R.O.T.O.R.

Publié le par Antohn

R.O.T.O.R.

« Blade Runner », « Terminator », « A.I. », « L'homme bicentenaire » ou même « Metropolis » ou « Robocop » si l'on veut voir large... autant de films assez différents les uns des autres ayant un point commun : les androïdes. L'androïde en cinéma, c'est comme l'amour en chanson : c'est un thème qui a tellement de facettes, positives ou négatives, tellement de traitements possibles, qu'il semble être une source d'inspiration sans limites. Et comme il y a de mauvaises chansons d'amour, il y a de mauvais films d’androïdes. Pour un « Ne me quitte pas », vous avez des brouettées de guimauves indigestes, pour un « Robocop », vous avez un tombereau de direct-to-video idiots parmi lesquels sous-nagent quelques nanars de choix, dont « R.O.T.O.R. ».

R.O.T.O.R.

« R.O.T.O.R. » est l'acronyme de Robotic Officer Tactical Operation Research, une sorte de sous-Robocop du pauvre chargé de faire régner la loi et l'ordre au Texas dans les décennies à venir. Car soyons clairs : le monde va à vaux-l'eau ! Il n'y a rien qu'à voir les journaux ma bonne dame. Partout il n'y a que meurtres, incendies, viols, braquages, rastaquouères en tous genres ! Il faudra bien des robots pour maintenir l'ordre dans le futur ! Heureusement des hommes courageux se dressent encore contre les voyous, des hommes comme le commissaire Coldyron, incarnation du mâle alpha texan.

Lui, là.
Lui, là.

Le fait que Coldyron soit joué par l'un des producteurs du film renforce d'ailleurs le côté surhomme du personnage : Richard Geisswein (puisque c'est son nom) a visiblement décidé qu'il allait jouer ce qu'il avait envie de jouer vu que c'est lui qui payait et il se trouve qu'il se voyait bien en super-flic/cow-boy/scientifique de choc/sulfateur de mexicains. Visiblement, pas mal de monde s'est amusé à jouer n'importe quoi n'importe comment dans le film, tellement n'importe comment que certains acteurs, dont les principaux, ont dû être doublés... et ce même dans la version originale.

Coldyron commence pourtant assez mal le film puisqu'on le retrouve dès le début les vêtements en charpie et braqué par un redneck qui l'accuse d'avoir « tué un motard ».

R.O.T.O.R.

La journée avait pourtant bien commencée, lorsque, dès cinq heures du matin, notre bon docteur fut réveillé par son radio réveil ainsi que par les rayons du soleil qui éclairaient son ranch lors de cette belle matinée d'octobre. Car dans le monde merveilleux de « R.O.T.O.R. », à cinq heures du matin il fait plein jour au Texas au mois d'octobre. Le pire étant que, pendant les dix minutes que durent la scène du réveil de Coldyron, cette incohérence ne nous marque pas. Vous savez pourquoi ? Parce que pendant dix minutes, où on le voit écouter de la country, flatter son cheval et parcourir ses hectares de terrain, on se demande à quoi sert cette scène. La réponse : à rien ou presque.

Il s'agit de la première d'une longue série de scènes inutiles destinées uniquement à atteindre l'heure et demie de film réglementaire.

"Et puis ça permet de montrer que j'ai un ranch, des chevaux et des hectares de terrain, tchô les minables !"
"Et puis ça permet de montrer que j'ai un ranch, des chevaux et des hectares de terrain, tchô les minables !"

Coldyron n'est pas seulement un gentleman farmer mais également, disais-je, un scientifique de renom : il manage notamment une équipe de scientifiques responsable de la fabrication de robots ultra perfectionnés. Leur chef-d’œuvre est pour le moment, une sorte de sous C3PO à casquette de flic, qui vient de faire une entrée fracassante dans mon top des robots kitschs. Et ça ne serait rien si ce joujou ne s'amusait pas à faire de l'humour.

