La Nuit Nanarland

Publié le par Antohn

La Nuit Nanarland

Je me suis dit que, cette année, j'allais innover.

Comme vous le savez si vous suivez ce blog depuis quelques années, j'ai pour habitude, une fois par an, d'aller m'exploser les neurones au Valhalla du nanar qu'est la Nuit Excentrique... Oh, pardon, "La Nuit Nanarland" car, suite à un imbroglio juridique avec la Cinémathèque Française, qui n'est plus partenaire de la soirée, celle-ci a du changer de nom. Paradoxalement, c'est toujours Jean-François Rauger qui fit office de Monsieur Loyal ce soir-là, mais à titre personnel et non plus en tant que directeur de la programmation de la Cinémathèque.

Quoi qu'il en soit, le spectacle valut, comme d'habitude, son pesant en grattons et, plutot que de chroniquer les films un par un ou de n'en chroniquer qu'un seul, je me suis dit que j'allais chroniquer la soirée en elle-même, film par film.

La Nuit Nanarland

Karaté contre mafia (Kàrate contra Mafia, Ramon Saldias. Espagne 1980) : Premier film de la soirée, premier (et seul ?) film de karaté espagnol, première diffusion en France (les sous-titres avaient créés spécialement pour l'occasion) et ... Première fois qu'un film nous est présenté par le réalisateur lui-même ! En effet, suite à une présentation rapide du film par l'un des responsables de Cinecutre, l'équivalent espagnol de Nanarland, quelle ne fut pas notre surprise de le voir nous présenter un charmant petit monsieur qui, après un tonnerre d'applaudissements nous expliqua en quoi il était heureux que l'on prenne plaisir à voir ce film, qu'il avait tourné en une semaine, 36 ans auparavant, nous encourageant à "y réagir" comme nous le voudrions.

Et Dieu sait qu'il y a eu réactions. Jean-François Rauger nous promis une séance de questions-réponses après le film et, des questions, il allait y en avoir.

Le héros du film... et l'acteur principal
Le héros du film... et l'acteur principal

Il faut dire que la particularité de ce film est de nous faire croire qu'il est chinois et tourné entièrement à Hong-Kong. Ce qui pour un film tourné à Las Palmas n'est pas gagné. Pourtant, les efforts déployés sont honorables : le générique est en chinois, chaque acteur se voit affubler d'un pseudo asiatique et une bonne partie du film se déroule dans un restaurant chinois, histoire de faire couleur locale. Le soucis c'est que le héros est joué par un champion de karaté espagnol, donc de type non-mandchou vachement prononcé. Pareil pour les sbires qu'il tatane à longueur de film et qui, joués par ses élèves, se voient affublés de cagoules colorées histoire de masquer leur européanitude. L'un d'entre eux, coiffé d'une très discrète cagoule rouge, finit même pas devenir la star du film, le public du Grand Rex se mettant même à l'acclamer à chacune de ses (nombreuses) apparitions. "Le Rouge" tel qu'il fut appelé devint même un running gag pendant toute le reste de la nuit.

Quant à l'histoire en elle-même ? Elle n'a pas grand intérêt : mafieux chercher noises à gentil / gentil tabasser méchant... Mais au soleil !

La Nuit Nanarland

Samurai Cop (Amir Shevan. Etats-Unis 1991) : Le deuxième film est traditionnellement le gros morceau de la soirée. Et là le gros morceau s'est associé à une grosse nouvelle, à savoir l'annonce de "Nanaroscope", une série documentaire produite avec Arte (une chaîne dont on ne dira jamais assez de bien). Cerise sur le gâteau: l'annonce s'est accompagné de la diffusion du premier épisode consacré à... Samurai Cop avec le légendaire Matt Hannon et le non moins légendaire Robert Z'Dar. Ce dernier étant décédé récemment, c'est Matt Hannon qui eut alors le privilège de nous parler de ce film, résumé par un "C'était pas un bon film et j'étais même pas un bon acteur". Il en profite quand même pour nous expliquer qu'il avait tourné une partie des scènes avec une perruque qui finit par devenir une actrice à part entière tellement elle finit par nous sauter aux yeux.

