Delta Force

Publié le par Antohn

 

"On est américains, couchez-vous!"

 

Dans la catégorie « J'ai envie de vous parler d'un film idiot », nous avons déjà vu le film de morts-vivants italien, le James Bond philippin avec un nain, le film de ninja hong-kongais et tant d'autres. Aujourd'hui, bande d'heureux veinards qu'un destin facétieux a mené sur cette page, je vais vous parler du film d'action reaganien. En 1980, la campagne présidentielle américaine mets aux prises le président sortant, Jimmy Carter, démocrate, au candidat républicain Ronald Reagan. Reagan, ancien acteur, retiré des plateaux de tournage depuis 1964, est élu dans un climat de tension puisqu'en plein milieu de la campagne éclate l'affaire des otages en Iran: en novembre 1979, 56 employés de l'Ambassade des États-Unis à Téhéran sont pris en otage par des étudiants islamistes et ne furent libérés que quinze mois plus tard. Alors que Jimmy Carter prônait la négociation, Reagan, lui, était plutôt partisan de la manière forte et, fort de son slogan « AMERICA IS BACK » (« L'Amérique est de retour »), il ramène à lui un grand nombre d'Américains favorables à ce que les négociations avec ceux qui les menacent se fassent à coup de chevrotines.

Résultat des courses, Ronald Reagan fut élu avec 59% des voix, portant un message que les compagnies cinématographiques ne manquèrent pas d'interpréter. C'est ainsi que naquirent les films d'action reaganiens, qui sont parmis les plus baux exemples de films d'actions dits « couillus ».

 

Deltaforce affiche

A l'origine, l'accroche était "They don't negociate with terrorists, they blow them away!" (Ce qui peut se traduire par "Ils ne négocient pas avec les terroristes, ils les explosent!")

 

Dans les années soixante et soixante-dix, la « menace » était les communistes et les viet-cong et le public aimait voir des films où des acteurs tels que John Wayne savataient du rouge par grappes de douze. Dans les années 80, si le communisme est toujours perçu comme un fléau, les Americains se découvrent un nouvel ennemi: l'islamisme. Plus de John Wayne, il faut se trouver une nouvelle coqueluche, cette coqueluche, ce fut Chuck Norris. Chuck Norris (Carlos Ray Norris de son vrai nom) s'illustra tout d'abord dans les arts martiaux il glana au cours de sa carrière un assez grand nombre de titres nationaux et internationaux, dont deux titres de champion du monde de karaté, puis se mit au full-contact où il demeura invaincu. En 1972, il commence sa carrière cinématographique dans le film « La Fureur du Dragon » où il eut l'insigne honneur de se faire ratatiner par Bruce Lee dans le Colisée. Si l'auteur de ces lignes pas gardé un souvenir impérissable de ce film, ce n'est pas le cas de la critique qui loua les qualités d'artiste martial de l'Américain. Aussi est il, dans les années 80, le candidat idéal au titre de nouveau héros du peuple avec sa dégaine de barbu sympa à qui il faut pas marcher sur les pieds au risque de prendre les siens dans le fondement.

 

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Il devint alors l'un des acteurs fétiche de Menahem Golan et Yoram Globus, dirigeants de la Cannon, maison de production israelo-américaine spécialisée dans le film bourrin. En 1986, la Cannon, après l'affaire des otages en Iran et le détournement, en juin 1985, d'un avion de la TWA, a l'idée de porter l'histoire à l'écran en mettant en valeur la Delta Force, un groupe de soldats d'élite américains qui pris part en 1979 à l'opération « Serres de l'Aigle » visant à libérer par la force les otages de l'Ambassade des États-Unis à Téhéran. L'opération se termina par un fiasco mais la Cannon tint à changer la fin, au grand dam du fondateur de la Delta Force, le colonel Beckwith, que les producteurs avaient embauché comme consultant. Le colonel Beckwith parti, la Cannon eut donc le champ libre pour donner libre cours à son imagination. Résultat, un film d'action pas plus mal réalisé qu'un autre mais d'un manichéisme à scandaliser le redneck le plus bas du front.

 

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Illustration: voici un gentil....

 

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...et voici un méchant, une fois cette petite subtilité acquise, vous pouvez passer à la suite.

 

Chuck Norris, donc, y incarne le Major Scott McCoy, ou Scott Braddock ou tout autre chose, de façon le nom qu'il prends a peu d'importance, vu que Chuck Norris joue un peu toujours le même personnage: celui du bon américain bien patriote comme il faut qui se bat pour sauvegarder les valeurs auxquelles il croit. Là, par exemple, il est le meilleur membre de la Delta Force, la meilleure unité d'élite de la meilleure des armées (l'US Army, of course!). Autant vous dire que Chuck il en a, que Chuck est fort, que Chuck est courageux, que Chuck est un vrai américain et que quand Chuck épluche des oignons c'est les oignons qui pleurent. Regardez la scène d'ouverture: alors que son groupe se replie après avoir subit un revers (très probablement dû à l'incompétence de l'Etat-Major et à ce rouge de Jimmy Carter), Chuck se rends compte qu'un de ses copains est resté bloqué sous une jeep en flamme à côté d'un bidon fortement soupçonné de contenir du kérosène, produit hautement inflammable comme chacun le sait. N'importe quel soldat vous le dira: on ne laisse pas un homme aux mains des ennemis, aussi Chuck décide-t-il de faire demi-tour pour sauver son copain, et ce malgré son chef qui lui demande de revenir et qui n'est pourtant pas une mauviette vu que c'est Lee Marvin. La suite vous vous en doutez: Chuck sauve son copain en soulevant la Jeep tout seul, prends son pote sur ses épaules et le ramène dans le Transall, au moment où le bidon de kérosène décide qu'il serait peut-être temps d'exploser.