Mais le clou du spectacle sera sans aucun doute leur policier du futur: le R.O.T.O.R., et ça tombe bien puisqu'aujourd'hui marque la grande présentation du projet. Par « présentation », comprenez une animation image par image complètement saccadée (et pourtant on est en 1988 les enfants) enrobée d'un gloubiboulga pseudo-scientifique parfaitement incompréhensible. Ça semble suffire puisque les investisseurs repartent ravis et que l'avenir s'annonce radieux.

R.O.T.O.R.

Je dis bien « s'annonce » car les technocrates de Washington ne l'entendent pas de cette oreille. En gros, ils ne sont pas foncièrement emballés à l'idée que le robot ne soit pas prêt immédiatement. Des gens habitués à décider ne comprennent par pourquoi quelque chose peut prendre six ans alors qu'ils sont décidé qu'elle prendrait six semaines. Ce qu'ils comprennent par contre, c'est la porte et, histoire de bosser plus vite, Coldyron est viré, malgré ses promesses de faire "plus de boucan que deux squelettes qui font l'amour dans un cerceuil en fer blanc" si tel était le cas.

Un ignogle technocrate de Washington, tout sauf caricatural.
Un ignogle technocrate de Washington, tout sauf caricatural.

Sans leur clé de voûte, le labo tombe en déliquescence et, à la suite de la fausse manœuvre d'un homme de ménage à la voix de fausset, la créature qui ne devait voir le jour qu'après avoir été terminée prend vie et s'échappe. Notons que si R.O.T.O.R. n'est pas terminé, le dispositif de sécurité n'est pas très au point non plus. C'est peut-être moi qui suis paranoïaque, mais je gérerais un labo expérimental je veillerais quand même à ce qu'un moustachu que personne ne connaît ne se balade pas sans qu'on lui pose de questions. D'autant plus que le moustachu en question peut accéder sans problèmes à une salle de conférence et y piquer une moto high-tech, avant de s'enfuir sans éveiller les soupçons.

Dans la catégorie "détail qui tue, nous notons, en bas de l'écran le sigle SEGA visible sur la moto du R.O.T.O.R. et trahissant son passé de borne d'arcade.

Dans la catégorie "détail qui tue, nous notons, en bas de l'écran le sigle SEGA visible sur la moto du R.O.T.O.R. et trahissant son passé de borne d'arcade.

Idem avec ce robot rigolo qui traîne sur le bureau de Coldyron et sur lequel on peut discerner le nom d'une marque de jouet.
Idem avec ce robot rigolo qui traîne sur le bureau de Coldyron et sur lequel on peut discerner le nom d'une marque de jouet.

Une fois dehors, que fait-il ? Il se met au boulot. Première prune : un pauvre bonhomme qui, au cours d'une discussion avec sa femme, n'a pas eu le réflexe de regarder son compteur kilométrique. Sauf que R.O.T.O.R. n'est pas fini, souvenez-vous en, que dans son code, il a un peu tendance à confondre « prune » et « pruneau » et que notre conducteur se voit punir de façon assez radicale (une balle dans la poitrine dans le rôle de la punition radicale). Comme si cela ne suffisait pas, R.O.T.O.R. se met également à poursuivre la passagère du véhicule pour... on ne sait pas très bien pourquoi (« il n'est pas fini », je sais !).

R.O.T.O.R.

On pourrait penser que ces imperfections pourront faire tourner court la course-poursuite, sauf que, si R.O.T.O.R. n'est pas fini, R.O.T.O.R. a l'arme absolue : le « Sensor Recall », qui rend impossible de le semer. « Qu'est-ce donc ? » me demanderez-vous ? Et bien le Sensor Recall permet au robot de retracer des événements passés sur une scène de crime... de remonter dans le temps si vous préférez. La réponse est « oui, c'est techniquement impossible », pour le coup, R.O.T.O.R. est trop fini.

R.O.T.O.R.

Une fois ces infos intégrées, on résume : R.O.T.O.R. est un policier robot chargé de faire respecter la loi et de poursuivre les criminels, de reconnaître une infraction et de la juger, une sorte de Judge Dredd mécanique. Par dessus le marché, il peut conduire une moto, utiliser une arme, s'en servir pour tuer, remonter visuellement dans le temps et même ressentir des émotions puisqu'on le voit s'énerver à un moment. Cerise sur le gâteau, il a été développé par un labo qui est parvenu à doter un robot moins évolué de sa propre personnalité...

