Le Retour des Charlots

Publié le par Antohn

Le Retour des Charlots

Je te situes le contexte, lecteur, c'était lors de la fête des 50 ans de mon oncle, célébration titanesque réunissant tout aussi bien de la famille que des amis plus ou moins éloignés et où je passait une bonne partie à entendre des gens que je n'avais pas vu depuis 25 ans s'étonner que je ne sois plus un petit blondinet de 3 ans et d'un mètre douze. Comme à mon habitude, j'avais fini par trouver refuge sur un siège dans le jardin avec mon frère et un cousin.

C'est alors que mon oncle s'avança vers nous, accompagné d'un homme aux cheveux longs d'environ 70 ans, que je n'avais jamais vu mais dont le visage m'était étrangement familier.

"Tiens, voilà mon neveu", lui dit alors mon oncle en me désignant d'un geste auguste (car tout geste me désignant est un geste auguste). Se tournant vers moi, il poursuivit : "Antoine, toi qui aimes bien les nanars, je suppose que tu a déjà vu des films des Charlots ?". Je ne considère pas vraiment les films des Charlots comme des nanars. Au pire des navetons, au mieux des films à l'humour potache et pas foncièrement désagréables un dimanche après-midi en faisant du repassage. Mais bon, j'en ai vu de bien pire à ce sujet ! Je répondis donc, sans savoir, s'il fallait en être fier ou pas, que j'en avais effectivement vu quelques uns.

"Ah, condoléances !", intervint alors l'inconnu en me tendant la main.

Je ne le savais alors pas, je l'appris 30 secondes plus tard, mais j'étais en train de serrer la main de Gérard Fillipelli, dit "Phil", membre historique des Charlots et le seul, avec Jean Sarrus, à avoir participé à tous leurs films.

Le Retour des Charlots

Il s'assit alors sur une chaise voisine et nous devisâmes pendant un petit bout de temps, sur le documentaire qu'il avait réalisé il y a quelques années à l'occasion d'une Nuit Excentrique (et que j'avais vu), de son futur site Internet, où, disait-il, il allait rétablir certaines vérités, ainsi que de sur la meilleure façon d'écrire un texte comique et sur les quelques réalisateurs médiocres qu'il avait croisé dans sa vie.

"Tiens, au fait, poursuivit-il, vu que t'aimes les nanars, je vais te donner une piste : le dernier film qu'on a fait.

-"Les Charlots contre Dracula" ?, m'étonnais-je (tout en me gourant dans la chronologie)

-Ah non, "Les Charlots contre Dracula" ça a failli être une merde mais on l'a sauvé in-extremis, non je te parles d'un film qu'on a fait des années plus tard, "Le Retour des Charlots" ça s'appelait".

Le Retour des Charlots

Phil m'expliqua comment, en 1992, près de 10 ans après "The Charlots Connection", un producteur avait eu l'idée de relancer la franchise en partant du principe que ce qui marchait il y a 20 ans ne pouvait que faire un carton aujourd'hui. Le groupe des Charlots existait alors toujours (il s'est séparé définitivement en 1997) mais avait un peu évolué depuis 1984. Déjà, exit Gérard Rinaldi, qui était vu par beaucoup comme le leader du groupe, celui-ci étant parti faire une carrière solo. Celui-ci avait été remplacé par Richard Bonnot et les Charlots se composaient alors, outre du dernier cité de Gérard Filipelli et de Jean Sarrus. L'idée de la production était simple: donner carte blanche au trio, leur faire écrire intégralement le film et confier la réalisation à l'un d'entre eux.

Le problème, c'est que "laisser carte blanche" pouvait également se traduire par "les laisser se démerder". En effet, aucun des trois n'avait écrit de scénario auparavant... quant à réaliser un film! Oui, ils devaient savoir comment ça fonctionnait mais ils avaient croisé suffisamment de clampins pour savoir que réalisateur c'est un métier et que ce n'est pas tout de savoir faire fonctionner une caméra. Las, la production ne voulut rien savoir et le projet se fit alors sans grande illusion sur le résultat final.

