, toi là !

Ramené de force au palais du gouverneur, Daman continue à faire la mauvaise tête et à refuser de faire joujou avec Delilah, qui, à ses yeux reste quand même assez fortement une occupante. Les promesses, les menaces, même le fouet n'y font rien.

Qu'est-ce que je raconte moi ? Le fouet a l'air de marcher. Suffisamment en tout cas pour que Samson n'enlève Delilah, ne l'embrasse sur une plage façon Burt Lancaster dans "Tant qu'il y aura des Hommes" puis la mette sur son cheval et la renvoie chez elle d'une tape sur la croupe (je parle de celle du cheval). Vous l'avez compris, le coup de fouet se transforme en coup de foudre, ce qui ne plaît pas à tout le monde, notamment au père de Delilah qui voit d'un mauvais œil l'idée que sa fille chérie fricote avec des indigènes, rebelles de surcroît.

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Nous pourrions penser, d'ailleurs, que Delilah pourrait se prendre d'affection pour les rebelles et essayer d'infléchir le regard des colons sur les populations indigènes. Mais non : Daman va juste devenir un enjeu de paris entre Delilah, son père et le capitaine des gardes à « Qui parviendra à tuer ou à capturer l'autre andouille ? ». Le premier qui s'y essaie, c'est le Gouverneur, qui envoie, ce qu'une armée d'occupation envoie d'ordinaire... un cyclope. Celui-ci est un peu plus réussi que celui du « Justicier contre la reine des crocodiles », ce qui ne l'empêchera pas de mourir dans un déluge de mannequins en mousse, dont le film ne manque pas.

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Le capitaine de la garde s'en sort un peu mieux, puisqu'il réussit à capturer Daman, en menaçant de tuer les habitants de son village. Enchaîné à l'arrière d'un chariot, privé de sa force par la faim et la soif, Daman est sauvé par une véritable intervention divine. En gros, Allah fait tomber la pluie, rend sa puissance au héros et lui permet d'écraser impitoyablement ses ennemis à coup de rochers en carton. Une fois de plus, les néerlandais sont ridiculisés et c'est le moment que choisit un mage pour proposer ses services. Après avoir envoyé un cyclope... à la limite pourquoi pas. D'autant plus que l'affrontement entre lui et Daman va permettre de faire un sort aux mannequins en mousse ayant survécu au combat précédent :

 

 

La force, la menace et la magie n'ont rien pu faire et c'est au tour de Delilah d'avoir un plan. Et quel plan ! En gros, elle va utiliser le fait que Daman ait un faible pour elle pour lui tendre un piège dont le principe va être simple. Vous avez déjà vu « Bip Bip et le Coyote » quand vous étiez gamin ? Vous vous souvenez des moments où le Coyote essayait de piéger Bip Bip en mettant des graines sur une route déserte ? Ben la c'est pareil mais remplacez les graines par une tente avec Delilah dedans. Le piège fonctionne et c'est là qu'intervient le gros morceau du film.

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Dis donc malotru, c'est moi le gros morceau ?

Re-situons un peu les choses : nous sommes en Indonésie, un pays musulman où la population est assez pratiquante. Hors de question, donc, de plaisanter avec la gaudriole au cinéma. Aussi, là où un film européen nous aurait gratifié d'une scène d'amour tout ce qu'il y a de plus classique, nous allons avoir droit à une espèce de scène d'orgie entre Samson et Delilah, à base de piments, de loukoums, de bananes... et de tous les sous entendus grivois que cela peut occasionner.

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Ce genre de sous-entendus.

Notons que l’érotisme moite de la scène aurait pu faire son effet s'il n'y avait pas un petit détail : Paul Hay joue assez mal les amoureux transis. Enfin, si « faire une tête de paysan du Danube zoophile » est votre façon à vous de bien jouer l'amoureux, il joue bien. Pour les autres, il fait cette tête :

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Ça faisait longtemps hein ?

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Même Delilah s'y met.

N'oublions pas que c'était un piège : la fourbe Delilah avait drogué le vin et voici Samson capturé (one more time). Parce qu'elle est prévoyante, Delilah lui coupe les cheveux pour le priver de sa force. Si dans la Bible, il est clairement expliqué pourquoi Samson tire sa force de ses cheveux, ici, vous n'aurez pas ce bonheur : Samson tire sa force de ses cheveux, c'est comme ça. Oh ! Et puis pour être raccord avec le récit biblique, le premier réflexe des hollandais sera de lui crever les yeux.

On sent, d'ailleurs, que les scénaristes manquent d'inspiration pour terminer le script puisque la fin du film est quasiment calquée sur le Nouveau Testament. Pour ceux qui aiment être spoilés, nous avons droit à un final hautement cinématographique où Daman fait s'écrouler les colonnes du palais du gouverneur... et prend un rocher en carton sur la tête histoire de rester raccord.

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En conclusion, bien que l'aspect nanar du métrage soit indéniable, l'idée de base du film n'est pas mauvaise et, pour un film indonésien, on sent qu'il y a des moyens et du talent derrière. Je tape sur Paul Hay mais le reste du casting est tout à fait correct et capable de jouer dans de bons films ou d'en réaliser. Suzzanna, par exemple, qui joue Delilah, est moins connue des amateurs de cinéma bis pour "La Revanche de Samson" que pour "La reine de la magie noire", un film un peu plus ancien qui passe pour être une pépite méconnue du cinéma d'horreur. Autant vous dire que le jour où je tombe dessus, il aura les honneurs de ce blog. En attendant :

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Vous en reprendrez bien un dernier ?

 

Fiche technique :

Titre original : Samson dan Delilah

Pays : Indonésie

Réalisateur : Sisworo Gautama Putra

Année : 1987

Durée :

Genre : La Belle et la Bête

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