La Nuit Nanarland

Le film en lui-même emprunte énormément à la trame des films d'action policiers des années 80: le superflic incorruptible, le sidekick black qui fait des blagues et prend des balles, le vieux chef qui râle contre les méthodes peu orthodoxes du héros mais le soutient en cachette, les vilains trafiquants étrangers qui minent notre beau pays, etc... Ici, petite subtilité, le héros n'est pas un simple flic mais "le samurai cop", un policier samurai qui se bat au sabre. Pourquoi samurai alors que le personnage n'est absolument pas japonais ? Où a-t-il appris à être samurai ? Qu'est-ce que ça va apporter à l'histoire ?

Ce que ça va apporter à l'histoire c'est que cela va servir de prétexte au combat final entre le héros et le gros méchant du film, membre d'un gang japonais habilement nommé "le gang des katanas". En passant par là, ce combat est, non seulement mal filmé et mal chorégraphié, mais surtout parasité par Matt Hannon, son cabotinage et sa perruque.

Pas de sbire rouge ce coup-ci, la star fut un faux trophée de chasse en forme de tête de lion (hideux, il faut le dire) et qui trônait dans le bureau de la copine du héros. Que voulez-vous, le nanardeur est taquin et, lorsque vous lui vendez une crinière et il en préférera une autre.

A peine quelques cuts et quelques bandes-annonces et il fallait passer à la suite. Pas, toutefois, sans une apparition de Véronique Renaud (l'actrice principale de Devil's Story, Il était une fois le diable), qui ne se doutait pas 30 ans auparavant, que ce film lui vaudrait un tonnerre d'applaudissements à 1h du matin sur la scène de la plus grande salle de cinéma d'Europe.

La Nuit Nanarland

Commissaire X : Halte au LSD (Kommissar X : Drei grüne Hunde, Rudolf Zehetgruber, Allemagne, 1967) : Il est 3h du matin et, après avoir ingurgité, au choix, un Coca, un café ou un Red Bull-Guronzan, il est temps de s'attaquer au troisième film. Après le kung-fu espagnol, le film d'action américain, nous voici avec de l'espionnage allemand. A l'origine, le Commissaire X est le héros d'une série de romans d'espionnage, adaptés au cinéma après le succès des premiers James Bond. Ce qui est de bonne guerre après tout : à la même époque en France, c'est OSS 117 qui se voyait transposé à l'écran suivant la même logique. Résultat, ce n'est pas moins de sept films qui virent le jour entre 1966 et 1971 (dont trois rien que pour l'année 1966 !). Et déjà que tous les James Bond ne sont pas des chefs-d’œuvre (oui Moonraker c'est à toi que je pense, mais pas que), autant vous dire que dans les sous-James Bond il y a matière à trouver quelques nanars. Est-ce le cas de celui-ci ? Ben peut-être.

Je dis "peut-être" parce que je vous avoue en avoir laissé échapper une partie (il était tard vous disais-je). Et malheureusement le film n'est pas suffisamment barré pour le me permettre de faire des blagues sur l'usage du LSD présent dans le titre. A l'inverse, le film commence assez mollement, comme un film d'espionnage classique, avec un méchant qui vole dans le coffre-fort d'une ambassade à Istanbul deux bidons de LSD, alors un hallucinogène employé par l'armée américaine. Manque de pot pour ce méchant, le Commissaire X passait justement ses vacances à Istanbul.

En réalité, le film décolle lors de l'apparition de Germain. Première particularité de ce personnage, il est joué par le réalisateur lui-même (qui avait pour habitude de se réserver un rôle dans ses propres films). Deuxième particularité, Germain passe tellement de temps à être indispensable qu'on en vient à se demander s'il n'est pas le vrai héros du film. Un bandage à faire ? Ça tombe bien: il y a 10 ans il était médecin militaire ! Un projectile à lancer ? Il y a 30 ans, il était champion de bowling en Argentine ! Une région à explorer ? Ça tombe bien, 20 ans auparavant il y a fait des fouilles !

Germain est revenu de tout après y être allé et quand je dis "de tout" c'est de tout, son dernier deus ex machina impliquant quand même de la réincarnation animale !

Il est 6h du matin, Paris s'est déjà éveillé, contre toute attente la salle est presque entièrement remplie (j'ai connu des Nuits Excentriques où la moitié de la salle avait déserté après le premier film), Il est l'heure de commencer le quatrième et dernier round....

