The Wicker Man

Publié le par Antohn

The Wicker Man

Je vais être honnête : j'ai longtemps cru que cet article n'existerait jamais. Et pourtant ce n'est pas l'envie qui m'en manquait. Pour tout vous dire, lorsque j'ai vu ce film pour la première fois, lors du PIFFF 2013, c'était dans l'optique d'en parler ici... et cela fait pourtant près d'un an.

Seulement voilà : "The Wicker Man" est l'un des rares films dont je serais incapable de vous dire si je l'aime ou si je le déteste. Ce n'est pourtant pas le film le plus barré que j'ai vu, ni même le plus dérangeant, ni l'atmosphère la plus particulière que je connaisse. Mais c'est l'un des films les plus barrés que j'ai vu, c'est l'un des plus dérangeants et l'une des atmosphères les plus atypiques que je connaisse. Et ça mis bout à bout, ça donne un véritable OVNI dont il existe peu d'équivalents.

A vrai dire, il existe un film équivalent : "Freaks" de Tod Browning. Peu de points communs pourtant si ce n'est ce goût étrange que vous ressentez en sortant de la salle et l'envie folle de fixer votre voisin de siège dans les yeux avec un regard disant: "qu'est-ce que c'était que ce truc ?". "The Wicker Man", c'est "Freaks" qui perdrait en monstres de foire ce qu'ils gagnerait en Christopher Lee. Et quand on sait que Christopher Lee considère son rôle dans ce film comme l'un des plus grands de sa (très prolifique) carrière, qu'il a accepté d'y jouer gratuitement, on ne peut que s'intriguer encore plus et se demander à quoi ressemble la bête.

The Wicker Man

Première bizzarerie avec ce film : son réalisateur. Vous connaissez ces auteurs qui ne sont passé à la postérité que pour un seul bouquin ? Et bien le réalisateur de "The Wicker Man", Robin Hardy, c'est un peu la même chose. Il a fait ce film, fait une seconde tentative en 1986 puis une troisième en 2011, en s'inspirant à chaque fois de sa première œuvre, sans succès. Un peu comme s'il avait perdu son groove en réalisant ce film. C'est un peu le même principe que "Matrix", en fait: le premier était bon, inventif, les deux suivants ratés parce qu'à force de vouloir coller à l'original, ils en devenaient la caricature.

A sa décharge, vouloir reproduire l'univers de son premier film était la meilleure des idées tant l'ambiance qu'il réussit à instiller est pour beaucoup dans la qualité du film. Ainsi que dans le malaise qu'il m'a provoqué. Pour résumer, l'ambiance de "The Wicker Man" est à la fois reposante et inquiétante, bucolique et malsaine. Et c'est l'ambiance idéale pour servir un film qui n'est ni un film fantastique ni un film d'horreur tout en étant classé dans cette catégorie, faute de mieux.

The Wicker Man

Comme pas mal de films fantastiques, toutefois, celui-ci a d'abord des airs d'enquête policière et va petit à petit s'enfoncer dans l'étrange. Alerté par une lettre anonyme, le sergent Howie est envoyé sur une île des Hébrides, l'île Summerisle, afin d'enquêter sur la disparition d'une jeune fille. L'île Summerisle, pour faire simple, c'est l'un des endroits les plus sauvages d'Europe : ceux qui vivent là sont nés là et personne n'y passe par hasard. Autant vous dire que quand un flic débarque en hydravion et pose des questions on ne l'accueille pas à coup de fourche mais ce n'est pas loin.

Encore que tant qu'il pose des questions tout va bien. Là où ça se gâte c'est quand les villageois y répondent. Visiblement, la gamine qu'il cherche va être dure à retrouver puisque non seulement personne ne l'a vue mais personne n'en a entendu parler. En outre, on lui fait également comprendre que les questions sont plutôt à poser au maître des lieux, Lord Summerlisle.

The Wicker Man

Très vite, également, Howie se rend compte que, sous des dehors de brave péquenots, les autochtones semblent avoir adopté un folklore pour le moins étrange et des croyances assez particulières. Par "particulières, comprenez que le terreau culturel judéo-chrétien dans lequel tout spectateur occidental a été élevé semble cédé la place à des croyances animistes assez fortement inspirées de la mythologie celtique et germanique. Pour faire simple, ils ont tourné le dos à la religion chrétienne pour reprendre les anciens dieux, ce qui déplait fortement au sergent Howie.

