Jour J: Les Russes sur la Lune!

Publié le par Antohn

 

L'Histoire n'est qu'une histoire à dormir debout.

Jules Renard.

 

 

Il ne vous est jamais arrivé d'imaginer que l'Histoire ait pu être différente de celle que nous avons apprise? Ne vous méprenez pas: je ne vous parle pas de révisionnisme mais d'uchronie (depuis le temps que je rêvais d'employer ce mot!). Que ce serait-il passé si Vercingétorix avait vaincu César à Alésia? Que ce serait-il passé si Hitler s'était tué dans un accident de voiture en 1932? Que ce serait-il passé si Louis XIV s'était trouvé à la place de Louis XVI en 1789?

La réponse est simple: « vu que cela n'a pas eu lieu, il n'y a aucun moyen de savoir ce qui se serait passé. Et puis on s'en fiche: on a suffisamment d'interrogations réelles pour en rajouter d'artificielles ». Vous l'aurez compris, l'uchronie n'est pas ma tasse de thé, en grande partie à cause du fait que les récits chroniques prennent l'uchronie comme finalité et non comme point de départ, ce qui n'est pas le cas ici.

 

les russes sur la lune

 

Avant tout, un peu d'Histoire. Comme vous le savez, en 1957 les soviétiques envoyèrent dans l'espace une espèce de petite boule à antennes qui faisait « bip bip ». Cette petite boule, c'était Spoutnik I, premier satellite artificiel et déclencheur d'une véritable course aux étoiles entre USA et URSS, le président des États-Unis, John F. Kennedy déclarant même en 1961 que les États-Unis se donnaient dix ans pour envoyer un Homme sur la Lune. Dans ce domaine, les soviétiques comptèrent plus de victoires que de défaites: après Spoutnik I vint Spoutnik II, avec à son bord la chienne Laika, premier être vivant dans l'espace; puis, en avril 1961, ce fut le premier homme (Youri Gagarine), en juin 1963 la première femme (Valentina Tereshkova) et le premier Homme a tenter une sortie dans l'espace (Alexei Leonov en mars 1965), poser un pied sur la Lune n'était donc qu'une question de temps pour l'URSS. C'était compter sans quelques coups du sort: en 1960, le programme spatial russe connait un ralentissement de taille après le drame de Nedelin (un prototype de fusée explosa sur son pas de tir, alors que les responsables du programme spatial étaient en train de l'inspecter), en 1967, Vladimir Komarov est le premier homme a avoir la distinction douteuse de mourir lors d'une mission spatiale (le parachute de sa capsule ne s'est pas ouvert), quant aux missions Zond (équivalent soviétiques des missions Apollo) elles connaissent pas mal de soucis, visiblement, les module n'était pas au point et certains cosmonautes le payèrent de leur vie.

 

La suite, vous la connaissez: le programme lunaire soviétique prends du retard, et malgré une première mission aux conséquences dramatiques (les trois astronautes d'Apollo 1 périrent carbonisés dans leur capsule), le 20 juillet 1969, la mission Apollo 11 alunit avec succès et Neil Armstrong devient le premier Homme à marcher sur la Lune. Les États-Unis gagnent la course vers la Lune et l'URSS enterre son programme lunaire, niant même son existence. Mais imaginons que la mission Apollo 11 soit un échec. Ce n'est pas si idiot après tout: moins d'un an après, en avril 1970, la mission Apollo 13 faillit bien tourner à la catastrophe alors pourquoi Apollo 11 n'aurait-elle pas subit le même sort? C'est le point de départ de cette bande-dessinée: l'histoire commence au moment où Apollo 11 alunit: Neil Armstrong prépare déjà sa phrase mythique et à Houston on sort le champagne du frigo. Quand tout à coup...

 

Une météorite.

 

Une toute petite météorite, de la taille d'un œuf de pigeon, traverse le module lunaire de part en part et provoque l'explosion du module lunaire (oui, moi aussi ça m'a interloqué). Les américains enterrent leur programme spatial, à l'inverse des soviétiques qui, en septembre 1969 posent un module lunaire sur l'astre de la nuit et les livres d'Histoire retiennent que Valentina Tereshkova fut le premier humain à fouler le sol lunaire. Le seul soucis étant qu'en 1969, Valentina Tereshkova n'avait pas fichu un pied dans un vaisseau spatial depuis cinq ans: elle n'a volé que lors de la mission Vostok 6 et ne pris jamais part au programme lunaire de l'URSS. Déjà l'impression est moyenne: on sent que les auteurs ne connaissaient qu'un nom de cosmonaute et l'on ressorti ici. Loin de moi l'idée de vouloir faire des soviétiques d'horribles machistes (déjà qu'ils étaient communistes....) mais il faut replacer le vol de Valentina Tereshkova dans son contexte, à savoir ce que l'on appellerais aujourd'hui « un coup de com' , à l'époque, pas mal de gens, et pas que des hommes, pensaient que les femmes n'avaient rien à faire dans l'espace et que leur place n'était pas dans un vaisseau spatial à risquer leur peau. C'était l'opinion la plus répandue en 1964, elle n'avait pas beaucoup bougé en 1969.

 

Mais bon, admettons, Valentina Tereshkova a marché sur la Lune. Que font alors les Américains vu qu'ils ne peuvent pas nier avoir voulu marcher sur la Lune? Et bien ils se posent également sur l'astre et États-Unis et URSS construisent leurs bases lunaires (soviétiques et américains avaient réellement des projets de bases sur la Lune, finalement ils ont opté pour les stations orbitales). Vont-ils, comme on peut le penser, se faire la guerre? Et bien non, ils sympathisent, ce qui est crédible: en 1975, une mission Apollo-Soyouz vit deux vaisseaux s'arrimer l'un à l'autre et les cosmonautes fraterniser avec les astronautes, donc que soviétiques et américains sur la Lune se serrent les coudes et se définissent plus par leur humanité que par leur nationalité serait tout à fait crédible. Tout irait pour le mieux, n'est-ce pas? Et vous savez quoi: une astronaute américaine a tellement sympathisé avec un russe qu'elle en est tombée enceinte, c'est pas mignon, çà?

 

C'est d'ailleurs le soucis principal de cette BD: quand on s'aperçoit que la base soviétique ne répond plus on s'attend à avoir un peu de suspense, surtout quand les cosmonautes qui y entrent découvrent la base déserte et le commissaire politique momifié dans la salle de communications avec une balle dans le cœur. Las, le dénouement est complètent tire-larmes, consensuel au possible et bourré d'incohérences (on voit une astronaute américaine tombe enceinte mais préfère ne pas dévoiler son état de peur d'être rapatriée, mettant sa santé et celle du bébé en danger, on voit les américains ET les soviétiques envoyer dans l'espace des types en parfaite condition physique mais qui sortent les flingues dès qu'une contrariété survient et on voit des gens qui n'ont subi aucun entraînement embarquer dans des capsules spatiales comme qui rigole).

Les plus cinéphiles noterons que le surnom de l'enfant né des amours d'un russe et d'une américaine n'est pas sans rappeler la scène finale de « 2001 l'Odyssée de l'Espace » (Kubrick fait même un caméo dans l'album, ce qui prouve que les auteurs ont du goût) mais, à part çà, l'album est décevant à lire pour les curieux ou les amateurs d'uchronie mais ne vous attendez pas à une œuvre immortelle, ce qui est dommage vu que le point de départ est intéressant.

Publié dans Bande-dessinée

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