Le Retour des Charlots

C'est Jean Sarrus qui assuma alors la paternité du script et de la réalisation, tentant, tant bien que mal, de faire tenir une histoire debout en utilisant des clins d'oeil à la filmographie du groupe en guise de mortier.

Leur longue absence des écrans est, par exemple, expliquée: entretemps, les Charlots sont revenus à la vie civile et, si Richard est resté musicien, Phil est, par exemple, devenu le PDG d'une fabrique d'auto télécommandées. Quant à Jean Sarrus, il est devenu homme d'affaires, d'affaires louches s'entend. La preuve : on le retrouve en Russie, arrêté par les hommes du KGB, mauvais pas dont il se sort en détournant leur attention avec une valise de VHS (comme quoi ça ne marche pas qu'avec moi !). Comment vont-il se retrouver alors que la vie les a mené vers des chemins différents ? Comme tout un chacun: en voulant venir en aide à un pote !

Le Retour des Charlots

Le pote en question c'est Antonio, joué par Luis Rego. Une parenthèse sur le cas de Luis Rego : celui-ci faisait originellement partie des Charlots et a participé en tant que membre du groupe à leurs deux premiers films: "La Grande Java" et "Les Bidasses en folie". S'il a quitté ensuite le groupe, il a continué à faire des apparitions dans d'autres films en jouant d'autres personnages. Là il joue Antonio, dont j'ignore s'il est sensé être son personnage des Charlots puisque, à l'époque, il n'était pas appelé "Antonio" mais avait gardé son vrai prénom. D'un autre côté, tout le monde a l'air de se comporter dans le film comme il s'agissait du même personnage et c'est lui qui ouvre le film en nous donnant de ses nouvelles. D'autres scènes semblent souligner le fait qu'il s'agit bien du personnage de Luis. Donc, passons, admettons qu'il ait changé de nom entretemps.

Antonio, disais-je, s'est marié, figurez-vous, avec Amalia une chanteuse rencontrée à Paris avec qui il est parti vivre dans son Portugal natal. Le temps a passé, les rêves de célébrité d'Amalia se sont envolés, d'autant plus que 10 ans et une centaine de kilos sont passés par là. Quant à Antonio, il vit d'on ne sait quoi... quand il ne se fait pas traiter à coup de poêle à frire par sa bourgeoise et quand il ne trompe pas icelle avec la voisine du dessus.

Le Retour des Charlots

C'est d'ailleurs à cause de ses écarts conjugaux que l'histoire commence réellement. Surpris en flagrant du lit, Antonio, craignant, à juste titre, de se faire décapsuler à coup de Tefal, trouve la seule porte s'ouvrant à lui: il feint l'amnésie. Il la feint tellement bien qu'Amalia, plus adepte de l'amour vache qu'autre chose, va faire des pieds et des mains pour faire retrouver la mémoire à son tendre époux. L'idée première du psy est bien de trépaner, technique un peu extrême qui, si elle guérit de la folie, peut guérir de pas mal d'autres choses, dont de l'existence. Autre solution: le choc psychologique. Autrement dit: raviver de vieux souvenirs pourraient lui rendre la mémoire.

Donc, si vous suivez, vous vous doutez bien de ce qui va se passer: Amalia appelle ne catastrophe les Charlots qui restent et ceux-ci débarquent derechef à Lisbonne.

Le Retour des Charlots

Évidemment, parce qu'il n'y aurait pas de sport sinon, Antonio ne parvient pas à faire comprendre à ses amis qu'il joue la comédie et ne peut feindre de retrouver la mémoire, au risque de devoir fournir d'embarrassantes explications. Tu comprends l'inexctricabilité de la situation lecteur ? Tu aura tout le temps puisque celle-ci va occuper une bonne heure du film.

Après avoir vainement tenté de produire un choc psychologique en reconstituant son mariage, les Charlots décident rapidement de faire appel à un professionnel. Pas un professionnel en psychologie, un professionnel en chocs: leur supérieur au service militaire; l'adjudant Caussade. Et l'adjudant Caussade les enfants, c'est Guy Montagné ! Autant vous dire que si vous vous attendiez à de l'humour glacé et sophistiqué vous allez être déçu ! (Mais, en même temps, qu'est-ce que vous foutez là alors !?).

