Hercule contre les vampires

Publié le par Antohn

 

Je vous avoue qu'il y a des semaines où il est dur de livrer un article le dimanche. Ce n'est pas forcément une question d'emploi du temps: j'arrive facilement à trouver une demi-heure par jour pour écrire, ce serait plutôt une question de sujet. Vais-je parler d'un bouquin? d'un bon film? D'un nanar? Parfois je n'en sais rien. Le plus souvent, ce sont ces semaines-là que je me décide à écrire un article sur un film que j'avais vu il y a longtemps et dont j'aurais fait la chronique si j'avais déjà eu ce blog.

J'ai hésité entre un film d'horreur et un péplum (oui, il m'en reste en stock!), finalement j'ai décidé de couper la poire en deux et j'ai choisi un péplum d'horreur, j'ai nommé « Hercule contre les Vampires ».

 

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J'en vois déjà écarquiller les yeux. « Quoi!? « Hercule contre les vampires »!? Pourquoi pas « Bruce Lee contre Superman » tant que t'y es ?! Je crois que depuis ta chronique sur « Cadence de Combat » on a eu notre dose de crétinerie pour quelques mois! ».

Vous savez quoi? Je suis d'accord et, je tiens à mettre immédiatement les choses au point: contrairement à ce que laisserais penser son titre, « Hercule contre les vampires » est un très bon film pour qui supporte le péplum et les films d'horreur gothiques italiens.

 

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La première chose qui frappe, avant même d'avoir le film, c'est le nom du réalisateur, Mario Bava. Je vous ais déjà dit, il y a quelques mois, tout le bien que je pensais de ce monsieur qui est, pour moi, l'un des meilleurs réalisateurs de films d'horreur du Monde. Le voir derrière la caméra pour un péplum peut paraître étrange (oui, je sais, le titre parle de vampires mais... nous y reviendrons). En réalité, au début des années 60, tout réalisateur de Cinecittà se devait de réaliser au moins un péplum; Sergio Leone, qui est au western-spaghetti ce que Bava était à l'horreur, avait lui-aussi été plus ou moins forcé de se plier à cet exercice avec « Le colosse de Rhodes ».

 

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Reg Park, fils d'un fabricant d'haltères, était un ancien bodybuilder anglais. Tout d'abord joueur de football puis haltérophile, il fut l'un des grands rivaux de Steeve Reeves pour le titre de Mr Univers. Hormis une carrière très courte d'acteur (il ne tourna que cinq films, dont trois où il jouait Hercule et un où il jouait Maciste), son principal apport au cinéma est d'avoir servi d'inspiration à Arnold Schwarzenegger.

 

Ajoutez à Mario Bava le fait que l'affreux-jojo en chef soit joué par Christopher Lee et vous comprenez le re-titrage d'un film qui a l'origine s'appelait plus sobrement « Ercole al centro della terra » (« Hercule au centre de la Terre »). Cette pratique était courante à l'époque: en 1972, par exemple, après les succès de « On l'appelle Trinita » et de « On continue de l'appeler Trinita », avec Bud Spencer et Terence Hill, leur film suivant « Più forte ragazzi » sortit en France sous le titre « Maintenant on l'appelle Plata », sous-entendant qu'il pourrait être la suite des deux films précédents (ce qui n'est pas le cas). Afin d'amener du monde dans les salles, il était normal que les distributeurs aient préféré faire passer ce qui était un péplum pour un film de vampires réalisé par Mario Bava avec Christopher Lee.

 

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Les distributeurs français ne sont pas les seuls à avoir utilisé cette astuce: le film fut également vendu en Allemagne sous le titre "Les Vampires contre Hercule".

 

Pourtant, le scénario ressemble davantage à un péplum de base qu'à celui d'un film d'horreur. De retour d'expédition, probablement avec les Argonautes, puisqu'il est accompagné de Thésée, Hercule débarque au royaume d'Ecalie pour apprendre que le bon roi de cette cité est mort dans des circonstances mystérieuses. Comme tout bon roi juste qui meurt dans des circonstances mystérieuses, il fut évidemment remplacé par un tyran, vaguement sorcier sur les bords, prénommé Lico.

 

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"Comment çà "tyran" ? Dis tout de suite que j'inspire pas confiance!"