Et pourtant il trouve normal de tuer un conducteur en excès de vitesse et de vouloir faire subir le même sort à sa passagère ? Pendant qu'on lui collait tous ces gadgets, personne n'a pensé à lui inculquer la différence entre le bien et le mal ? Pour un robot sensé faire la loi je suis le seul que ça choque ?

Et voici l'heure de notre jeu « Quelle construction fragile et totalement artificielle va se faire démolir dans trente secondes ? ».
Et voici l'heure de notre jeu « Quelle construction fragile et totalement artificielle va se faire démolir dans trente secondes ? ».

Heureusement pour la population de Dallas, le « papa » de R.O.T.O.R. a décidé de faire comme le docteur Frankenstein et de mettre lui-même fin aux agissements de sa créature. Il ne sera pas seul, toutefois, puisque la passagère du véhicule dont je parlais plus haut accepte sans broncher de jouer les appâts pendant une demie-journée en attendant que les renforts arrivent. « Le renfort » pour être plus précis puisque Coldyron va faire appel au docteur Steele, l'autre scientifique génial(e) derrière la créature, la « maman » du R.O.T.O.R. en quelque sorte.

L'autocollant à paillettes ou « Comment bousiller le peu de crédibilité d'un robot flic impitoyable ».
L'autocollant à paillettes ou « Comment bousiller le peu de crédibilité d'un robot flic impitoyable ».

Et autant vous dire qu'il ne va pas falloir se poser trop de questions pour savoir qui lui appris à tirer, à l'autre boite de conserve. Je vous accorde que je n'ai côtoyé que peu de chercheuses en robotique dans ma vie et qu'il ne faut pas s'arrêter au physique (après tout, ces femmes aussi ont le droit de faire du sport)... Mais on ne m'ôtera pas de l'idée que peu de chercheuses en robotique ont la musculature, la coiffure et la dégaine d'une lanceuse de poids biélorusse. Je vais même être clair : non seulement je me demande si elle n'aurait pas été plus crédible dans le rôle du R.O.T.O.R. mais j'ajouterais même que ça aurait eu plus de gueule.

R.O.T.O.R.

Mauvais casting ou pas, cela n'empêchera R.O.T.O.R. de rencontrer une fin radicale et conçue pour justifier quelques anecdotes inutiles du film. On m'objectera que cela ne l'empêche pas d'être assez mal fichue (sans spoiler, disons qu'ils ont oublié qu'attacher quelque chose avec une corde implique de l'attacher à autre chose à l'autre bout). Ajoutons qu'ils mettent une heure à exploiter une faiblesse de l'androïde qui aurait permis de l'éliminer en un quart d'heure et que nous devons accepter l'idée selon laquelle un robot high-tech spécialisé dans la traque se fait balader pendant une demie-journée par une nana tout ce qui a de plus lambda (n'oublions pas, toutefois, qu'il n'est pas fini).

Tout est bien qui finit presque bien, si ce n'est un dernier rebondissement à la fin qui laissait augurer une suite, qui ne vit malheureusement pas le jour.

R.O.T.O.R.

Pour résumer « R.O.T.O.R. » est le genre de films à petit budget réalisé par des semis-amateurs comme l'univers du nanar et de la série Z en compte des cohortes. Ce qui marque, surtout, c'est le côté « moi aussi je peux faire un film, ça doit pas être bien jojo ! » qui irradie l'ensemble du métrage. On ne sait pas très bien où on va mais on y va droit et dans la bonne humeur, un peu comme lorsque, gamins, l'on s'inventait des histoires dans la cour de récré, à base de policiers ninjas et de chevaliers robots. On était ce que l'on voulait... il manquait juste une caméra.

Fiche technique :

Pays : États-Unis

Réalisateur : Cullen Blaine

Année : 1987

Durée : 1h30

Genre : Conserves à képi

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