J'ai oublié de vous prévenir, le sergent Howie est ce que l'on appelle communément une grenouille de bénitier. Comprenez par là que sa piété a complètement occulté la moindre notion de tolérance en matière de croyances alternatives. Quelqu'un d'un peu agnostique s'en ficherait royalement et observerait ce genre de chose d'un oeil mi-circonspect mi-amusé. Pas Howie, qui est bien décidé à remettre dans le droit chemin cette bande de mécréants, à commencer par leur chef; ce fameux Lord Summerisle à qui il aimerait dire deux mots.

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Et Lord Summerisle, c'est Christopher Lee, qui va prouver une fois de plus qu'un bon film c'est d'abord un bon méchant. D'autant plus que, comme vous l'aurez compris, le sergent Howie n'est pas forcément un héros attirant l'empathie. En tout cas, pour moi il n'est pas sympathique et je n'arrive à le considérer comme le héros que parce qu'il s'agit du personnage principal. On en vient parfois même à trouver Lord Summerisle plus agréable... il faut dire que, lui, semble ouvert au dialogue et n'a rien contre le fait d'expliquer le comportement inhabituel de ses sujets.

En gros, plusieurs décennies auparavant, son père, un éminent agronome, a débarqué sur l'île Summerisle, qui n'était à l'époque qu'un caillou stérile, comme toutes les autres îles alentours. Voyant les pauvres bougres qui y grattaient la glèbe, ne s'interrompant que pour aller prier un dieu qui semblait ne pas les écouter, il eut une idée. Il parvint à les convaincre d'abandonner Dieu, dont les services ne semblaient pas être à la hauteur, et à donner une seconde chance aux anciens dieux.

Bon, il les a aussi convaincu de délaisser leurs techniques habituelles pour exploiter le potentiel des courants chauds passant à proximité de l'île mais ce que les habitants de l'île ont retenu, c'est qu'arrêter d'être chrétien a porté ses fruits.

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Ainsi donc s'est installé un folklore fait de rituels étranges, de bonshommes avec des masques d'animaux et de danses de la fécondité consistant à sauter dans le plus simple appareil au-dessus d'un feu. En parlant de plus simple appareil, ce qui choque également le sergent Howie est le rapport assez libéré des autichtones vis-à-vis du sexe, notamment le fait que celui-ci soit évoqué dès l'école primaire de façon tout à fait détachée par une institutrice qui semble s'asseoir sur les programmes officiels.

Pire encore : il s'aperçoit que la fille du tenancier du bar, Willow, semble plus ou moins servir de déniaiseuse en chef, ce qui ne serait rien si elle ne tentait pas d'exercer ses talents sur lui. Howie n'étant pas marié, hors de question de commetre le moindre acte de chair avec cette pécheresse, qui est, au sens propre du terme, invitée à se rhabiller. Entre parenthèse, à ce stade là, ce n'est plus de la piété mais une faute de goût, vu que Willow est quand même jouée par Britt Ekland qui, pour l'anecdote, joua l'année suivante dans "L'homme au pistolet d'or", un James Bond dont le méchant était joué par... Christopher Lee.

Toute grivoiserie mise à part, ce refus va lui coûter plus cher que prévu mais c'est une autre histoire.

The Wicker Man

Car se souvenant qu'il est flic avant d'être bigot, notre bon sergent a bien l'intention de retrouver la gamine qu'on l'a envoyé chercher, d'autant plus que certains indices lui font craindre que la pratique des rites anciens semble être scrupuleusement respectée. Sacrifices humains compris ? c'est un peu l'enjeu du film : l'île de Summerisle est-elle peuplée de doux dingues animistes ou de barbares déguisés en honnêtes péquenots ? Qui a pu attirer ici le sergent Howie ? Et surtout pourquoi, alors qu'il semble ne pas être le bienvenu, semble-t-il que tout est mis en œuvre pour l'empêcher de partir ?

Il y a quelques films dont il ne faut pas divulguer la fin: "Psychose", "Seven", "Les Diaboliques"... et "The Wicker Man". Tout ce que tu as à savoir, lecteur, c'est que le dernier quart-d'heure va jouer avec toi et avec tes nerfs comme un chaton avec une pelote de laine... ou comme un vieux greffier avec un oisillon, ça dépend de ton point de vue.

Évidemment que d'autres films dérangeants existent, que des films d'horreur plus atroces que cela existent, que des films avec des fins plus surprenantes existent. Mais je peux vous assurer une chose: ce film est unique en son genre et, quoi qu'il arrive, quelle que soit votre tolérance, vous n'avez jamais rien vu de tel.

Fiche technique:

Réalisateur : Robin Hardy

Pays: Grande-Bretagne

Année: 1973

Durée: 1h33

Genre: Chasse, pêche, nature et rites paiens.

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