Le dernier dragon (The Last Dragon, Michael Schulz, Etats-Unis 1985) : qu'est "Le dernier dragon" si ce n'est la preuve que le statut de nanar peut sauver un film ? A certains égards, ce film m'a fait un peu penser aux "Barbarians" de Ruggero Deodato. Celui-ci, devant composer avec une paire de jumeaux culturistes idiots comme acteurs principaux, avait fini par donner à son film des aspects de comédie foutraque. Et bien "Le dernier dragon" c'est pareil, à ceci près que la métamorphose eut lieu bien plus tard.

"Le dernier dragon" est avant tout un film produit par Berry Gordy, légendaire producteur de la Motown. Le but était de sortir un film mêlant kung-fu et disco, ce qui, sur le papier, promettait d'être assez funky. A cet égard, la musique est particulièrement réussie et a même valu un Golden Globe au film. Le problème c'est que le reste aurait pu lui valoir un sacré paquet de Razzie Awards. Succès commercial, mais échec critique, le film fut adapté, pour la version française, par les auteurs du Muppet Show et les doubleurs des Looney Tunes...

Faut-il vraiment, lecteur, que je t'explique que le résultat est assez barré ? Tellement qu'il en devient même agréable au premier degrés.

"Le Rouge" a bien changé depuis le début de la soirée !
"Le Rouge" a bien changé depuis le début de la soirée !

Le film raconte l'histoire de Leroy Green, un jeune noir new-yorkais qui, au lieu d'aider son père à la pizzeria familiale, se forge une grosse crise identitaire en perfectionnant sa pratique du kung-fu. Résultat : il peut botter des culs mais se balade également en costume d'oriental (chapeau chinois compris) et va même jusqu'à manger son pop-corn au cinéma avec des baguettes (oui, c'est potentiellement raciste). Leroy cherche la sagesse, qu'il atteindra notamment en rencontrant le Dernier Dragon, le maître Foo Moi Pei. Malheureusement, il y a ce qu'on cherche et ce qu'on trouve et ce que trouve Leroy c'est Sauvage (le Shogun de Harlem !) une espèce de brute coiffé comme un yorkshire se baladant avec une ribambelle de sidekicks.semblant sortir de Ken le Survivant. Disons que, lui, la sagesse, il s'en tamponne le coquillard avec une couenne de lard et veut seulement pousser le héros à l'affronter pour savoir qui s'est le plus fort.

Ce que trouve également Leroy c'est Laura Charles, une présentatrice télé (jouée par Vanity, alors protégée de Prince). Celle-ci a sa propre némésis, Eddie Arkadian, un producteur prêt à tout pour que Laura passe le clip de sa protégée à lui... quitte à la kidnapper, ce qui semble être une technique commerciale comme une autre.

Alternant clips musicaux et comédie cartoonesque, "Le Dernier Dragon" culmine bien évidemment avec la grosse scène de baston finale (qui finit par avoir lieu parce que "la sagesse c'est bien mais les patates dans la bouche c'est mieux" (Lao-Tseu)). L'occasion alors de constater que Leroy avait parfaitement les moyens de terminer le film en 10 minutes mais, que voulez-vous, nous sommes dans un nanar.

Neuf heures du matin, comme d'habitude le marathon avait duré plus de douze heures. Comme d'habitude il s'était terminé avec quelques bandes-annonces de films qu'on ne passe en dernier que parce qu'on est sûr que les enfants sont couchés (oui, des pornos... mais des pornos 70's. C'est plus de la gaudriole, c'est de la culture !).

Débriefant le dernier film, les 1300 spectateurs qui restaient sortirent par groupes, le pas hésitant et les yeux ensommeillés. Quelques uns, dont deux ou trois neurones avaient tenu le coup eurent le réflexe d'attraper l'un des croissants offerts au survivants par le Grand Rex et un programme qui ne servira un rien si ce n'est, tel un grognard d'Austerlitz, à prouver que nous y étions.

Comme chaque année, je me suis demandé si je ne devenais pas trop vieux pour ces conneries, comme chaque année je me suis raisonné en me disant que je le saurais en temps voulu. Comme chaque année je suis allé prendre un café avec mes compagnons habituels car des amis qui ne se voient qu'une fois par an ont parfois du mal à se quitter.Et comme chaque année on s'est dit que si c'était à refaire demain, ce serait sans hésiter.

Enfin, après-demain, après la sieste.

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