Le Retour des Charlots

La première idée de l'adjudant c'est de faire retomber tout ce petit monde en enfance. En effet, vu qu'ils se connaissent depuis le jardin d'enfant, pourquoi ne pas les habiller en bébés et déguiser l'adjudant en nourrice? La réponse est simple: parce que ça risque d'être ridicule. Et je vous rassure, ça l'est. Non seulement ça ne marche pas mais, en plus, sachez qu'au Portugal, personne il semble normal de voir des bébés d'un mètre quatre-vingt (dont un avec une moustache!), vu que tout le monde semble tomber dans le panneau. Pire encore: il y a quand même un type qui va tomber sous le charme de la nourrice. Je sais que les goûts, les couleurs, tout ça... mais bon ça reste Guy Montagné avec une perruque !

Bon, ensuite, ils essaient de récréer leur équipe de rugby, puis leur service militaire, autant de tentatives vaines qui n'auront pour utilité de n'être que des clins d’œil à "La Grande Java" et aux "Bidasses en folie".

Le Retour des Charlots

Le dénouement va venir de façon complètement foireuse. Vous vous souvenez de la voisine du dessus avec laquelle Antonio trompait sa femme ? Et bien disons qu'elle a assez mal pris de se faire chasser à coup de poêle par la femme d'un type qui, non seulement lui promettait de quitter sa rombière sans jamais agir mais qui, en plus, fait maintenant mine de ne pas la connaître. Et quand vous êtes la sœur du chef des Hell's Angels locaux et qu'un petit rabougri vous fait des misères vous savez qui appeler pour enlever le susdit monsieur et lui faire sa fête.

Autant dire qu'une fois ligoté dans un side-car avec une furie au guidon, Antonio n'a plus que faire de sa prétendue amnésie et dévoile le pot-aux-roses. Pot-aux-roses qu'entendent également les Charlots, qui poursuivaient la moto en décapotable. Oui, vous m'avez bien lu: ils entendent parfaitement une conversation dans un véhicule en mouvements 20 mètres devant eux. On est un héros ou on ne l'est pas.

Quant à la façon dont ils parviennent à libérer Antonio... disons qu'ils règlent le litige comme le règlent normalement des musiciens et des bikers. Pas à coups de pneus mais "au kung-fu vidéo", c'est comme ça qu'on appelait les bornes d'arcade en 1992.

Le Retour des Charlots

En définitive, soyons clairs, bien que navrant "Le Retour des Charlots" n'est pas la pire comédie que j'ai vu, cet honneur revenant certainement à "Clodo" de Georges Clair ou à "Touch'pas à mon biniou" de Bernard Launois. Là, on est juste dans le film à 8 sur 10 sur l'échelle du biniou: une comédie débile mais faite avec assez suffisamment de professionnalisme pour la sauver du ridicule abyssal. Ça pique mais ça ne fait pas non plus très mal.

Il s'agit juste d'un film fait sans convictions par des gens qui semblent avant tout veiller à limiter les dégâts. L'équipe du film était tellement consciente du résultat final qu'aucun des acteurs principaux n'assista à la première. Quant à l'accueil du public... certains cinéma, voyant le nombre de spectateurs quitter la salle avant la fin décidèrent de retirer le film de leur programmation avant la fin de la première projection. Ainsi "Le Retour des Charlots" intégra le club fermé des films qui quittèrent l'affiche avant même que la colle ne soit sèche.

Il est juste dommage que ce qui devait être un dernier tour de piste se soit à ce point transformé en chant du cygne... finalement je crois que je vais rester sur ma propre chronologie: on va dire que "Les Charlots contre Dracula" était le dernier de la série.

Le dernier qui vaille la peine d'être mentionné en tout cas.

Fiche technique:

Réalisateur: Jean Sarrus

Année: 1992

Durée: 1h15

Pays: France

Genre: Diapos rayées.

Commenter cet article

lucien 10/08/2015 18:12

Très belle chronique, mais il faut tout de même rappeler que "les charlots" c'est plus de 50 millions d'entrées en France ainsi que 800 millions dans le monde... Leurs films faisaient de meilleurs recettes que ceux de Pierre Richard et De Funès... 15 films pour un groupe de chanteur.