 

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Lee Marvin, ancienne gloire des westerns dans les années 60, cachetonnant dans ce qui devait être son dernier film.

 

Plusieurs années plus tard, la Delta Force a à nouveau à intervenir: lors d'un vol Athènes/Rome, un commando de pirates de l'air prends en otage l'équipage et les passagers d'un avion d'une compagnie américaine. Les motivations de ces terroristes sont floues et se présentent grosso modo comme des islamistes communistes (ils ne mangent as les enfants mais c'est pas loin) qui détournent l'avion sur Beyrouth.

 

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Déjà, pour commencer, vous avez vu comment ils cachent les armes? Si c'est pas du boulot de coco, çà!

 

Une fois arrivés, le chef des terroristes, Abdul (joué par Robert Forster, pour des raisons compréhensible, aucun acteur musulman n'a voulu jouer le chef des terroristes), fait un tri entre les femmes et les enfants et mets à l'écart les Marines et « ceux qui ont un nom juif », plus un curé irlandais qui se constitue prisonnier au prétexte que « Jésus était juif ». Cette scène-là est un condensé de clichés: les terroristes sont tous des excités à la gâchette facile, l'hôtesse de l'air à qui ils demandent de faire le tri entre « juifs » et « non-juifs » est forcément allemande, les soldats américains sont tous courageux et très forts (il y en a que deux qui meurent, et encore, après avoir résisté longtemps) quant aux curés, ils ont tous des âmes de martyrs.

 

vlcsnap-2010-09-19-10h26m40s126En parlant de curé, le père O'Malley risque de rappeler quelque-chose aux plus ancens lecteurs de ce blog, et pour cause, puisqu'il est joué par Georges Kennedy, qui avait déjà sévi dans "Le Clandestin".

 

Mais nos bons terroristes peuvent trembler dans leurs pantalons militaires et dans leurs keffiehs (parce que dans ce film, tout ce qui porte un keffieh et méchant, de façon générale, tout ce qui est basané et non-revêtu d'un uniforme américain est un salopard de terroriste): Chuck Norris a un plan. Par plan, comprenez par là qu'une fois localisée l'école libanaise où ont été transférés les otages, il fonce dans le tas, non sans avoir pris la peine de passer par la bouche d'égout qui, heureux hasard, débouche justement dans la cave de l'école que personne n'a pensé à garder, ils sont cons ces terroristes!

 

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Il y a un détail que j'adore dans ce film, c'est le pilote de l'avion qui parvient à baisser la vitre de son cockpitet à tailler des bavettes, comme si son Boeing était une vulgaire CX.

 

Et là, c'est la débauche: plus de cohérence, plus de psychologie nulle part juste boucherie, les Marines qui dégomment par grappe de douze des terroristes qui, au lieu de tirer, préfèrent foncer kalashnikov à la main. Le clou du spectacle étant quand Chuck Norris savate le vil Abdul après fait des trous partout dans les terroristes, au guidon d'une moto que n'aurait pas renié Action Man (si, vous savez, la moto avec lance-missile incorporé et avec un bouton où quand on appuie dessus ca fait « pfrsfffft », bruit que l'on interprétait par « Vraoum! Vraoum! »).

 

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"Ca va chier, Docteur X!"


Je ne vous fait pas un dessin: les otages reviennent tous sains et saufs, sous les ovations de la foule tandis que la Delta Force, modestes héros de l'ombre, rentrent dans leur Transall emportant avec eux le corps de leur ami tué au combat, pensant, comme le disait Horace, qu ' »Il n'y a pas de mort plus glorieuse que celle de celui qui tombe pour sa patrie » (si on m'avait dit un jour que je citerais du Horace pour parler d'un film avec Chuck Norris).

Alors, « Delta Force » vaut-il le coup? Si vous êtes fans de Chuck Norris, oui. Si vous aimez ce genre de films américains où les « patriotes » se muent rapidement en « patriotards », oui. Si vous aimez les films de guerre réalistes non.

Évidemment, si vous faites partie de cette secte de tordus dont je fais partie et qui se nourrissent des pires films possibles rien que pour le plaisir de les apprécier au second degrés, il ne peut être qu'à conseiller, rien que pour le personnage joué par Chuck Norris, sorte de Superman à moustaches aussi invincible qu'invulnérable. Quant aux fans de westerns, dites-vous qu'il s'agit du dernier film de Lee Marvin, on a vu mieux comme oraison funèbre.

 

Fiche Technique

Titre original: The Delta Force

Réalisation: Menahem Golan

Année: 1986

Durée: 2h05

Pays: États-Unis/ Israël

Genre: American Heroes vs. Fuckin' Terrorists

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