 

Quant à la fille du roi, Déjanire (oui, « Hercule », « Déjanire »... au moins les scénaristes ne dormaient pas en cours de grec, la plupart des noms dans ce films ont été empruntés à la mythologie classique), Lico la tient officiellement sous sa protection. Par « protection » comprenez que comme tous les méchants libidineux de péplums, il l'a ensorcelée afin qu'elle perde la mémoire et qu'il a la ferme intention de l'épouser vu que non seulement c'est la fille du roi précédent mais qu'en plus elle est plutôt mignonne et que c'est pas pour rien que c'est l'actrice principale.

Se rendant assez vite compte que l'état de Déjanire n'est pas normal, Hercule consulte la sorcière Médée qui lui explique que le seul moyen de la sauver est de retrouver une pierre qui a eu le bon goût d'être placée aux Enfers.

 

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C'est là que commence la partie la plus intéressante du film: Bava est davantage un réalisateur de films d'horreur que de péplum et on sent qu'il a tenu à réussir tout particulièrement les scènes infrenales, en faisant une sorte de monde de cauchemar s'inspirant autant de l'Enfer judéo-chrétien que des Enfers classiques.

Là aussi quelques libertés sont prises avec la mythologie. C'est, par exemple, aux Enfers qu'Hercule est sensé affronter le géant Procuste, joué ici par un type dans un costume de géant de pierre relativement kitsch.

 

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Selon la légende, Procuste était un géant qui acceuillait les voyageurs chez lui. Il n'avait que deux lits, un trop grand et un trop petit. Son hobby (il n'avait pas la télé, le pauvre) était d'étirer les membres de ceux qui dormaient sur le lit trop grand et de couper les membres de ceux qui dormaient sur le lit trop petit.

Un jour il tomba sur Hercule qui lui fit subir le même sort et le géant en mourut.

Là, il s'agit de la scène la plus ratée du film: non seulement l'acteur dans le costume avance comme un sénateur rhumatisant mais en plus il manque de se cogner dans le décor avant de renverser une stalagmite en carton.

 

En parlant de kitsch, il faut reconnaître que « Hercule contre les Vampires » accuse pas mal le poids des ans. Je sais que dans un péplum il faut faire preuve d'indulgence. Il faut faire abstraction du carton-pâte, du scénario interchangeable, ne pas pousser des cris d'orfraies dès que Dédale rencontre Ulysse.... il est pourtant vrai que parfois les trucages sont tellement préhistoriques que nous avons un peu de mal à ne pas les voir. Quand des vampires fondent sur nos héros accrochés à des filins que l'on distingue très nettement, force est de constater que, Mario Bava ou pas Mario Bava, ca fait désordre.

 

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Malgré ces défauts, je me refuserait à classer « Hercule contre les Vampires » dans la catégories des mauvais films et, contrairement à une idée communément admise, ce n'est pas un nanar. « Devil Story » est un nanar, « Les transformeurs de l'espace » est un nanar, « Black Ninja » est un nanar, « Robot Monster » est un nanar, à se sont tous des films aux trucages foireux, au scénario simpliste mais qui ont tous un handicap par rapport à ce film-ci: ils n'avaient pas de génie à leurs commandes.

Avant de se lancer dans le cinéma, Mario Bava était peintre et il a commencé sa carrière sur les plateau de tournage comme éclairagiste, résultat, l'ambiance dans certaines scènes est oppressante à souhait et ce malgré un budget digne d'un... ben d'un péplum italien des années 60.

 

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Alors, que vaut-il? Une chose est sûre, si vous ne voulez voir qu'un seul film de Mario Bava dans votre vie (il y a des lubies comme çà. Un jour on marche sur un râteau mal rangé et... enfin bon passons), je vous conseillerais de vous jeter sur « Le Masque du Démon » ou sur « Les trois visages de la peur » qui sont des films absolument géniaux (en plus dans « Les trois visages de la peur » il y a Boris Karloff, si c'est pas une preuve que c'est un bon film, çà!). Si vous n'avez pas fait le vœux idiot de restreindre vos horizons cinématographiques, alors oui, il vaut le coup: bien que perfectible en bien des points, il est quand même de ces péplums honnêtes faits avec suffisamment de talent et d'imagination pour nous rappeler en quoi le cinéma est une si belle forme d'art.

 

 

 

Fiche technique:

Titre original: Ercole al centro della terra.

Réalisateur: Mario Bava

Année: 1961

Pays: Italie

Durée: 1h20

Genre: Canines en plastique, rochers en carton et câbles en nylon

Publié dans Cinéma

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